Starwax magazine

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INTERVIEW CATERVA

INTERVIEW CATERVA

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Outre le fait démontrer une ouverture d’esprit, lorsque plusieurs genres musicaux fusionnent le résultat révèle souvent une œuvre forte. Le groupe strasbourgeois Caterva est la somme de cette recette. A l’instar d’une house soulful ils sont adeptes d’une dubstep groovy, puissante et surtout plus originale que nombre de productions de bass music. Entretien avec les deux beatmakers qui comptabilisent, tout formats confondus, déjà vingt trois sorties en onze ans. Leur union commence seulement à faire couler de l’encre… Pour une énième fois Star Wax ouvre le bal !


Que faisiez-vous avant votre réunion, avant que le dubstep naisse ?
Salut ! Avant notre réunion, nous bossions notre musique chacun de notre côté, No Prod mixait Break en rave et Ficus produisait du trip-hop et mixait Drum. Un jour de février 2003, une asso à invité No Prod à jouer à la Laiterie de Strasbourg. C’est à cette occasion que nous avons créé le premier live Caterva (No Prod / Ficus) et que nous avons commencé à collaborer avec la violoniste Anita Bomba. L’année d’après nous avons monté le Label Sens Inverse avec Helixir, PH6, Dj Mute, des amis. Le style musical était breakbeat, dub expé et jungle…, avec un premier vinyle Caterva x Les Trolls ( Catertrolls ). A cette époque (2004) on sortait uniquement du vinyle et nous faisions même les pochettes à la main ! C’est en 2005 que nous avons découvert le beat syncopé du dubstep UK à 140 bpm et que nous avons commencé à organiser de grosses bass partys légales à Strasbourg.

Pourquoi avoir choisi un nom de groupe en italien ?
Après cette date mémorable à la Laiterie nous avions envie de poursuivre l’aventure et nous cherchions un nom. Un ami « Baron Dimanche », nous a proposé ce nom « Caterva ». Pour nous c’était le nom idéal, car il veut dire une troupe, un groupe de personne, le rassemblement, une union ! Ca collait tout à fait avec notre conception de la musique et de l’échange avec le public, alors on l’a adopté.

De quand date Caterva et aviez-vous la même idée en tête concernant son orientation entre a sa création et aujourd’hui ?
Caterva date de 2003, avant nous mélangions les breaks rapides (160/180 bpm) et des sons beaucoup plus lents dub et hip hop. L’idée à la base de Caterva était de créer une musique break et dub dansante. On ne voulait pas reproduire la grosse techno dark du style frenchcore qu’on entendait beaucoup à cette époque. Quand le son dubstep a émergé, on a senti que c’était exactement cet équilibre là, un son à la fois deep et massif, que nous recherchions. Comme nous avons vécu de l’intérieur l’apparition du dubstep, nous sommes restés attentifs à ce qui se passait dans la bass music; on a suivi de près la naissance et l’évolution de nombreux genres (trap, kuduro, moombahton, glitch hop), et on a continué à expérimenter, en ajoutant de nouvelles influences.

Ca fait un paquet de sorties, combien ? Et de quand date la première sortie ?
Il y en a 23 (vinyles, Cds, Digital), la première date de 2005, en vinyle, sur le label Analogique Organique.

Quelles sont vos inspirations ?
Nos inspirations sont diverses et nombreuses, mais en gros elles se situent entre le dub, le hip hop, l’electro des années 90 / 2000 et tout ce qui est jazz et musique expérimentale.

Pourquoi et quand a eu lieux l’ajout de musique tropicale dans vos productions ?
C’est en 2006 que nous avons rencontré Mc Baal qui est originaire d’Uruguay, et c’est lui qui nous a fait découvrir le son tropical (funk carioca, kuduro, cumbia). Nous avons tout de suite accrochés au groove et à l’énergie qui se dégage de ces styles. Et puis grâce à cette nouvelle scène on découvrait pleins de nouvelles rythmiques inspirées des percussions traditionnelles et de nouveaux producteurs talentueux.


Désormais vous sentez-vous plus proche de la scène global bass ou dubstep ?
Maintenant pour sûr, nous nous sentons plus proches de la scène global bass, mais nous ne nous mettons pas de barrières… on peut passer du glitch hop au dubstep en passant par la tropical. Et puis la scène dubstep s’est transformée en EDM et brostep, un retour vers un côté dur et hardcore qui ne nous correspond pas. Mais on oublie vite que de nombreux producteurs de dubstep continuent à produire un son inspiré et original, comme notre pote Von D ou les gars du label Deep Medi.

J’ai l’impression que depuis quelques années vous faite de plus en plus de sorties avec des rappeurs. N’est ce pas plus ennuyant à la production ?
Maintenant Caterva a deux rappeurs (Mc Baal et Mister E). Au contraire d’être ennuyeux, cela a amené de nouvelles influences et une autre dynamique de création. Notre production ressemble désormais plus à celle d’un groupe classique et moins à celle solitaire d’un producteur. C’est aussi très intéressant en live, où il y a une vraie interaction avec le public. Par exemple, pour composer l’album Out Of Control nous nous sommes enfermés pendant deux ans, car nous voulions nous réinventer en tant que groupe, du fait de l’arrivée des deux Mcs, et ils sont présents sur tous les tracks. Pour les prochaines productions nous allons continuer à bosser avec eux, mais nous allons laisser plus de place au côté instrumental et dansant, comme sur notre dernier single « Trap Game » sorti récemment sur Sleediz Records ( vidéo live ci-dessous et ou disponible en free download ici).


Vous semblez proposer des sorties réfléchies, conceptualisées, est-ce parce que vous réalisez tous à 5 et donc que ça bouillonne 5 fois plus ?
Oui, les projets concept ça nous fait vraiment kiffer, comme par exemple la série “4 Points Cardinaux” (ce sont, 4 vinyles qui une fois assemblés forment une boussole), les BD sonores, les release à dates précises, etc … C’est sur que réfléchir à 5 implique de longues discussions, mais ça nous permet de bien programmer nos sorties et de bien gérer ce que nous diffusons au public.
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Concernant le processus de beatmaking, avez-vous des habitudes ou les compétences de chacun peuvent varier ?
Au niveau du beatmaking, souvent, L’un de nous deux (Ficus / No Prod) commence un projet et ensuite on se le passe. Nous avons fait en sorte d’avoir exactement la même configuration sur nos ordinateurs respectifs. Ensuite nous envoyons une démo aux Mcs qui travaillent des textes et proposent des modifications sur le track. Ensuite on se retrouve en studio, on fait la teuf et on termine le track tous ensemble.

Vous collaborez avec un vidéaste, du nom de AV Exciters, comment faites-vous pour vous démarquer de ce qui existe déjà ?
Le vidéaste (Kashmir) fait aussi partie de Caterva et il fait partie d’un collectif de vidéaste « AV Exciters » basé sur Strasbourg. Pour nous démarquer, nous essayons de travailler sur un concept lié à notre musique et à l’album “Out of Control” qui viens de sortir. Sur la pochette de celui ci on retrouve un pentagone. Nous sommes donc partis de cette base graphique pour créer une structure “écran”, sur laquelle Kashmir projette des vidéos mappées qui suivent l’évolution du live et réagissent aux fluctuations de la musique et des effets. Ce n’est pas temps de nous démarquer qui nous intéresse, mais plutôt de proposer une forme scénique et une interaction complète avec le vidéaste qui permet au public de voyager avec le son et l’image.


La scène dubstep reste tout de même discrète en France, un peu comme la jungle. Ne pensez-vous pas que ca manque d’échange, par exemple, entre les sounds reggae et bass music ?
Il y a six ou sept ans la scène dubstep française collaborait beaucoup plus avec la scène dub/ reggae, car la vibe était similaire. Désormais la scène dubstep est devenue plus violente et je vois mal de jeunes kidz en plein pogo kiffer un bon skunk reggae dub. Pour ce qui est de l’échange au sein de la “scène dubstep” ce n’est pas seulement au niveau du dub que cela se passe. Beaucoup de producteurs de bass music français viennent de la drum n’bass, du breakbeat ou du hip hop. A l’époque il y avait les soirées “French Dubstep Produceur” à Paname et nos party “SensInverse Dubstation” à Strasbourg où les producteurs français se retrouvaient afin de partager leurs sons et leurs vibes. Désormais les échanges et les connections continuent entre les producteurs français avec les labels comme Chateau Bruyant, Nozion Records et bien d’autres. La scène dubstep française est tout de même nettement moins discrète qu’avant, et celle ci à fait éclore de très bons projets.

Vous résidez à Strasbourg, comment est la scène bass music là-bas et y a-t-il régulièrement des soirées ?
La scène bass music à Strasbourg est très variée, nous avons un public qui est très ouvert et qui est de plus en plus friand de bass music. Avec deux autres associations (ICF et Les Ills) nous avons monté un concept « Unity », ou nous proposons des soirées Bass Music en invitant des guests tel que Addison Groove, Sam Binga, Kowton, Commodo, Markus Nasty & Ikonika. Ces soirées nous permettent de faire découvrir au public Strasbourgeois la richesse de La bass music, car en Alsace, le public est naturellement orienté techno et minimal. C’est dû à la proximité de l’Allemagne.

Allez-vous souvent en Angleterre vous ressourcer aux racines de la culture dubstep ?
Pas du tout. On est passé en Angleterre quand on étaient ados, en voyage de classe, mais sans plus rires). Avec Internet et tous les guests mix qui tournent, c’est assez facile de se tenir au jus de la vibe, et puis actuellement ce n’est plus forcement au Royaume Uni que se passe les choses les plus fraîches en dubstep.

Travaillez-vous toujours sur Logic + et des synthé analogiques ?
Nous bossons toujours sur Logic, Live 9, komplete 9, Maschine, et nous aussi des synthés analogiques comme le Virus et le Moog. Ce qui est bien c’est qu’avec chaque synthé tu trouves une sonorité et un grain différent. Notre premier album a beaucoup été travaillé avec le Virus.

Aimez-vous faire des remix, si oui pourquoi ?
Oui nous aimons faire des remixes, souvent c’est un challenge d’essayer de ne pas dénaturer l’original, et d’y mettre notre ambiance, dès fois nous n’hésitons pas a faire écrire les Mcs dessus. Les remixes ouvrent des portes, qu’elles soient musicales ou bizness. Dernièrement nous avons travaillé sur deux remixes pour un groupe de jazz, les Chapeaux Noirs et pour le projet jungle, Lokomotiv Cobretti (IT).

Vous avez déjà signé sur plus de six labels, avez-vous déjà pensé à créer le vôtre ?
Six labels, attends je compte : Kiosk Records, I.O.T Records, Marasm, Analogique Organique, Sleediz Records, Eat Me Records, JFX Beats, Da Puta Clan (SP), V.P.S Records (UK) et Sens Inverse. Nous avions déjà eu notre label « Sens Inverse » avec les copains Beature, Helixir, Mac Koall, PH6 mais cela demande énormément de temps et d’argent, je t’avoue que c’est un métier. Nous avons choisi de nous occuper de la production musicale et des performances live, c’est déjà pas mal de taf.

Avez-vous déjà fait des Dj sets et en faite vous encore ?
Of course ! No Prod à commencé par des dj sets, qui était mythiques en teuf et Ficus s’y est mis après le live, mais oui nous sommes des Djs (en plus de produire). C’est la base. Quand nous ne pouvons pas vendre le show Caterva, nous faisons des Caterva Dj set endiablés et sinon nous avons aussi chacun nos pseudos, No Prod, Radio Sanchez, YeahGirl et Ficus.

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Achetez-vous du vinyle ? Si oui vos derniers achats !
Oui! Enfin, No Prod n’a jamais arrêté d’en acheter, pour Ficus c’est différent, il est toujours fans des microsillons, mais désormais il y a que très peu de nouvelle music qui est pressé en vinyle, donc celui ci revendique le format Waves, qu’il utilisent lors de ses dj sets ou lors de ses nombreuses émissions radio. Mais de toute manière on sera toujours des fervents défenseurs du microsillon !

Passez-vous du temps sur votre second album ?
Pour le moment nous composons des singles en libre téléchargement et nous préparons des nouveaux Eps en mode futur beat, trap et footwork. Nous aimerions revenir aussi au format vinyle, on a des projets de remixes Jungle/footwork qui vont sortir en vinyle sur le label VPS records et aussi d’autres pistes dans un délire Cumbia… Plus un titre sur la compile Star Wax X Posca vol.2. A paraître je crois en septembre.


Interview par Supa Cosh… / photo par Thomas Danesi

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