Starwax magazine

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PIT SPECTOR INTERVIEW

PIT SPECTOR INTERVIEW

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Dix ans après son premier album et de nombreux Eps, Pit Spector sort « Mindoor ». Il signe ce double Lp, en écoute ci-dessous, sur le célèbre et prolifique label Logistic Records. Une réjouissante nouvelle parce que la maison de disque était discrète ses dernières années. Focus sur « Mindoor », un superbe disque hybride et funky, porté par un acteur phare de la scène minimal – house underground hexagonale.


Ton premier vinyle acheté ?
Un vinyle d’Aerosmith à un hippie sur Haight Hashbury, à San Francisco, quand j’étais ado.

Tes premiers coups de cœur qui t’ont fait aller dans la minimale ?
- Matthew Herbert aka Doctor Rockit « Indoor Fireworks »
- Daniel Bell « Blip Blurp Bleep »
- Jeff Mills « Mix up Vol.2 »
- Trankilou « Escalope de Dingue »
- Mr Oizo « Analog Worms Attack »
- Radiohead « Kid A »

Ta première machine ?
J’ai fait mes premiers pas en production sur un Sampler AKAI S2000 puis j’ai acquis une tour, un PC, avec Fruity Loops et Acid Pro.

Ton premier live set ?
J’ai joué mon premier live électro avec mes acolytes du groupe Antislash au Zéro Zéro Bar en 2005. C’était pour la fête de la musique et ça a duré 15mn avant qu’une coupure d’électricité ne vienne éteindre tous nos ordis.

Parle-nous de ta prestation au Weather Festival ?
J’ai eu la chance de faire quelques lives à Concrete via Minibar. Un label sur lequel j’ai aussi participé à cinq Eps. Par la suite j’ai été invité deux fois à jouer au Weather Festival. La première fois c’était au Bourget, sur la scène du Camion Bazar. Ce fut un moment mythique car nous avons mixé toute la nuit en B2B avec mon équipe de Rose Et Rosée versus Camion Bazar, avec pour closing le décollage d’Air Force One, à 7h du matin, et le salue d’Obama deavnt une horde de danseurs transis. L’année d’après j’ai fait un live à Vincennes devant dix personnes, mais c’était bien d’y participer. On a eu l’idée d’enterrer de la drogue sur site avant le festival histoire de se mettre bien, mais on n’en a pas eu besoin finalement.

Ton artiste phare aujourd’hui?
Bien qu’il y ait énormément d’artistes que j’écoute et que j’adore dans tous les styles, Aphex Twin demeure pour moi comme le J.S. Bach de notre temps. Ses derniers lives filmés sont juste phénoménaux en terme de musique et aussi de mise en scène.

Ta machine préférée?
Je reste toujours bluffé par les possibilités infinies d’Ableton Live que je continue à poncer quotidiennement. Sinon j’ai acquis récemment Analog Lab d’Arturia et une Nord Drum 3P qui sont très inspirants.

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Parlons de « Mindoor ». Ta rencontre avec le label Logistic Records ?
J’ai participé à beaucoup de soirées Logistic au Batofar et au Point Ephémère dans les années 2000. Mais la vraie rencontre avec Alexandre Petit s’est faite au Zéro Zéro, vers 2015. Je lui ai fait écouter des titres de mon label Prospector et depuis il ne m’a plus lâché !

Quel est le message de cet opus ?
Cet opus est un témoin de mon activité en studio ces dernières années. C’est aussi une ode aux échanges et aux rencontres par lesquels j’ai pu intégrer la personnalité de chaque invité en un voyage musical à travers différents styles d’électro que j’affectionne.

Peux-tu nous parler du processus de création ?
J’aime capter l’énergie du moment présent et l’inspiration qui en découle. Depuis des années je prends des notes musicales, des samples, des ambiances que je compile sur Ableton. J’ai toute une palette de sons et d’idées que je peux adapter en studio. Après j’aime laisser libre cours à l’inspiration lors d’échanges musicaux avec d’autres artistes ce qui me force à rester créatif sur la façon dont je compose les morceaux.

Quel est le morceau de « Mindoor » dont la réalisation a pris le plus de temps ?
La réalisation de l’album s’est étalée sur plusieurs années avec une première phase de création pure pendant des résidences, puis des phases d’arrangements et de mixage. Les deux morceaux qui m’ont pris le plus de temps sont « Sympatico » et « Be On Top » parce qu’il y a eu, à chaque fois, plusieurs invités et donc plusieurs sessions d’enregistrements. C’est devenu vite un grand bordel, alors j’ai laissé mijoter et j’ai testé des versions live. J’ai appris avec cet album à laisser reposer les morceaux afin d’en tirer le meilleur avec le temps.

Il y a un artiste mondialement reconnu et différent quasiment sur chaque titre de ton album.
Peux-tu nous parler de ces rencontres ?

Depuis 2010, je dispose d’un studio d’enregistrement à Montreuil (93). Et depuis je suis très attaché aux jams sessions et aux échanges entre artistes. Avec mon ami Matthieu Bellaiche nous avons monté un concept label : Prospector. L’idée est à la fois de proposer des résidences artistiques, des soirées et la production de disques. On a d’abord contacté des connaissances tels que Ark, San Proper et Ben Vedren pour nos premières dates, à La Machine du Moulin Rouge. Comme le concept était validé on a fait une liste d’artistes avec lesquels on voulait travailler. On a poursuivi au Nouveau Casino et surtout au Badaboum avec une quinzaine d’artistes dont bon nombre figurent sur l’album.

Parle-nous de ta rencontre avec Dandy Jack ?
Pareil je l’avais vu jouer plusieurs fois à Paris et à Berlin, mais notre première rencontre a été lors de notre session studio à Paris. Comme pour tous les artistes présents sur l’album ça a été un vrai moment de partage et d’échanges musicaux. Dandy Jack est une vraie légende de la minimale et il apporte une énergie et une positivité très communicative.

Justement, peux-tu nous raconter ta vie à Berlin ?
J’ai découvert Berlin en 2006 lors d’un concert avec Antislash au Club der Visionare. Ca à été très marquant pour notre équipe qui lançait le Zéro Zéro et j’y suis retourné tous les ans depuis. J’y ai habité quelques mois durant ces années chez mon ami Elmo, en plein Kreuzberg. Puis en 2015 j’y suis resté trois mois pour finaliser des morceaux pour mon label. Au fil des années j’ai découvert les différentes facettes de cette ville que j’aime profondément. J’y ai beaucoup fait la fête mais j’ai aussi découvert son histoire chaotique, ses grands parcs et le style de vie et la culture unique de Kreuzberg.

Un dernier mot sur l’actualité ?
La scène électro et plus largement tout le secteur culturel doit faire face à une situation inédite avec la pandémie à cause de la Covid-19. C’est déjà dur pour des artistes avec des structures organisées alors pour l’électron libre pour qui son activité se passe beaucoup la nuit, la situation est très préoccupante. Beaucoup de musiciens se retrouvent sans ressources. Cette période incertaine et sans échanges influe même sur la création musicale d’une musique créée pour être écoutée en public. Je reste positif en me disant que les artistes se nourrissent du temps présent pour le restituer via leur création, mais ils ont aussi besoin de remplir leur ventre.

Par Antoine Mouton / Photos par Damien Poulain Audoin Desforges ©