Starwax magazine

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archivesaoût-2014

ZE BEST OF THE EIGHTIES /<br/>  FOCUS ZE RECORDS

ZE BEST OF THE EIGHTIES /
FOCUS ZE RECORDS

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Réédition du fameux Nightclubbing de Grace Jones et nouvel album de Blondie, les années 80 reviennent sur le devant de la scène. Créé à l’orée de cette décennie à New York, le label ZE Records cristallise cette période. Des funkymen déjantés de Was (not Was) à Kid Créole and the Coconuts en passant par des signatures françaises comme Lio ou Lizzy Mercier Descloux, le catalogue offre un patchwork décomplexé de rythmes et cultures. L’occasion de se pencher sur cette firme visionnaire.

Avec sa lettrine imprimée sur fond jaune, le logo du label ZE Records renvoie aux yellow cabs new yorkais du début des années 80. Une période fertile pour la création, exprimée par les travaux de Jean- Michel Basquiat, Futura 2000 et par des mouvements émergents tels la fugace no wave ou le hip-hop. Lancé en 1978 par Michael Zilkha et Michel Esteban, respectivement disquaire et journaliste, ZE Records se place rapidement en héritier du punk et de la new wave. Véritable laboratoire des courants littéraires, cinématographiques et bien sur musicaux qui ébranlent la Grosse Pomme, la firme démarre sous l’égide de John Cale, l’ombrageux compositeur du Velvet Underground. Fan de Marie et les Garçons, celui-ci présente Zilkha à Esteban alors que sort « Re Bop », le premier single de la formation lyonnaise. Forts de contacts dans l’univers branché de la côte Est, ces derniers créent un catalogue hors normes, en remarquant des interprètes ou groupes souvent touche à tout. Passé sous licence par Chris Blackwell, le mogul d’Island, ZE Records remplit rapidement sa fonction de tête chercheuse.

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Parmi la quarantaine de groupes ou interprètes signés, certains se démarquent. Chantre d’une société désincarnée, Suicide enchaîne l’expérience menée par un premier album tellurique. Le titre « Dream Baby Dream » sort en single, tout comme l’irradié « Juke Box Baby », écrit en solo par Alan Véga. Signe des temps, James White impose son jeu marqué tour à tour par le jazz et le punk. Figure de proue du label, August Darnell alias Kid Créole (en photo ci-dessus) apparait en 1980. Influencé par des répertoires aussi variés que la disco, la salsa et le jazz, celui-ci évoque volontiers l’âge d’or des zoot suits. Epaulé par le trio vocal The Coconuts, il trouve la reconnaissance avec une série de singles vitaminés et populaires ; parmi les tubes, « Maladie D’Amour », « He’s Not Such a Bad Guy (After All) », « Stool Pigeon » ou « Annie i’m Not Your Daddy ». Percussionniste et membre clé du groupe, le sémillant Coati Mundi écrit quelques titres inspirés comme « Que Passa » ou « Me No Pop I». Autre formation phare du label ZE Records, Was (not Was) lance une formule inédite marquée par le funk et un discours arty. Fort d’une quinzaine de membres, le groupe impose ainsi un premier album éponyme étonnant. Leaders du groupe, les frères David et Don Was éditent en 1983 « Born to Laugh at Tornadoes », le prolongement du premier opus, illustré par une pochette superbe. Creuset créatif, Was (not Was) sert de rampe de lancement pour Don Was qui entame une carrière de producteur international auprès de Iggy Pop et Khaled. Eclectique, le label sert de point de chute pour Lio et sa sœur Héléna. La première connait un succès commercial grâce à la plume de Jacques Duvall, le parolier belge. Autre signature hexagonale, Lizzy Mercier Descloux sort Press Color et Mambo Nassau deux albums intéressant avec lesquels la compagne de Michel Esteban, synthétise son séjour new-yorkais. Férue de musiques du monde, cette dernière sort ensuite Zulu Rock, un disque consacré aux rythmes sud africains. Extrait de ce troisième album, le titre « Mais où Sont Passées les Gazelles » cartonne dans les charts. Au-delà du succès ce titre, signé chez CBS, ouvre la vague world qui envahit les bacs au mitan des années 80. La fin de ZE Records en 1984 atteste surtout de la fonction charnière du label. Si certaines compositions souffrent aujourd’hui d’arrangements datés, la firme reste visionnaire. Cette production, disponible sur les compilations Mutant Disco, annonce l’actuelle diversité musicale, au travers de la diffusion dématérialisée, grâce au support multimédia. (Par Vincent Caffiaux).

Plus d’infos www.zerecords.com