Starwax magazine

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ROLAND AIRA/ <br/> TR-8 // TB-3 // VT-3 // SYSTEM – 1

ROLAND AIRA/
TR-8 // TB-3 // VT-3 // SYSTEM – 1

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Nous avons constaté depuis quelques années un regain d’intérêt pour les machines audio, à la fois sur scène et en studio. Même si les logiciels restent largement satisfaisants et suffisants pour certains musiciens, d’autres cherchent un son différent et, peut-être, une approche plus directe de la musique. Un nombre croissant d’entreprises, la plupart indépendantes, se sont établis au cours des dernières années, ouvrant un nouveau monde de possibilités abordables. Les grandes marques comme Korg et Roland semblent avoir enfin compris certaines des raisons pour lesquelles nous sommes toujours nostalgiques des machines plus anciennes et continuent à chercher de nouvelles façons de fournir plus de puissance dans un format compact, tout en conservant un juste équilibre entre qualité et prix. Même si les logiciels et les plug-ins restent les outils de base de la plupart des producteurs de musique, les machines sont là pour nous rappeler les raisons pour lesquelles nous voulions tous faire de la musique au départ.


Roland est une des marques légendaires dans le monde de la musique électronique. Elle a été à l’origine des premières boîtes à rythmes (ils ont crée la première boîte à rythmes programmable par l’utilisateur !) et figure également parmi les pionniers de l’utilisation de la technologie MIDI. La liste des machines, synthés et effets, qu’on leur doit est trop longue pour les nommer toutes : le vocodeur VP330, la Juno, le SH101, le Jupiter 8, le Space Echo… Malgré la longue liste de produits innovants sortis depuis, une grande partie de leur réputation mythique vient des enregistrements classiques réalisés avec les boîtes à rythmes TR-808 et TR-909 ou la basse synthé et séquenceur TR-303 (célèbre pour le son emblématique « acid »)… A l’origine, ces « groove boxes » ont été reçues avec une légère déception, car beaucoup les trouvaient trop difficiles à programmer ou trop éloignées des sons d’instruments acoustiques. Une grande partie des premières productions hip-hop étaient composés uniquement d’une boîte à rythmes (comme le 808), d’un synthé ou deux, avec juste quelques scratches … et cela suffisait, largement! Vers la fin des années quatre-vingt, les producteurs pionniers de la house music à New York et Chicago ont poussé les limites du son des 808 et 303 en créant leur propre style de funk : un mélange hypnotique et émouvant, brut et entrainant… La house et techno sont nées avec l’aide de ces machines.

Après plus de vingt années de rééditions des machines plus anciennes, Roland a enfin plus ou moins compris ce qui a fait tout le charme de leurs produits d’origine et a récemment présenté une toute nouvelle série de machines non-analogiques appelée Aira et pour laquelle ils ont créé une technologie de modélisation appelée ACB (« Analog Circuit Behavior », modelage du comportement du circuit).

Ces quatre machines, bientôt disponible (certainement en mai 2014), marquent le retour de Roland sur le marché des instruments créés spécifiquement pour la musique électronique. La série se compose d’un synthétiseur, d’une basse synthé façon TB303, d’un effet de voix et d’une boîte à rythmes qui émule le 808 et le 909. Comme par le passé, l’interaction créative relève autant de l’interface accessible que de la nature des sons produits. Le séquençage a toujours joué un rôle important dans le fonctionnement des instruments de la marque basés sur le rythme. La nouvelle série suit la même philosophie.


TR- 8
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La boîte à rythmes TR- 8 intègre plusieurs des éléments les plus interactifs des machines Roland les plus classiques avec un séquenceur relativement simple et intuitif, de grands faders et potards dédiés à chaque instrument (« tune » et « decay », principalement), ainsi qu’un réglage de compression et « attack » pour le kick et snare. Ils ont également ajouté un grand potard avec leur fonction« scatter » qui découpe et disperse le son, permettant de créer des motifs, fills et breaks rythmiques improvisés. Grâce à la nouvelle technologie ACB, l’émulation des sons de la TR808 et 909 est impressionnante et convaincante et le son 32-bit reste physique et dynamique. Même si il manque, à mon avis, un peu de saleté et de brillance, le compresseur intégré et un minimum d’égalisation et/ou amplification après la sortie pourraient bien suffire à lui redonner un peu plus de caractère. La machine semble très bien faire l’affaire pour ceux qui sont en quête d’une boite à rythme bien solide et lourde dans les graves ou comme éventuel remplaçant pour tous les propriétaires d’un 909 en fin de vie. Il aurait été sympathique d’avoir des sorties séparées mais, malgré tout, Roland a rendu possible l’enregistrement des pistes séparées directement dans votre DAW via USB (ce qui suffira, sans doute, au moins en studio). Pour le moment, les banques de sons contiennent ceux du TR-808 et 909, mais la marque compte donner accès a plusieurs kits à télécharger à l’avenir, le premier sur la liste étant, à priori, le TR-707.


TB-3
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Le 303 est l’une des machines les plus difficiles à cloner fidèlement avec précision puisque de légères variations des composants peuvent modifier le son final, même si la technologie de base reste relativement simple. Roland est parti dans une autre direction pour réinventer ce synthé monophonique, une étrange machine, déjà a l’époque, qui revient avec un écran tactile faisant penser à la série Kaoss Pad de Korg. L’écran tactile peut être utilisé comme un clavier, pour programmer le séquenceur ou gérer les effets, les enveloppes et la modulation (sensible à la pression des doigts). Si Korg avait décidé de développer le Kaoss Pad comme un clavier, il ressemblerait fortement au TR-3. Outre les classiques « square » et « saw waves », il y a 132 autres sons de synthés à choisir. Une fois de plus, celui-ci est un peu propre comparé au son analogique quelque peu sauvage du 303 d’origine. Le reverb et delay intégrés sont un agréable plus. Roland a également inclus l’effet « scatter », ce qui permet des variations rythmiques, calées ou plus randomisés. Bluffant.


SYSTEM – 1
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Le synthé SYSTEM – 1 pousse la technologie ACB à un croisement entre plug-in et interface complète. Il vous donne la possibilité de vous connecter à l’interface de votre synthé via l’ordinateur pour enregistrer les jeux de sons au clavier, puis de le débrancher, avec les sons à l’intérieur. Vaguement inspiré par le fameux System 700, il permet un choix de six formes d’onde possibles, ainsi que le contrôle du sub-oscillateur, bruit, mélange des modes de modulation différents, LFO, arpégiateur, pour en citer quelques-uns. Les fans de la SH-101 seront heureux de trouver une émulation chaude de cette froideur que nous aimons tant (et certainement plus réussie que leurs rééditions précédentes). Compact mais quand même muni d’un grand nombre de boutons et faders (73 contrôles physiques), le SYSTEM – 1 est moderne et classieux d’apparence, avec la signature look Aira : métal noir, ponctué des lignes géométriques en vert fluo, façon Tron. Les filtres sonnent plutôt bien et, avec quatre notes de polyphonie, montre plus de polyvalence que la plupart des synthés du genre. Personnellement, j’aurais préféré une molette de modulation et un pitch là où l’on trouve le contrôle « scatter » sur la gauche, mais les effets delay, reverb, crush et arpégiateur marchent plutôt bien. Je ne suis pas sûr d’avoir encore compris à 100% tout l’intérêt du system « plug-out » mais, pour le son et dans cette gamme de prix, le SYSTEM – 1 est le premier clavier Roland à piquer ma curiosité depuis de nombreuses années.


VT- 3
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A la fin des années 70, Roland a sorti le VP330 , un vocodeur connu pour son buzz robotique, avec des harmoniques très riches. Dans les années 90, ils ont présenté le VT- 1, un effet de voix capable de pitcher la voix en temps réel avec réverb intégré. Le nouveau VT- 3 garde le meilleur des deux avec ajout d’auto-tune, effets de pitch et cette voix robot juste mortelle, ainsi que plusieurs options de mélange de l’ensemble. Le VT-3 est certainement aussi « cheesey » que le VT- 1, mais le son est bien physique dans le graves, bien remarquable en mode synthé pour les basses avec juste un micro ! Une fois de plus, il y a des effets qui me rappellent la série des effets Kaoss Pad, mais, compte tenu des limites inhérentes aux effets basés sur la voix, l’utilisateur est moins susceptible de se perdre dans une tonne d’options. L’effet « scatter » marche a merveille (de façon encore différente des autres machines de la marque), avec des fonctions de loop et de répétition suivant la durée du son entrant, laissant libre cours a l’improvisation. Que vous soyez en auto-tune, voix de robot ou en mode synthé solo, cet appareil abordable est certainement l’élément le plus fun de la série Aira. Même sans aucune prétentions vocales, il vous donne envie d’expérimenter plus de choses avec un micro. “Intergalactic, planetary… planetary, intergalactic…”. Plus d’infos ici.

Certains continueront à remettre sans cesse en question l’authenticité du son, à opposer analogique et numérique etc, mais je pense que chaque musicien doit tout simplement essayer lui-même les différentes machines existantes car, au final, seules vos oreilles peuvent vous dire si une machine vaut ou pas ce qui est inscrit sur l’étiquette du prix. (Dj Seep)