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NOBLE ART / MADE FESTIVAL 2018 REPORT

NOBLE ART / MADE FESTIVAL 2018 REPORT

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La musique est un art. La musique est enseignée. La musique s’apprend. Instruments, solfège, programmation, orchestration, auteurs, courants musicaux. Chacun peut apprendre tant de choses en empruntant tant de voies : par époques, par pays, par styles. Libre à chacun de s’enrichir des merveilles de la musique comme bon lui semble. En chacun de nous sommeille un auditeur (mélomane, curieux, défricheur, passionné, collectionneur, digger) ou peut-être un élève érudit (histoire de l’art, conservatoire, musicologie…), ou encore un professionnel (disquaire, musicien, compositeur…). La musique développe ainsi autour d’elle un trombinoscope foisonnant.

Tant d’œuvres et de maître d’œuvres, tant d’ouvrages et de maîtres d’ouvrages, tant de chefs d’orchestres depuis la nuit des temps jusqu’à ce mois de mai 2018, tant d’éléments qui illustrent l’immensité de l’art de la musique. Elle vit, elle évolue, se régénère, s’enrichit, s’exprime à l’infini, inspire et s’inspire au cœur d’elle-même.

La musique classique n’a-t-elle pas évolué vers des gammes épurées, des sonorités dépouillées contemplatives, linéaires ? Arvo Pärt (dont Arte a diffusé un portrait en ce mois de mai) est un compositeur qui s’illustre dans cette évolution du classique, tout comme Philip Glass.
Les instruments ont aussi changé. Les lieux de représentation également.

Les émotions, quant à elles, ont-elles changé ? Difficile question.

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Pour esquisser une réponse, un bel événement a permis à la musique de se déployer généreusement aux oreilles d’auditeurs, élèves et professionnels. Les chefs d’orchestre 3.0 démontrèrent alors leur appropriation du solfège, leur conception de ce qu’est une note, une portée, des silences. Leurs instruments sont leurs médias, nos perceptions le reflet de nos émotions. Écoute ou danse, recueil ou emphase, chacun est ému à sa façon. A l’écoute d’un requiem ou d’un ricercar 2.0, la musique classique et la musique électronique ont tant de points communs. Nul besoin d’être passé par le Conservatoire pour s’en émouvoir.



MADE Festival en est une illustration, de par sa programmation élogieuse pour ce courant de musique, avec Derrick May et Jeff Mills en dignes représentants de la musique techno de Détroit, essentielle. Jeff Mills fut l’auteur d’un voyage aux sonorités spatiales, hypnotiques : nappes, boucles à contretemps, légèretés permettant des plongées dans les sonorités super-posées, sonar et rythmes syncopés furent les notes de sa partition jouée au cordeau. Deux heures de mix entêtant, obsédant, limpide. Ce chef d’orchestre a ainsi fait la preuve de son talent de musicien et de sa conception de la composition, son œuvre s’échelonnant de la techno industrielle, percussive, expérimentale aux expériences de recomposition par des orchestrations classiques. Ses successeurs sur scène, du nom de Mödern (plan B en l’absence de The Driver), auront su poursuivre la soirée avec un live accrocheur.
Autre figure emblématique de Détroit, Derrick May aura distillé une techno au métronome : set impeccable, avec des réminiscences 90’s bien dosées juste comme il faut. Une nouvelle preuve de son inventivité : il est bien un réel compositeur dont la création s’entend, se distingue et convainc. Clin d’œil à Point G pour son live chaleureux, chaloupé, chatoyant.
Ainsi va la musique.
Ainsi va MADE.
Ainsi vit la musique à la façon de MADE.
Merci pour cette belle programmation.
A l’année prochaine.

Post scriptum : un bémol adressé à la Ville de Rennes et à Citédia pour l’annulation au dernier moment de deux moments diurnes, liés à un défaut de sécurité. Dommage. Si la volonté de la Ville est d’éviter de grands rassemblements et de disperser le public, pourquoi annuler deux événements ? S’il-vous-plaît, ne laissez pas planer le doute d’un retour aux années Pasqua, Sarkozy et comparses. MADE propose un festival en l’honneur du noble art. Pas de violence, pas de heurts constatés. Par contre, découvertes artistiques, sourires, esprit de fête, furent là et bien là. Ne constatons-nous pas plus de violence lors d’autres rassemblements, qui ont lieu sur le territoire rennais, de type match de football ?
Donc en matière de sécurité, que la Mairie de Rennes et Citédia se rassurent, si débordements il y a, ce sera du côté du plaisir de la danse, des rencontres et de l’amusement, la musique électronique offrant généreusement des moments aux émotions insoupçonnables et… pacifiques !

Texte par Ambidextre / Photos par Laura Parize & Axel Ftne.