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DJ MADE IN FRANCE / <br/>RAPHAËL RICHARD

DJ MADE IN FRANCE /
RAPHAËL RICHARD

éditeurCamion Blanc édition

DJ MADE IN FRANCE /
RAPHAËL RICHARD

Le second ouvrage de Raphaël Richard « Dj made in France » vous emportera brièvement dans l’histoire des 78 tours puis de façon plus poussée dans celle des disc-jokeys, poseurs de disques vinyles des années 40/50 aux Djs du nouveau millénaire. Les grandes périodes de la culture Dj en France mises en avant dans ce livre sont celle des balbutiements jusqu’au début des années 80 ensuite celle des Djs s’exprimant via la radio (correspondant à la naissance des radios libres en 1981) et enfin celle des Djs producteurs qui, pendant les années 90, commencent à mixer hors de leur région. Cette décennie aura également été marquée par la naissance des Djs turntablists, des raves ainsi que des festivals légaux. Les années 2000 marquent l’explosion de la culture digitale, démocratisant ainsi la pratique et l’échange de la musique et annoncent l’avènement des Djs superstars internationales aux cachets exorbitants.
Ce livre est agréable à lire même si on peut facilement s’y perdre car il arrive que sur une même page on évoque les années 60 puis les années 2000 pour finalement revenir aux années 80-90 quelques lignes plus bas. Cependant on sent que l’auteur a réalisé un travail de fond très poussé et s’est efforcé de n’oublier personne ou presque. Pas évident donc de retranscrire toutes ces informations en 300 pages. J’ai apprécié l’insertion dans le texte d’ extraits de témoignages de Laurent Garnier, Manu le Malin, Dee Nasty, RLP et tant d’autres, récoltés par l’auteur. J’ai été frappé par des comportements paradoxaux : Une anecdote hilarante, la réaction de la CGT qui, au début de Radio 7, s’oppose à ce que les Djs-animateurs touchent le matériel technique dont la platine de peur que les techniciens ne soient mis au chômage technique ! Les Djs Hip-hop, précurseurs sur la technique du mix basé sur le calage au tempo et le scratch, sont toujours moins bookés surtout dans les clubs, bars et discothèques, principalement en province que les Djs techno-house-electro. Cela semble encore plus étrange si je vous précise ici que le rap fut pendant plusieurs années la musique numéro un des ventes de disques. Alors que la culture Dj à la française est plébiscitée hors de nos frontières, aussi bien grâce au travail de Djs ou producteurs techno-house-electro que par le travail de Djs hiphop montant régulièrement sur les podiums des compétitions internationales. On déplore le fait que la presse française traitant de la culture Dj et vinyle soit aussi rare qu’un établissement correctement équipé en acoustique et régie Dj. Sachant également qu’on apprend que la première discothèque au monde est le Whisky à Gogo qui ouvra ses portes à Paris en 1947, il est inquiétant que les Djs n’aient toujours pas réussit à obtenir un réel statut et à être reconnus en tant qu’artistes à part entière depuis lors! Certains points sont explicables. Outre, le fait que l’approche Djing est passée de l’analogique au numérique, il y a une mutation des lieux qui accueillent une régie Dj. Les bars et restaurants musicaux se multiplient aux dépends des discothèques qui sont de plus en plus nombreuses à fermer. Puis, en un demi-siècle, la M.A.O a fait naître de nouveaux profils de Dj. Ceux qui ont souvent un agent : les Djs purs qui deviennent producteurs (ou vice versa) qui, pour certains, peinent à faire leur place. Ceux qui sont souvent intermittents du spectacle comme les musiciens-producteurs qui, seul ou à plusieurs, offrent un concert avec des machines combinant platines et ou parfois des instruments traditionnels, souvent dans des salles de concert. Puis ceux très médiatisés, ou il y a peu d’élus, les superstars Dj qui, sont devenus des purs produits marketing et remplissent aisément des stades. Même si le nombre de discothèques diminue le Dj pur, de base, existe encore. Lorsqu’il est résident il est souvent l’homme couteau suisse salarié comme le barman. Si vous lisez ces lignes c’est que l’un d’eux vous fait fantasmer mais sachez que pour moi le Dj doit être avant tout un fan de la musique qu’il aime partager, qui ne se cloisonne pas à un genre musicale et qui recherche toujours le mix parfait, qui doit vous surprendre, et donc user de technique.
Pour conclure, je vous conseille cet ouvrage bien documenté que vous soyez acteur ou spectateur en mal de savoir au sujet de l’histoire de la culture Dj en France. Disponible chez Camion Blanc édition, depuis septembre 2013, pour l’acquérir il vous faudra tout de même débourser 30 euros, un prix qui semble un peu excessif et nous rappelle qu’il est difficile d’intégrer ce milieu aussi obscur que fascinant. (I.J.)