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SÉLECTION JAZZ JANVIER 2021 / MOD ATTITUDE

SÉLECTION JAZZ JANVIER 2021 / MOD ATTITUDE

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Baromètre musical, le Royaume-Uni mêle différentes cultures, plus riches les unes que les autres. Parangon du genre, la scène mod fait aujourd’hui l’actualité avec les excellentes compilations « Jazz On The Corner » et « Halcyon Days ». Groovy, le deuxième album du Delvon Lammar Organ Trio confirme l’incidence de la soul instrumentale sur ce creuset. Et la réédition d’un opus intéressant du pianiste Duke Pearson complète cette sélection discographique so british.

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Delvon Lammar Organ Trio / I Told You So (Colemine Records/Modulor)
Signé chez Colemine, le deuxième album studio du Delvon Lamarr Organ Trio complète les épisodes passés et notamment cette reprise particulièrement diabolique du « Move On Up » de Curtis Mayfield. Marqué par Booker T., le maestro du label Stax, et par Jimmy Smith, la touche mod de Blue Note, l’organiste américain délivre un nouvel opus funky à souhait. Le phénomène est perceptible via « I Don’t Know » et ses nappes de B-3, avec « Hole In One » et sa rythmique d’airain, ou bien encore avec « Careless Whisper », une adaptation surprenante de George Michael. Entouré par les impeccables Jimmy James et Grant Schroff à la guitare et à la batterie, Delvon Lamarr offre un répertoire frais et dansant digne des ballrooms northern soul du mitan des années 60. Une ambiance qui, au-delà de la musique à proprement parler, fait écho à l’univers de l’écrivain britannique Nick Hornby et à son roman « Juliet, Naked ». Comme toujours avec Colemine Records, cet album sort en vinyle, avec différents tirages de couleur. Pour l’histoire, ces pressages sont uniquement disponibles chez certains disquaires indépendants.



Martin Freeman And Eddie Piller / Jazz On The Corner Two (Acid Jazz)
Artisan du revival mod et cofondateur du label Acid Jazz avec Gilles Peterson, le producteur, Dj et documentariste Eddie Piller prolonge son exploration de l’imaginaire britannique comme l’indique ce deuxième volume de la compilation « Jazz On The Corner ». Astucieuse, cette anthologie renvoie naturellement aux origines de la culture moderniste, lorsque les premiers cercles écoutaient surtout du jazz, si possible cool et soulful. Epaulé par l’acteur et mélomane Martin Freeman (« Sherlock », « Black Panther »…), Eddie Piller conforte cet esprit. Illustré par le comédien anglais, le premier disque convoque des noms comme Stanley Turrentine et Lonnie Liston Smith, mais également de fortes personnalités comme Nina Simone ou Roy Ayers. Tout aussi remarquable, le tome programmé par Eddie Piller propose son lot de signatures emblématiques via l’organiste Brian Auger, ici avec Oblivion Express, The Lyman Woodard Organization, une pure merveille du catalogue américain Strata-East, ou bien encore George Benson, le guitariste multi-primé. Soignées, ces sélections enchaînent surtout titres connus et raretés. Une perspective éditoriale habile, qui évite la nébuleuse du crate digging et ses références souvent cryptiques.
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V.A. / Halcyon Days (Strawberry/Cherry Red)
Avec « Halcyon Days », le label Cherry Red offre un bon concentré de la scène mod des années 60. Dingues de fringues, de scooters italiens et imprégnés d’existentialisme ou de cinéma Nouvelle Vague, ces dandys étaient (et sont toujours…) connus pour leurs exigences musicales. Bien qu’éloigné du jazz, au sens strict du terme, ce box trois Cd témoigne avec pertinence de l’incroyable diversité du registre. On passe de la très prisée northern soul (Geno Washington & The Ram Jam Band) à l’essence même du beat (The Creation, The Action) en passant par le ska (ici Laurel Aitken, dont le label anglais vient d’éditer un coffret concernant les années Boss) et les débuts de stars notoires (parmi lesquelles David Bowie et bien évidemment Rod Stewart). Aperçu vibrionnant du Swinging London, ce coffret vaut également pour ses multiples raretés comme Heinz, Turquoise ou The Oscar Bicycle. Des références dont ont su faire usage d’actuels étendards du mouvement comme Paul « The Modfather » Weller ou bien encore l’inlassable et créatif Damon Albarn. Notez qu’un livret complet revient sur chaque titre. Il permet d’explorer avec clarté les arcanes de cette bouillonnante culture.



Duke Pearson / The Phantom (Blue Note Records)
Désormais dirigé par Don Was, le label Blue Note est souvent partagé entre talents prometteurs et rééditions. Lancée afin de répondre à l’attente des vinyl addicts, la collection Tone Poet Série remet ainsi au goût du jour des disques pointus du prestigieux catalogue new-yorkais. Masterisés à partir des bandes originales et fournis via leurs pochettes d’époque (des visuels composés par le graphiste Reid Miles…), ces travaux valent également pour certains albums ou musiciens minorés. Moins connu que Duke Ellington ou Herbie Hancock, le pianiste Duke Pearson fait partie de cette frange de compositeurs. Accompagné par le proche Bobby Hutcherson au vibraphone et par trois percussionnistes efficaces, le natif d’Atlanta propose, avec « The Phantom », une formule alerte. « Bunda Amerela (Little Yellow Streetcar) » et « Los Ojos Alegres (The Happy Eyes) », sont marqués par les rythmes latins. « Blues For Alvina » déroule une mélodie séduisante. Et le morceau-titre est caractérisé par une longue échappée urbaine. Outre cette actualisation du répertoire de Duke Pearson, d’autres gemmes signées par le grand Lou Donaldson ou Grant Green sont disponibles au sein de cette subdivision. Conseillé.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo Eddie Piller par Acid Jazz Records