Starwax magazine

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DATABIT.ME #7 / FESTIVAL REPORT

DATABIT.ME #7 / FESTIVAL REPORT

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Loin des festivals numériques en vogue, Databit.me a réuni, du 9 au 11 novembre dernier à Arles, des développeurs, hackers, glitchers, musiciens et autres bidouilleurs. Pour la septième édition, les résidences d’artistes étaient réduites à deux jours au lieu d’une semaine. Soit presque rien ! Même si les installations se sont démultipliées sur d’autres lieux, le spectacle à la bourse du travail fut le temps fort. Ironie du sort, la thématique de la cuvée 2017 était : « j’ <3 bien travailler mais ça dépend des jours ». Focus sur un rendez-vous qui a trouvé un nouvel allié de taille avec la Fondation Luma, un centre d’art contemporain privé émergeant.

Laboratoire est le mot adapté pour définir Databit.Me, un regroupement durant lequel une douzaine de passionnés s’interrogent sur nos usages technologiques afin d’imaginer un meilleur futur. Alors que l’informatique, Internet et les algorithmes dominent, Databit.Me a ainsi proposé d’engager le débat concernant la notion de travail à l’heure du numérique. Cette réunion basée sur les Fab Labs a permis de découvrir des œuvres plus ou moins inspirées. Le développeur Eric Lacombe, du collectif marseillais Reso-nance, était une source de proposition concrète en présentant une application utile, à la galerie E3 . C’est une sorte d’agenda-répertoire intelligent et collaboratif !

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L’autre singularité de cette édition était l’hackathon : atelier LUMA X Databit.Me. Sous la direction artistique d’Henriëtte Wall, les designers Coralie Gourguechon (Papier électronique), Jesse Howard (Table des matières) et Thibault Brevet, expert du Kuka (machine en photos ci-dessus) ont rencontré les invités du festival afin de tenter de jouer de la musique sur un synthétiseur en papier, composé d’encre conductrice, avec un bras robotisé d’envergure similaire à ceux utilisés dans l’industrie. Cette journée se clôtura par le vernissage de l’exposition Remixable « Jouer du SYSTAIME», à l’Enclos St-Césaire. L’installation est composée de chaises, de planches en bois, d’emballages en carton… et une vingtaine d’écrans étaient parsemés à même le sol. Ils projetaient des Gifs animés. Des images pop, porno et glitchées représentant le chaos numérique… Un écran diffusait en boucle des femmes plutôt dénudées scandant «I love you SYSTAIME» (photos ci-dessous). Une ritournelle qui a séduit et fait rire les acteurs en coulisse…

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Musicalement tout s’est déroulé lors de la soirée de clôture, le samedi. Toutes les œuvres, ou presque, étaient accompagnées de projections vidéo. La plupart des prestations creusant des sonorités noise, industrielles. Perceuse, scie sauteuse ou ponceuse ont servi d’instruments de musique. Bololipsum, adepte de l’openbidouille ou corrupteur d’objet, a fait de la musique avec une Game Boy, un lecteur de bande magnétique et avec d’autres appareils vintage (photo ci-dessous). Les membres de Linge Record, en charge des interludes, ont enchaîné. Puis soudain Naoyuni Katana a interpellé l’assistance avec « Monkey Turn », un live fort original de mapping vidéo avec un robot téléguidé en ombres chinoises… Pas mal pour un Japonais ! (Photo ci-dessous, pendant les répétitions).

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David Lepôle, fondateur et coprogrammateur de Databit.Me, laisse la place également à d’autres productions plus mélodiques. L’exemple type fut le concert du trio NLF3 (photo ci-dessus). Un groupe indie post rock au son hardcore bien pêchu, influencé par les années 80. Une musique instrumentale qui, à découvrir sans tarder, peut faire penser à certains titres de Fugazi. L’autre découverte de la soirée fut le platiniste Reeve Schumacher (photo ci-dessous). À la fois compositeur et artiste plasticien, Arlésien d’adoption, Reeve a réussi à fusionner les deux disciplines en une seule performance, avec trois platines vinyles, du nom de « Sonic Braille ». Le processus consiste à travailler uniquement sur le dernier microsillon, celui qui est vierge de musique et qui tourne en boucle. Réalisées à l’aide d’un cutter, les marques, perpendiculaires au sillon permettent d’évoluer vers des univers polyrythmiques ou tonals en fonction du nombre d’entailles (photo ci-contre). Le résultat est bluffant, ça sonne techno et c’est foncièrement bruitiste. À cela il chante en anglais. Mais ce dernier point est-il nécessaire ? Avant que la miss du crew Linge Record ne rallume son contrôler, LPLPO (photo ci-dessous). entra en scène. Même si sa musique électro- krautrock n’était guère séduisante, tu ne pouvais pas rester indifférent à son costume imposant, inspiré d’un mollusque… l’animal marin invertébré et carnivore plus connu sous le nom de poulpe… Après plus de cinq heures de show, la Bourse du travail retrouva son calme. J’aime bien travailler mais pas tous les jours quand même !

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En substance, sachez que Databit.Me est porté par le collectif T’es In T’es Bat, dans le cadre de l’opération Octobre Numérique (un label fondé en 2010 pour la création, l’innovation et l’économie en Pays d’Arles). Ce festival intimiste, en mode système D, est à découvrir et à soutenir. Nous lui souhaitons de pousser la réflexion et l’action, surtout dans une ville principalement dynamisée par le tourisme et les Rencontres d’Arles (prestigieux festival international de photographie fondé en 1969). Désormais classée ville d’art et d’histoire, la cité camarguaise trouve un second souffle grâce à l’ambitieux projet de la Fondation Luma cher à Maja Hoffmann.

Par Supa Cosh… sauf la 2ème photo par Victor Picon.