Starwax magazine

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RICO / JAMA RICO (40 ANNIVERSARY EDITION)

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Pilier des Skatalites dans les années 60, le tromboniste Rico Rodriguez revient sur le devant de la scène, à la fin des années 70, par l’entremise du revival 2 Tone et des Specials. Signés dans la foulée sur l’emblématique label de Coventry, deux albums de cette gloire jamaïcaine sont aujourd’hui réédités par Chrysalis. Si « That Man Is Forward » propose son lot de compositions finaudes comme « Chang Kai Shek » ou la reprise du « Easy Snappin’» de Theophilus Beckford, c’est bien l’enregistrement suivant, soit « Jama Rico », qui retient notre attention. D’avantage recentré sur l’Afrique, ce Lp a pour particularité d’être capté à la Jamaïque, avec des pointures locales comme Sly & Robbie, mais également au Royaume-Uni, via les bonnes grâces de Jerry Dammers. Produit par Dick Cuthell, un habitué des sessions reggae d’alors, le disque ne souffre toutefois pas de disparité. Parmi les moments forts, soulignons « Destroy Them » et ses riffs redoutables ; l’irrésistible « Distant Drums » dont Brian Eno aurait payé cher pour sortir un titre de ce calibre ; ou bien encore « Easter Island », et son groove pour le moins plantureux. Les adeptes du microsillon s’amuseront, quant à eux, à chercher « Jungle Music», le single latino sorti en parallèle mais hors album : skant it !

Vincent Caffiaux

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SYLVIA / SWEET STUFF

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Pressé en 1975, « Sweet Stuff » n’est pas, à proprement parler, une première pour Sylvia Robinson. Repérée en 1956 aux côtés de Mickey Baker avec le sublime « Love Is Strange », avant que ce titre ne soit repris par les Everly Brothers ou le duo Johnny Thunders & Patti Palladin, la chanteuse afro-américaine développera, au fil des décennies, un répertoire conséquent et différents labels dont le visionnaire Sugar Hill Records. Réédité par les Parisiens de Wewantsounds (Ryuichi Sakamoto, Robert Cotter…), « Sweet Stuff » frappe notamment par sa diversité. Un éclectisme perceptible via « Pussy Cat », un morceau félin avec timbre de voix à l’avenant ; grâce à une reprise fiévreuse du « Je T’Aime… Moi Non Plus », le tube mondial de Serge Gainsbourg ; ou bien encore au travers de « Private Performance », une ballade qui séduira les amateurs de Philly Sound. Souvent marqué par les mid-tempos, cet album de Sylvia Robinson vaut ainsi pour sa grande sophistication. Enregistré en compagnie du trio vocal Ray, Goodman & Brown alias The Moments, « Sho Nuff Boogie » confirme le phénomène avec son jeu de basse moelleux et sa guitare empruntée à George Benson. À noter que cette plage monumentale est enfin disponible en version longue, avec insertion de la face B du single d’époque : recommandé !

Vincent Caffiaux

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EL MICHELS AFFAIR MEETS LIAM BAILEY / INVERSIONS

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Sorti l’an dernier, « Ekundayo », le deuxième album de Liam Bailey, avait immédiatement séduit avec son mix inédit de riddims abyssaux et de mélodies empruntées au Velvet. Arrangé par Leon Michels, le fer-de-lance du label Big Crown, ce disque blafard et ses basses en tension ont, depuis, largement dépassé le strict cadre artistique pour s’afficher comme la bande-son de ce début de troisième millénaire. Inscrites dans le sillage de cet enregistrement, les versions d’El Michels Affair confèrent une nouvelle dimension au dub, comme l’indique l’intitulé et son clin d’œil futé aux expérimentations caribéennes. « Awkward (Take 2) » délivre ainsi une ballade éthérée, aux confins de la soul et de l’électro ; « Walk With Me » prolonge l’odyssée sonique via un travail remarquable sur les voix ; et l’imparable « Conquer & Divide » démultiplie les pistes dancehall initiales grâce au flow du toujours partant Black Thought de The Roots. Illustrée par une pochette qui renvoie aux clashs jamaïcains de la décennie 70, cette relecture peut naturellement s’écouter séparément du Lp original. Une dimension créative confortée par l’hallucinant Lee Scratch Perry, producteur de génie et invité de marque sur « Ugly Truths ». Chaudement conseillé…

Vincent Caffiaux / Photo de Richard Swift

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