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FOCUS / LES AMAZONES D’AFRIQUE

FOCUS / LES AMAZONES D’AFRIQUE

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Remarquées il y a trois ans avec un premier disque produit par Doctor L, les Amazones d’Afrique reviennent avec « Amazones Power », un nouvel album où le all-stars panafricain confirme son combat féministe. Actrice, danseuse et chanteuse au sein du collectif, la Béninoise Fafa Ruffino dénonce ici le poids des traditions avant d’évoquer l’orientation musicale, les différents concerts qui ponctuent la vie du groupe.


Signées chez Real World, Les Amazones d’Afrique avaient interpellé l’opinion en 2017 avec « République Amazone », un premier opus truffé de dubs abyssaux et ponctué par les messages d’émancipation d’Angélique Kidjo, de Mariam Doumbia ou de la grande Kandia Kouyaté. Produit par le beatmaker Doctor L – interview (Assassin, Mbongwana Star, Bantou Mentale…), cet album recouvrait une dimension afro-futuriste audacieuse. Toujours aussi actives, Les Amazones d’Afrique transforment aujourd’hui l’essai avec le fier « Amazones Power ». Un brin moins ardent, le canevas rythmique gagne en souplesse et valorise les polyphonies. À l’image des récentes prestations scéniques, illustrées par les scratchs de Nadjib Ben Bella alias Dj Boulaone. Particularité, le collectif s’ouvre à de nouveaux horizons avec la Colombienne Nancy Murillo, l’Espagnole Marta Domingo ou l’Algérienne Nacera Ouali Mesbah. Une démarche universelle confirmée par l’emblématique « Power ». Revisité sur la toile avec traductions ad hoc, ce morceau dénonce les méfaits liés aux traditions. Il induit, par extension, le droit des femmes à disposer de leur corps. Amorcé par Boy-Fall et Jon Grace de Nyokō Bokbaë, ce morceau résonne tel un hymne. Comme un écho multiculturel au mouvement #Me Too, à la place désormais revendiquée par les femmes dans la société.

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Partie intégrante des Amazones d’Afrique, Fafa Ruffino atteste de l’esprit militant. Pour cette dernière, la condition féminine est avant tout une question de repères : « J’ai grandi auprès de femmes fortes comme ma grand-mère et ma propre mère, qui était une proche de Thomas Sankara, le leader indépendantiste burkinabé. À quatorze ans, je suis allée à Addis-Abeba en Éthiopie (ce pays est connu pour accueillir des structures diplomatiques comme le siège de l’Union Africaine, ndlr). Sur place, j’ai rencontré différentes filles de mon âge, qui provenaient d’autres pays africains comme le Soudan. Certaines avaient subi des mutilations. D’autres avaient été battues. Cela m’a évidemment marqué. Ma prise de conscience date de ce moment-là. » Inspiré d’un bataillon féminin anticolonialiste qui servit au Dahomey (actuel Bénin) jusqu’à la fin du XIXe siècle, « Amazones Power » prolonge le discours initial tout en traçant des perspectives nouvelles : « Avec la chanteuse malienne Mamani Keïta, qui était déjà présente sur le volume précédent, nous avons décidé de développer les thématiques liées aux combats des femmes, mais également d’ouvrir les textes à des préoccupations qui dépassent le cadre de l’Afrique, même si ce continent reste une source d’inspiration » précise Fafa Ruffino.
Auteure d’« Ilé », un premier disque solo en forme de Who’s Who (Cheick Tidiane Seck, Rockin’ Squat…) puis d’un récent duo avec le Nigérian Flavour, la chanteuse et actrice béninoise évoque la direction musicale présente : « Le but avec Real World est de fusionner les rythmes électroniques avec nos chants, de leur conférer une dimension internationale et qu’un maximum de personnes puisse ainsi recevoir notre message. Le tout en concertation avec Valérie Malot, de l’agence 3D Family. Ce disque est à l’image des interprètes invitées. Certaines viennent d’Afrique. D’autres sont nées en Europe. Cela se ressent forcément à l’écoute.» Fréquemment sur les routes, les Amazones d’Afrique ont ainsi participé au prestigieux World of Music, Arts and Dance (Womad), le festival lancé il y a une quarantaine d’années par Peter Gabriel, et à différentes affiches internationales : « Le set donné à Glasgow, en Écosse, était fabuleux, le public était vraiment réceptif. Ça reflète bien la dimension humaine des Amazones » confirme Fafa Ruffino qui détaille au passage les projets de la formation. Des travaux malheureusement contrariés par la crise sanitaire : « Notre actualité concerne justement les concerts, même si des dizaines de dates ont été annulées suite à l’épidémie de Covid. Heureusement, différents spectacles restent programmés à court terme. En souhaitant une reprise prochaine.»



Dans le sillage des Amazones d’Afrique, Star Wax vous conseille les Skylarks, soit la première formation de Miriam Makeba, interprètes dans les années 50 d’harmonies vocales sublimes (Teal Records). Mais également les Lijadu Sisters, un duo nigérian des 70’s formé par les sœurs Taiwo et Kehinde Lijadu (Soul Jazz Records). Ou bien encore Tartit, un ensemble féminin issu de la communauté berbère du Nord-Mali (Riverboat Records). Enfin cette sélection ne serait pas complète sans Zap Mama, le groupe lancé par Marie Daulne au début des années 90. « Adventures In Afropea », leur premier album, vient d’être réédité en vinyle par les Belges de Crammed Discs.

Les Amazones d’Afrique seront en concert le vendredi 16 octobre 2020, à 21 heures, au théâtre de l’Idéal à Tourcoing (59). C’est dans le cadre du Tourcoing Jazz Festival.

Par Vincent Caffiaux / Photo par Karen Paulina Biswell