Starwax magazine

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REPORT / ASTROPOLIS ETE 2012

REPORT / ASTROPOLIS ETE 2012

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Jeudi 16 août 2012, début de l’Astro en cette fin d’été qui promet d’être ensoleillée, et ce même en Bretagne ! Bon, il faut pourtant l’avouer, l’arrivée est totalement brestoise avec une pluie crachante et des ados la bière à la main dés le début de l’après midi. Mais c’est les vacances et l’air humide sent bon les festivités. Le premier rendez-vous c’est l’Astro cocktail, initialement prévu sur le toit de la Carenne, mais déplacé au Vauban qui tient lieu de retrouvailles ouvrant cordialement le plus vieux festival électro de France.

Première soirée à la Suite avec, pour cette ouverture, OXIA, Mustard Pimp et plusieurs des vainqueurs du tremplin annuel. On retiendra la prestation de notre chroniqueur Spankbass qui nous a offert un set ouvert sur la Bass music actuelle, passant d’une intro neurohop (chose encore trop rare) à quelques titres glitch triés sur le volet ainsi qu’une folle sélection dubstep, sujet qu’il connaît par coeur, le tout avec un doigté de scratcheur reconnaissable entre mille.

Belle soirée où les gens dansaient comme des sauvages et où l’on pouvait sentir toute la force de ce festival à l’organisation sans faille. Le lendemain les choses s’accélèrent et le soleil s’offre une place de roi. Partout dans Brest l’ambiance électronique grimpe, sur le toit de la Carrenne, apéro obligatoire avec une magnifique prestation de Superpoze, jeune producteur qui, malgré un sur jeux maladroit, nous offre un set monstrueux baignant dans un Abstract hip-hop groovy sans respecter les codes, et ce pour notre plus grand plaisir. Même soir, même lieu, avec comme têtes d’affiche Arnaud Rebotini, Modeselektor, Franck Kartell ou encore Electric Rescue. Le Lieu est grand, la boss sympathique à souhait et la programmation enivrante. Le frenchy enflamme le public. Cet homme porte aussi bien les pattes et la chemise à carreau qu’il fait le showman. Sa techno est propre, profonde et mouvementée. Sans être fan de son style il est facile de reconnaitre son talent. Puis, c’est au tour de Modeselektor. Etant une très grande fan, il est difficile de critiquer car ces mecs sont vraiment très bon et le savent. Du coup, une prestation moyenne se remarque plus. On ne ressent pas le bonheur mais le taf est fait. Un live efficace mais qui manque de sentiments.

Nous somme samedi fin de journée et la fin de l’astro se fait sentir. Ce soir c’est le grand soir au manoir de Keroual. Laurent de l’association Férarock (Fédération des Radios Associatives Musiques Actuelles) se prépare à cette nuit folle. Il s’informe, prépare son florilège de questions car c’est un parterre d’artistes plus doués les uns que les autres qui va se réunir et se faire interviewer. Danger, Foreign Beggars, Green Velvet, Birdy Nam Nam pour n’en citer que certains et bien sur les deux parrains du festival Elisa Do Brasil et Manu le Malin. Mais cette soirée là ce n’est pas a moi de vous la raconter et je laisse le soin au furibond Marc Faysse de nous en offrir sa version. Mais juste au passage : Danger, il envoie grave !!! 


Dans l’épisode V de Star Wars, Yan Solo arrive dans une sorte de ville flottant dans le ciel de la planète Bespin, où il retrouve son vieux traitre de pote Lando Calrissian (source: Wookiepedia). L’idée d’une ville dans le ciel a laissé un goût amer à tous les geeks de la planète, mais ça n’a aucune importance, parce qu’ici, à Astropolis, personne ne croit vraiment qu’une ville puisse voler, comme ça, au milieu des nuages, et le public préfère compenser en appliquant à la lettre le vieil adage teufeur: Les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles.
 À Séville, un quart d’heure avant la mise à mort du plus beau taureau, un type un peu mieux sapé que les autres, assis dans une petite tribune décorée souffle un coup dans, au choix, un sifflet ou une sorte de corne. Je précise que parler de corrida dans un article ce n’est pas forcément cautionner. Et si j’en parle c’est moins pour titiller les progressistes que pour mettre sur pied une belle métaphore estivale. Quand le type a donné le signal, tous ceux qui étaient partis boire un verre parce qu’en plein cagnard, à Séville, on a vite soif, remontent se mettre à leur place pour ne pas rater le meilleur moment, l’instant le plus intense, ce qui va rester de la partie. Quand j’ai appris que je ne pourrais aller qu’à la soirée de clôture d’Astropolis, j’ai eu la sensation d’arriver après le coup de sifflet d’une corrida à l’ancienne: tu as raté une bonne partie de la fête, mais tu as quand même la sensation d’arriver au bon moment.


Le TER pour Brest était calme, plein à craquer, mais calme. Une bande d’ados picolaient tranquillement leur litre de whisky bas de gamme au fond de la rame numéro 1, près de la première classe. En Bretagne, pour chaque festival, tu peux prendre le train pour 12 euros, d’où que tu partes. C’est un plan en or pour ceux qui veulent garder leur permis ou leur pochon de weed. J’avais réussi à me dégoter un fascicule de présentation du festival dans un bar, et je le lisais silencieusement. C’est dans ce genre de publications que l’on peut lire des tentatives lyriques de description musicale comme « Sa techno percutante et massive » ou bien « Elisa Do Brasil nous enchantera de sa pêche inoubliable ». Il ne faut pas se moquer de ce genre de petites descriptions, il faut plaindre ceux qui les ont écrit, à qui on a ordonné de décrire la musique pour présenter la soirée…
 La bonne nouvelle en arrivant à Brest, c’est que les travaux du tramway sont terminés, parce que l’année dernière les travaux de la rue de Siam n’arrangeaient pas la gueule de la ville qui, au naturel, ne serait déjà pas finaliste d’un concours de joie de vivre. On peut aller Place Guérin en tram, sans se taper la montée, et d’ailleurs c’est là qu’il faut être. T’arrive à Brest, t’envoies des messages à tes potes, pour savoir où les rejoindre, et tu reçois dans la minute qui suit, trois ou quatre textos qui disent, comme si t’étais sensé comprendre du premier coup : « Mix’n’boules ». Le tournoi de boules de pétanque, c’est un prétexte pour écouter de la house très fort, en meute, sur un espace public. Une zone de chill out, où tout semble autorisé, le parfait endroit pour vider un pack de bière et quelques paquets de chips en discutant de la programmation du soir. Vers 20 heures, le son s’est éteint. Moi, parce que j’écris un article sur la soirée et que je dois me souvenir d’au moins quelques passages marquants, je décide d’y aller tôt, dans les premiers, en fait.
 La nuit est tombée et je me félicite d’avoir pris la première navette: nous ne sommes pas trop serrés et je peux discuter avec le mec d’à coté, qui me raconte qu’il a rempli des poches de pom’potes avec du muscat en faisant un entonnoir avec le carton d’emballage. Il s’est glissé ces petites gourdes dans le caleçon, trois devant et deux derrières, comme d’habitude, il me dit. C’est la meilleure technique, d’après lui, pour faire entrer son propre alcool sur le site, il faut juste assumer d’avoir un entrejambe volumineux et soutenir le regard du gorille de la sécu quand il te tâte le paquet. Convaincu d’avoir fait une trouvaille journalistique de premier ordre, avec cet inventif alcoolique, je sors le cœur léger du bus, en me disant que si je ne me souviens de rien, j’aurais au moins ça à raconter. Il a fallu que moins d’une heure plus tard, près des toilettes sèches, j’entende ce type gueuler derrière moi: « Putain, j’ai les poils de cul qui puent le pinard ! ». Pour précision, il m’avait dit, et l’avenir lui a donné tort, que cela marchait aussi avec les pom’potes premier prix, sûrement plus fragiles…
 Pour l’ouverture de la soirée, je suis allé voir deux jeunes rennais d’un collectif dynamique, Bocal, qui ont gagné le tremplin grand Ouest d’Astropolis. Quand on joue de 21 heures trente à 23 heures, au manoir de Kerouall, on a de grandes chances de n’avoir comme public que ses potes et sa famille, et à ce que j’ai vu, soit ils on un tas de potes, soit ils ont tout compris et il faut absolument suivre de près ces deux mecs et leur bande. C’est ce que j’ai fait dès la fin de leur set, quand j’ai appris qu’ils avaient une interview sur le plateau Férarock, je voulais savoir ce qu’ils avaient à dire. Les mecs de Férarock sont des journalistes exigeants, qui ont de la bouteille, et qui laissent de la place aux jeunes animateurs. C’est grâce à eux que j’en ai appris un peu plus sur les deux Djs, qui n’ont pas vraiment su quoi dire quand on leur a demandé si leur musique avait un message révolutionnaire. Peut être que la techno militante des années 1990 serait en déclin. Première nouvelle…
En déambulant entre les chapiteaux, en solitaire, puisque c’est toujours comme ça qu’on profite de mieux des soirées, je me suis rappelé ce sociologue dont j’avais lu l’article dans Ouest-France pendant les vieilles charrues. Je ne sais pas s’il savait à quel point il avait raison quand il comparait les festivals de musique à des parcs d’attraction pour adultes, parce qu’à Astropolis, vous pouvez aller vomir votre bière du haut d’une grande roue ou vous payer du bon temps à bord d’une auto tamponneuse. Chez Disney, vous pouvez acheter un tas de conneries mickey de mauvaise qualité, ici, vous pouvez trouver pour trois fois rien de la mauvaise coke ou des cristaux de sel, il suffit de savoir à qui s’adresser. Si la cour qui sert de scène beautiful Techno est l’attraction Peter Pan, le chapiteau Mékanik est une sorte de space mountain, le genre d’endroit où je n’aime pas rester longtemps, parce que j’ai lu sur Doctissimo qu’on a tous un capital auditif qu’il faut protéger.
 Quand le petit crachin m’a rafraichi le visage et m’a fait revenir à la réalité, je me suis offert, devinez quoi, un énorme sandwich à la raclette pour six euros, j’ai enlevé le jambon que j’ai donné à un chien qui avait réussi à rentrer, et je suis allé le manger en regardant Green Velvet, un vieux dj techno qui a une crête verte sur la tête. J’ai dansé quelques minutes, et je suis allé digérer avec un type qui m’a parlé de sa déception quant au live de Birdy Nam Nam, qui présentaient leur nouvel album. Je crois que ce critique improvisé était un nostalgique du turntablism pur, et s’est pris en pleine poire la déferlante serato.


Nous avons attendu le train avec la sensation frustrante que la nuit passe vite alors qu’une heure dans une gare passe tellement lentement… Entre nous, ceux qui étaient encore conscients, nous discutions de ce que nous avions vu et raté les un les autres, confirmant la théorie selon laquelle ce genre de nuit n’est pas uniforme, pas homogène, qu’il faut plutôt la voir comme une constellation de trajectoires hors normes, et que s’il y a des points de convergences, sur lesquels tout le monde est d’accord, elle n’en est pas moins personnelle, intérieure autant qu’extérieure. Voilà pourquoi résumer ce type d’expériences à la musique est une vision tronquée de la réalité, ce à quoi nous avons voulu échapper. (par Mjlf & Marc Faysse)