Starwax magazine

starwax magazine

newsnovembre-2019

INTERVIEW / VIKTOR

INTERVIEW / VIKTOR

Posté le

« Jamais là où l’on m’attend, du coup on ne m’attend plus » scande le refrain de « Trasher l’Époque », le single du premier album de Viktor & the Haters. Ne cherchez plus après Coup ?K, le monsieur au mic a décidé de mettre fin à l’épopée Kalash, révélée en 99. Mais attention : le Mc du XVIIIème, également digger, producteur et Dj, a toujours la rage de ses 20 ans, moins le balais dans le cul ! Autant vous dire que le résultat est costaud, une combinaison d’un nouveau genre où l’électro embrasse le hip-hop et le rock’n’roll. À l’occasion de la release party parisienne de « Blackout (1) », le 12 décembre au Nouveau Casino, entretien avec l’insortable… Nom de code : Viktor…





Est-ce le Mcing qui t’a amené au beatmaking ou l’inverse ?
C’est le Mcing. J’ai commencé à rapper à 14-15 ans, je ne sais plus trop. Et le beatmaking, j’ai dû m’y mettre vers 17 ans, c’est tellement loin. Ensuite, j’ai longtemps arrêté le beatmaking car c’était le rôle de Jack Mes, pour notre binôme Kalash. Je participais quand même en diggant bon nombre de samples. Ensuite, quand Jack Mes à moins, voire plus du tout, utilisé de samples je l’ai laissé au contrôle de la composition, avec d’autres musiciens. Par périodes, j’ai toujours continué à bidouiller un peu dans mon coin, mais c’est vraiment revenu sérieusement quand on a arrêté Kalash.

Kalash c’est du passé. Tu ne souhaites plus en entendre parler ? Ou êtes-vous toujours en de bons termes mais tu veux simplement voler de tes propres ailes ?
On a arrêté le groupe en 2012, après 15 ans d’échanges intenses en binôme. Hormis quelques vacances, on a dû travailler ensemble, ou au moins palabrer, tous les jours sur Kalash pendant ces quinze années. On est en bons termes, même si on se voit très peu. Un groupe, et encore plus à deux, c’est vraiment comparable à une histoire d’amour. Quand c’est fini, c’est fini. J’ai vécu des moments incroyables mais je ne suis pas du tout quelqu’un de nostalgique.

Tu es en quête de liberté mais tu ne sembles pas vouloir voyager seul. Peux-tu nous parler du processus de conception de « Blackout I ». Tout est joué ou y a-t-il des samples ?
Quatre-vingt-quinze pour cent est joué, mais certaines parties ont été inspirées par des samples au départ. Il y a deux, trois axes forts dans l’album. Mes collaborations avec mon guitariste Sir Hill, celles avec JM mon ingé son et coréalisateur du disque. Et celles inspirées par Ossama : c’est un super compositeur que j’ai bien fait chié en « détricotant », des fois un peu trop à son goût, ses prods. Je m’estime beaucoup plus bidouilleur que musicien, et j’ai donc besoin du talent de musiciens ou beatmakers. Ensuite, j’ai une idée assez précise de l’identité que je veux retrouver dans ma musique. Et suis toujours obligé d’y mettre mon grain de sel, pour trouver ce qui me faire vibrer. C’est aussi un plaisir lié au beatmaking que de sampler les musiciens. Sculpter la matière sonore, c’est super excitant et c’est source d’inspiration.

Il y a des scratchs bien placés, notamment avec des sons de guitare. Peux-tu nous parler de Moktarr ?
Moktarr est un super Dj qui a roulé sa bosse avec les Swinging Monkeys, Dezordr et pas mal d’autres crews. Il a fait partie de l’aventure live jusqu’à peu. Pris par d’autres choses, il était moins dans la zik ces temps-ci. Il a effectivement amené des scractchs vraiment musicaux et bien sentis. Et aussi une super prod : « Sous le Même Jour ». Même s’il n’est plus actif dans VATH en ce moment, ça reste pour moi un Hater qui a été primordial dans la construction du projet, je crois même qu’il est une sorte d’égérie du terme hater.

Beaucoup de producteurs ont du mal à décider quand un beat est fini ou non. Comment sais-tu quand une production est prête à sortir ?
Wouah, dure question. D’autant que je suis le spécialiste des V4, V12, V32, V pour version. En fait c’est différent d’un titre à l’autre. Certains arrivent comme des évidences, sans trop creuser. D’autres ont été retournés dans tous les sens, jusqu’ au moment où tu penses avoir tout tenté pour, des fois, revenir au début. Ma rencontre avec JM (musicien au sein des No Money Kids, ndlr) m’a aidé aussi pour trancher et me donne envie de moins psychoter à l’avenir. Mais bon, ça c’est ce qu’on dit avant de se remettre dans les nouveaux chantiers.

Peux-tu nous parler de The Haters, tes acolytes de scène. Qui fais quoi…
À l’heure actuelle et sur la tournée de Blackout (1), le band live se compose de Trakmaster Madj (Dj), Sir Hill (guitariste), Otchakowzky (looper beatbox- backing vocal) et moi au lead vocal. Cette formule est relativement récente, même si Sir Hill est là depuis plus longtemps. Mais les Haters ne sont pas que les musiciens sur scène. Les Haters sont aussi les musiciens studio qui m’offrent un superbe encadrement. Puis DDKBS qui soigne salement mon image de H*. Depuis le tout début du projet, il est très important et reste actif en tant que vidéaste, artiste protéiforme. Les Haters c’est aussi notre public et toutes les sources d’inspiration du projet.

702_viktor_itw_02

C’est Madj qui a contribué à te convertir au rock ?
En grande partie oui. Ou plutôt ça a été un guide quand j’ai commencé à me brancher sur la fréquence rock, après avoir été un imbécile intégriste, prononçant des hérésies comme « J’aime pas la guitare », alors même qu’il y avait de la guitare dans la funk que j’adorais. Il a su me faire glisser sur les bonnes peaux de bananes comme Les Beatles, Clash ou Bowie… Jusqu’à aujourd’hui encore où, en reconnaissant un riff joué pour tripper par Sir Hill, il me dit de remettre l’oreille sur le premier Pink Floyd. Dans Kalash, Jack avait, contrairement à moi, quelques bases et grandissait dans un milieu imprégné de rock. Quand nous avons commencé à intégrer des musiciens venant du rock, vers 2006, ils m’ont amené leurs vibes respectives.

Pourquoi « Blackout (1) » ? Prévois-tu déjà de bugger une deuxième fois ?
Yes yes yes ! ! J’ai déjà commencé à re-bugger à vrai dire. En termes de son, d’identité, de direction artistique, j’ai rarement eu autant l’impression de m’être trouvé et de savoir où je vais. Je vais éviter le sempiternel : « C’est l’album de la maturité ! ». J’ai donc l’intention de décliner la bête sur, au moins, un deuxième volet.

Pour la release party du 12 décembre, au Nouveau Casino de Paris, prévoyez-vous un show différent, du genre chameau ou moto, live painting ou pole dance sur scène ?
Ouais y aura un peu de tout ça, plus de la drogue gratuite et des invités internationaux ! Plus sérieusement, mon répertoire n’est pas encore énorme avec ce Blackout (1) qui ne comporte que dix titres, donc on a travaillé un show avant tout axé sur l’efficacité, la densité, l’énergie. Un show à l’image de l’album avec en plus de beaux moments de bravoure de chaque musicien. On est aussi super heureux d’être rejoints sur ce plateau par le prince de la vigne : Gérard Baste des Svinkels, une référence en matière de punk rap. Puis Princesse Näpälm, qui colle super bien à notre identité, sans faire du tout doublon. C’est d’ailleurs ma grande fierté, il y a sûrement des meilleurs groupes que nous, quoique (rires). Mais il y en a aucun, je pense, auquel on pourrait ressembler.

Tu dis dans « Trasher l’Époque » : « Je ne sais pas si c’était mieux avant, je sais que c’est dégueulasse aujourd’hui. » Veux-tu dire que les bases d’aujourd’hui ont été instaurées par les anciens ? Et donc que la corruption des politiciens n’est pas un phénomène nouveau. Il est juste plus puissant à cause de la mondialisation…
On a tellement de kilomètres de désespoir, de luttes, d’indignations derrière nous. Tellement peu de victoires face à un libéralisme sauvage toujours plus carnassier. On n’a pas attendu Macron pour être dégoûté des hommes politiques, ni découvert les bavures policières avec Castaner. Mais il n’empêche que je trouve ça bien dégueulasse aujourd’hui. Et comme la musique n’est jamais très loin de la société, c’est valable aussi pour la zik.

Toujours à propos de « Trasher l’Époque », la version de l’album est-elle une seconde version ?
Par rapport au clip ? Nen c’est la même version, avec juste un petit ajout de dernière minute, quelques backs d’Otchakowzki plongés dans une disto de guitare.

Prévois-tu des remixes ?
Pas pour l’instant, mais si on me sollicite ça pourrait me brancher. C’est un exercice que je trouve assez trippant.

Certains de tes textes sont engagés. Vis-tu ce que tu dis et comment fais-tu au quotidien ?
J’ai l’impression d’avoir eu dans le passé une écriture plus engagée que maintenant, mais si tu le dis, je prends ça comme un compliment. J’essaye au maximum d’être cohérent, avec de nombreuses faiblesses qui subsistent. Mes textes fantasmés, érotomanes, à tendance auto-fiction me posent plus de problèmes au quotidien ! À la maison j’entends. Princesse, je te répète, ce n’est pas moi, ce n’est pas vraiment un autre non plus, mais ce n’est pas tout à fait moi. En tout cas, sur les rimes qui posent problème, promis, ce n’est pas moi (rires).

Tu suis les tournois et les matches de foot ?
Voilà une faiblesse qui me suit. J’ai un attachement d’enfance à un club, le PSG, qui n’est pas vraiment un modèle de contre-culture ou de modèle politique révolutionnaire.

Et à propos du rap français ?
Je suis plus ému par le dialogue que j’ai avec des jeunes rappeurs que je peux coacher, que ce soient ceux de mon asso La Sierra Prod, ou ceux que j’ai pu rencontrer dernièrement sur des projets comme le Levi’s Music Project. Je place un big up pour Kayzen, Dany Bassa, Clovis, Malam… J’ai bien flashé à un moment sur Vald, à l’époque de « Bonjour ». Il m’a vraiment faire marrer. Des rimes d’Alkapote me font délirer et un son de Dinos peut me toucher. Mais pas de là à me mettre en boucle un album. En terme de trap ou de new boom bap, je suis beaucoup plus branché sur les sorties Us voir Uk comme Asap Ferg, Schoolboy Q, Kendrick, Tyler, Vince Staples et bien sûr mes gars : Run The Jewels, dont j’attends avec impatience le nouvel opus.

Vous étiez à l’affiche de la dernière édition de l’atypique Databit.me Festival. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’est super cool de revoir David, l’organisateur de ce festival que j’ai connu il y a des années via Kalash et qui avait participé à une campagne de street marketing assez folle. C’était déjà une connexion de Madj. Niveau show, c’était dans un contexte particulier, soirée d’ouverture, débats politiques, exposition. Le tout suivi de notre punk rap bourrin qui arrive là-dessus un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais on a hâte de revenir dans ce festival qui a l’air super stimulant et bourré d’artistes bien barrés. Etre sur la route, c’est aussi l’occasion de changer de décor. Et là, superbe balade matinale avec l’équipe dans la magnifique ville d’Arles.

Tu fais aussi des Dj sets. Achètes-tu des vinyles ?
J’ai fait pas mal de Dj Sets avec Madj, on a bien kiffé ensemble, mais je suis moins passionné que lui. J’ai nettement ralenti cette activité, je me fais un gros kiff avec lui de temps en temps. J’achète du vinyle depuis mes 20 ans et m’arrêterai le jour de ma mort a priori. En ce moment ce n’est pas Byzance, donc j’y vais mollo. Mais là, avec le succès incroyable de VATH, je vais pouvoir m’acheter un paquet de belles galettes.




Comment prépares-tu tes Dj sets ?
Une bière ou deux dans le cornet, le son à fond dans le casque, digger des nouvelles pépites par thématiques. On est super éclectiques avec Madj, donc du rockab au garage, de la soul au rap récent, du rocksteady au punk, de la funk au boom bap, du rythm & blues au glam rock, il y a toujours ce moment bien kiffant quand on sait qu’on tient une nouvelle tuerie à éprouver sur le dancefloor. Sachant qu’on joue la plupart du temps en ping-pong, je ne peux pas préparer grand chose en termes de mix. Mais c’est un défi vraiment kiffant de répondre aux boulasses du master !

Fais-tu partie des gens qui vivent la nuit car nous allons mourir un jour ?
Ça m’arrive ! Et si les nuits sont longues, c’est que la vie est courte !

Pour finir, quel vinyle conseillerais-tu à ton ami-e qui vient d’acquérir une platine ?
T’es sérieux ? « Blackout (1) », je suis tellement heureux qu’il sorte en vinyle. Et sinon j’aime conseiller la dernière boucherie que j’ai Diggé. Là c’est le Godfather James Brown avec « It’s A Man’s Man’s Man’s World », super album de 1966 à dix balles, mon ami(e), fonce !

Par Dj Coshmar