Starwax magazine

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archivesseptembre-2017

INTERVIEW DJ ROULEZZ ET TITINEBOY (GRIME SIN CREW)

INTERVIEW DJ ROULEZZ ET TITINEBOY (GRIME SIN CREW)

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PBM est la nouvelle soirée parisienne qui débarque cet automne. Le parti pris de Putain.Bordel.Merde est de présenter des Djs et artistes hip-hop évoluant en dehors des sentiers battus. Du grime en passant par la trap, le chopped & screwed, la Miami bass, le ghetto funk, ou encore le hip-hop indus, mais aussi les influences d’n’b, punk, dancehall… L’objectif est d’explorer l’univers hip-hop dans ses contrées les plus retranchées. À cette occasion, nous avons rencontré Dj Roulezz et Titineboy du collectif Grime Sin Crew qui performeront lors de la première édition de PBM, le jeudi 5 octobre 2017, au Batofar.


Alors dites-nous, comment tout ce bordel a commencé ?
Dj Roulezz : Tout a commencé vers 2003, quand je suis tombé sur l’album de Dizzee Rascal « Boy in da Corner ». J’ai alors commencé à chercher des riddims et je suis tombé sur Wiley Cat, Danny Weed, Ruff Sqwad et Roll Deep qui avaient des sonorités de dingue ! On a tout de suite accroché ce style et Mesh a commencé à écrire dessus. Quelques temps après, en allant à un concert de ghetto au Nouveau Casino, je suis tombé sur Titineboy. Il était au mic, il avait un flow rapide incisif. Nous avons tout de suite commencé à bosser avec lui sur divers projets comme Serial Sinners et Mc Cheper, et au fur et à mesure des connections se sont faites. On a rencontré d’autres Mcs dont Tomawok, Span, Wire, Jenny K… et les beatmakers Staya, Dj Kafra et H.P.S. Désormais nous formons le collectif Grime Sin Crew. Autour du noyau dur composé de nous deux, il y a Tomawok et Mesh. On retrouve également les Mcs Span & Wire (VMDeluxx), la chanteuse et Mc londonienne Jenny K d’Ego 6, les beatmakers Kafra de Fresh Connection, Tony-O d’Ego 6, H.P.S Beats et Staya. Puis les danseurs Valrequin, SamX et Dr Samson dont les jeux scéniques apportent un grain de folie supplémentaire aux shows survitaminés d’une équipe unique en son genre.

Titineboy : J’ai commencé le rap en 1993 avec HcCrew soit le Hardcore Crew et j’ai eu pas mal de crews jusqu’en 2001 avec THC soit Textazi Hc Crew puis en 2006 avec Grime Sin Crew.

Comment définissez-vous Grime Sin Crew ?
Dj Roulezz : Il est dur de définir Grime Sin Crew en quelques mots ou de trouver des équivalences dans l’horizon musical français actuel, mais on peut parfois penser à Svinkels, de par le côté décalé, l’attitude à la fois légère, revendicatrice, et irrévérencieuse… Le côté punk quoi.

Titineboy : Grime Sin, ce sont des beatmakers et Mc’s unis par la même soif de basses grasses, de performances vocales et de spectacles musicaux vivants. Au départ, fortement inspiré par le UK grime et la dubstep des années 2000, il s’est vite démarqué en puisant dans le background artistique varié de ses membres. Il présente un mélange personnel enrichi d’un soupçon d’épices dancehall, electro, hip-hop, drum & bass et soca… Une vibration qui fait écho aux turpitudes de notre ère où tout s’accélère, en alliant intelligemment l’obscur et le festif déjanté.


Votre inspiration ?
Dj Roulezz : La Cliqua, Ideal J, Time Bomb, Assassin, Oxmo.

Titineboy : Néochrome, Radio nova et ses freestyles, D.Abuz System, Oxmo Puccino, Brassens et bien d’autres.

Quels sont les Français qui vous inspirent maintenant ?
Titineboy : Sofiane, Karis, Rim’K, Sisiana, un peu de Rap Contenders (championnat de clash entre Mcs, Ndlr)

Dj Roulezz : Je ne me suis pas vraiment arrêté sur des artistes français récemment, par contre je trouve plein d’artistes belges intéressants.

Et à international, qui vous a inspiré ?
Dj Roulezz : Necro, Lootpack, Madlib, D.I.T.C., Scaramanga, Wu-Tang, Dizzee, Wiley…

Titineboy : Cage (Smult Puldder) , Kool Keith, Cypress Hill, Snoop, Wu-Tang, Dizzee, Wiley, Roll Deep

Et maintenant ?
Titineboy : K.A.A.N, Action Bronson, Kendrick Lamar, Stormzy, JME, Giggs et, par exemple, 67 de la nouvelle scène grime.

Dj Roulezz : Faze Miyake, Splurt Diablo, Section Boyz , Frisco, NAV, Merky Ace, Rude Kid, Skepta, Chase & Status.

Trouvez-vous votre place dans le paysage sonore français?
Titineboy : Pas encore, je dirais. On fait des premières parties, on tourne, mais le grime n’a pas encore vraiment pris ici. On travaille avec plein de gens différents, mais à l’inverse de beaucoup d’autres genres, il n’y a pas encore de structures ou collectifs, à part nous, vraiment organisés, aidant à promouvoir le genre. De plus, même si on a toujours un super accueil et de bonnes retombées, j’ai l’impression qu’en France on commence tout juste à évoluer vers l’idée de jouer avec les genres et horizons, et qu’on est encore loin de l’ouverture qu’il peut il y avoir en Angleterre par exemple.

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Comment arrivez-vous à tenir une ligne conductrice et à rendre cohérentes ces diverses influences ?
Dj Roulezz : La musique hip-hop peut fusionner avec différents styles comme le jazz, la soul, le punk, ou l’electro. Nous on a pris parti pour une ligne de conduite electro avec la drum, la grime et le dubstep, donc plutôt dans des Bpm élevés, fast style. Comme dit auparavant, on voit que les Anglais sont décomplexés par rapport à cela, et nous c’est ce qu’on aime. Pouvoir puiser dans et kiffer plein d’univers différents.

Quels sont les thèmes, les idées que vous aimez aborder au niveau des paroles ?
Titineboy : On aime traiter l’actualité avec une touche de dérision, sans se prendre au sérieux.

Dj Roulezz : Les thèmes viennent en fonction de l’instru et de l’humeur du jour. Nous n’avons pas un message précis à véhiculer, on est tous touchés par différents sujets. Mais je pense que principalement, on a envie de transmettre de bonnes vibes. On veut faire kiffer les gens, qu’ils s’amusent, qu’ils lâchent prise.

Tous vos albums et morceaux sont en free download ici. C’est quoi votre démarche ?
Dj Roulezz : Il n’y a pas de démarche précise. Pour nous, la musique est avant tout un kiff avant d’être un business, et le but est de toucher le plus de gens possible. Bien sûr on aimerait vivre uniquement de notre son, mais pour nous ça passe plus par le fait de trouver de bonnes dates… Maintenant la donne a tellement changé avec le digital, qu’on préfère filer nos sons aux gens et qu’ils viennent nous voir jouer, plutôt que de batailler pour vendre notre son et notre âme pour quelques kopecks.

C’est quoi votre actualité ?
Titineboy et Dj Roulezz : On vient de sortir un album, « Am Stram Grime », qui est bien sûr en free download sur notre Bandcamp (stream ci-dessous). Et un nouvel album de Titineboy va bien sortir, inspiré par la UK trap / grime. On a quelques scènes prévues pour la fin d’année, mais on avait un peu relâché la pression dernièrement. Et là on se remet à fond et on espère faire pas mal de festoches à partir du printemps 2018.



C’est quoi vos rides dans Paname ?
Titineboy et Dj Roulezz :Déjà les soirées PBM ! Les Croustibass, Get Tropical, Glazart, le Rex, le Social Club de l’époque, le Badaboum, les squats… Pour la grime, il n’y a pas encore de lieux ou de soirées récurrentes, donc dès qu’il y a des gens de notre entourage, ou d’autres, qui organisent des trucs, on essaie d’être présent.

En conclusion ?
Dj Roulezz : Vive le grime ! Et j’espère qu’il y en aura de plus en plus au niveau de la scène française.

Et sinon vous faites tourner ?
Titineboy : Yes !! Blue cheese, venu du côté sombre du net…


Par Vanessa Lassissi