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INTERVIEW LUC DONNARD / CRAB CAKE CORPORATION

INTERVIEW LUC DONNARD / CRAB CAKE CORPORATION

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Le festival breton Big Love rompt singulièrement avec l’image rock encore colportée par la scène musicale rennaise. Organisé du vendredi 8 au dimanche 10 juin 2018, ce rendez-vous consacré aux musiques électroniques invite notamment Scratch Massive. Dj et patron de l’événement, Luc Donnard évoque cette affiche, l’association organisatrice et sa politique d’action.

Peux-tu présenter Crab Cake Corporation, l’association qui organise le festival Big Love ?
C’est un projet artistique qui existe depuis 2011, avec des rendez-vous qui ont lieu à Rennes et sur la Côte d’Emeraude. Crabe Cake Corporation est un collectif qui réuni des graphistes et des Djs. Pendant cinq ans, des soirées ont été organisées à l’Ubu et dans d’autres lieux. Et, depuis quatre ans, Crab Cake Corporation organise un festival qui se veut innovant parce qu’itinérant, défricheur, avec la ville comme terrain de jeu. Crab Cake Corporation, c’est aussi l’envie de faire découvrir ou redécouvrir la ville aux Rennais et aux visiteurs, par exemple dans des parcs, ou dans la cour du Parlement de Bretagne, comme il y a deux ans… Des collaborations sont également mises en œuvre, avec le Marché à Manger. C’est donc un collectif en perpétuelle évolution.

Quelles sont vos valeurs ?
Nous privilégions l’ouverture d’esprit, sachant que tous les gens sont les bienvenus, quelque soit l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, même si on ne revendique pas cela comme un étendard. L’idée c’est l’esprit de la fête. C’est très important, c’est quelque chose que l’on met en avant.

Les commentaires comparant Rennes à une ville rock poussiéreuse vont bon train. Pourtant différentes associations dédiées aux musiques électroniques s’expriment sur cette commune…
C’est très bien que l’on arrête de véhiculer cette image rock de la ville. C’est totalement obsolète. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de rock à Rennes, mais c’est triste de rester bloqué sur cette image datée d’il y a trente ans, comme s’il n’y avait rien d’autre à offrir. Par ailleurs, partout dans le monde, la musique électronique a pris de l’ampleur : la moindre pub utilise de la musique électronique. Il n’y a plus cette notion d’avant-garde concernant les musiques électroniques, parce qu’elles se défendent très bien seules. C’est devenu une machine commerciale comme une autre. Donc qu’il y ait autant d’événements autour de la musique électronique, c’est très bien et cela montre que l’on n’est pas à la traîne. Je pense au Festival MAINTENANT qui croise musiques électroniques et imagerie numérique. Crab Cake Corporation propose des formats différents. Nous ne programmons pas de la musique amplifiée en pleine nuit. C’est en cela que nous nous distinguons.

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Es-tu en contact avec d’autres associations rennaises ? Avez-vous des projets en commun ?
Oui, on a déjà travaillé avec les Trans Musicales, Les Tombées de la Nuit, Travelling, La Route du Rock et avec des institutions comme le fonds régional d’art contemporain, le Théâtre National de Bretagne. Quant à un travail en commun, non : on a notre propre agenda.

Que penses-tu des fédérations qui travaillent autour de projets éducatifs ?
Je n’en ai pas besoin. Il faut du temps et de l’argent. Crab Cake Corporation commence tout juste à trouver une stabilité après sept ans d’existence. Et puis je travaille seul.

Imaginons une rencontre avec la ministre de la culture. Aurais-tu des suggestions et des questions à lui soumettre ?
Heu… (après un temps de réflexion, Ndlr), je pense qu’on aurait beaucoup de choses à se dire. Pas sûr que je lui parlerais musique. Je lui évoquerais la place de la culture en France, l’exception culturelle française, de cette place qu’on a longtemps accordée à l’accessibilité à la culture. Peut-être que j’échangerais avec elle sur la gratuité des musées. Ne vaudrait-il pas mieux payer symboliquement un euro ? Je pense que la gratuité enlève la valeur. En fait, je lui parlerais de sujets généraux et non des musiques électroniques.

Ton point de vue sur Arnaud Rebotini et sur son César pour la musique du film 120 Battements Par Minute ?
J’avais beaucoup aimé la bande originale d’Eastern Boys, par le même réalisateur. J’ai invité Arnaud Rebotini il y a quelques années. J’aime beaucoup ses compos signées Black Strobe. Je suis très content pour lui. Dommage toutefois qu’il n’ait pas salué Bronski Beat, qu’il a remixé.

Crab Cake Corporation organise le festival Big Love du 8 au 10 juin 2018. Peux-tu nous évoquer la programmation ?
Cela se passe sur trois jours, avec une quinzaine d’artistes. Ce n’était pas calculé mais on se rend compte qu’il y a une partie de nouveautés et une partie d’habitués. Ce sont souvent des gens qui ont travaillés ensemble. Ce qui crée une forme de symbiose. Je pense notamment à la soirée phare, celle de samedi : Expédition 2 (Expédition 1 a eu lieu en 2013, Ndlr). De la même manière, on ne dévoile pas le lieu. Les gens partent à l’aventure et découvrent ensuite où ils vont passer douze heures. Crabe Cake Corporation souhaite surprendre avec un lieu compliqué d’accès, un cadre autre qu’une salle de concerts, et avec une programmation différente. Scratch Massive, Jennifer Cardini, Discodromo, Job Jobse ou Gigsta sont prévus… Le seul live sera assuré par Fantastic Twins, une Française ayant travaillé en duo avec Sasha Funke.

Belle programmation 100 % européenne… Pourtant tu es le seul Dj rennais à apparaître, sous le pseudo de Luke Von Westen. Pourquoi ?
Nous avons simplement envie de proposer une affiche que l’on ne voit pas tellement à Rennes. Ce n’est pas une discrimination à l’encontre des musiciens rennais. La programmation est limitée à une quinzaine d’artistes. Je me focalise sur quelque chose que j’ai envie de faire découvrir et qui peut amener les Djs rennais à s’ouvrir à d’autres styles.



Ton top 3 des soirées rennaises ?
L’une des plus marquantes était Planet avec Daft Punk, Paul Johnson et Green Velvet. Un souvenir ultra-marquant de fête, que je découvrais à l’époque. Ça m’a bien retourné (rires). Après, je dirai la toute première soirée Crab Cake Corporation, qui évidemment était forte en émotion. J’avais invité Rone pour un live à l’Ubu. Y’avait Cosmo Vitelli. Et John Talabot à l’Antipode. C’est un très bon souvenir aussi.

Enfin quels sont les ingrédients d’une soirée réussie ?
Un bon public, avec de bonnes énergies. La musique évidemment. Et je crois que si on n’a pas l’écrin, le bon contenant, tout peut changer. Le lieu est donc très important. Bien sûr on prend des risques. C’est très compliqué et contraignant. Mais on essaye de trouver des bons endroits.

Par Ambidextre / Photos (D.R.)