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TEST / ARTURIA – MODULAR V

TEST / ARTURIA – MODULAR V

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Les synthétiseurs modulaires font rêver et peuvent facilement nous renvoyer à notre enfance, cette époque où l’on jouait à fabriquer des choses très compliquées de manière extrêmement scientifique. Petit, j’ai ainsi réalisé un overboard tout à fait fonctionnel, ainsi qu’un pack de protons très utile contre les fantômes. Mais en musique, les joujoux des grands sont réellement compliqués et coûtent malheureusement très cher ! Alors pour une première entrée dans un monde aussi vaste et onéreux que celui de la synthèse sonore, utiliser le Modular V, cet instrument virtuel très abordable (149 euros), peut être une bonne solution. Dans un premier temps en tout cas.

La première version du Modular V est sortie en mars 2003 avec la collaboration de monsieur Robert Moog lui même, dans l’esprit de ses premiers systèmes modulaires portables, la série 900 puis les évolutions. Mais pourquoi Arturia a eu tant de succès ? Ce n’est pas uniquement dû au nom de Bob Moog, mais aussi grâce à une technologie qui appartient à cette marque : la TAE® (acronyme de « True Analog Emulation »).

Cette technologie part d’un principe fondamental présent dans tous les systèmes modulaires analogiques, à savoir que les composants électroniques ne réagissent jamais de la même façon selon qu’ils viennent d’être mis sous tension ou qu’ils tournent depuis un moment, selon que l’on fait appel ou non à des condensateurs dont la décharge influe sur la forme d’ondes, et j’en passe. Lorsque l’on obtient un son spécifique un soir, en revenant le lendemain sans rien toucher au câblage, on peut être sûr que ce son a changé.
Donc cette technologie TAE® va consister à faire jouer des algorithmes qui vont permettre au son de « vivre » à la manière des composants électroniques, et va se rapprocher le plus possible des caractéristiques des modules de Moog, comme son célèbre filtre passe bas ou son « soft clipping », par exemple.

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Alors il y a trois manières d’aborder ce logiciel. Soit on connaît très bien les systèmes modulaires, soit on n’y comprend rien, ou bien on n’y connaît rien, mais on souhaite apprendre.

Pour ceux qui connaissent très bien le sujet, vous naviguerez dans tous ces modules sans soucis, et serez heureux d’enregistrer vos trouvailles dans des presets, pratiques pour le live ou les séances de studio précipitées. Mais vous ne vous passerez certainement jamais de vos modules analogiques.
Pour ceux qui n’y comprennent rien, le Modular V regorge de presets riches et variés, qui rajouteront sans difficultés et à moindre prix de nouvelles sonorités à vos productions.

Et enfin, pour ceux qui n’y connaissent rien, mais qui veulent apprendre, vous pouvez fermer le logiciel et ouvrir la documentation page 91 où on vous expliquera les bases du fonctionnement des principaux modules. Et si vous voulez entrer dans le détail, je vous conseille un livre sur ce sujet, disponible en papier ou en Pdf : « Technique Complète des Synthétiseurs » de Jean Paul Verpeaux.

Et oui, car si vous chargez un preset vide, et que vous essayez de sortir un son sans ne rien connaître aux systèmes modulaires, vous risquez d’écouter le silence un bon moment… La synthèse sonore est un monde très vaste dans lequel on se perd facilement.

Mais maintenant que vous avez étudié la question (n’est-ce pas ?), vous pouvez allumer de nouveau votre Modular V, charger un preset vide et… lire la doc. Oui, encore… La dernière version du manuel n’est pas disponible en français mais, rassurez vous, vous retrouverez vos marques dans l’ancien fascicule. En plus c’est très intéressant car on a d’abord un historique concernant Robert Moog et ses fabuleuses machines, et ensuite des explications sur la technologie TAE. Enfin, pas à pas, pages après pages, vous allez créer des sons de manière didactique, en passant par tous les modules. Très vite vous aurez fait le tour des principales fonctionnalités du logiciel et vous pourrez créer des choses formidables.

Que trouve-t-on dans le Modular V ? Je vais vous le dire après une grande inspiration : 9 oscillateurs, 2 LFO, 3 filtres, 1 générateur de bruit, 6 générateurs d’enveloppe, 2 VCA stéréo avec fonction « soft clipping », un mixer de 16 VCA (les 4 premiers sont linéaires et les 12 autres exponentiels), un séquencer 24 pas, une banque de 14 filtres, plus de 500 presets, un delay stéréo, un chorus, un phaser un ring modulator, une version (réussie) du célèbre filtre passe bas 24dB/octave de Moog, et un traitement TAE® du signal. On y trouve aussi un clavier maître avec tout un tas de modulations et de modes de jeu. Pratiquement tous les paramètres de tous les modules peuvent être assignables, via Midi, à des contrôleurs externes.

En conclusion, on peut donc parler d’un très bel outil qui sonne bien, qui est très fournit à la base, qui est en constante évolution, qui est utilisé par de nombreux et grands musiciens et qui est financièrement accessible. Mais il ne remplacera jamais le plaisir enfantin de jouer avec des boutons et des câbles, de visser, dévisser ses modules, de les monter dans des meubles que l’on peut fabriquer soi-même, de visualiser et parfois même sentir (au moins mentalement) le son évoluer sous ses doigts, en direct, en vrai… Le Modular V reste malgré tout certifié bien fat par Star Wax !

Par Dj Claim