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BATIDA / INTERVIEW

BATIDA / INTERVIEW

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Première signature d’un album d’artiste actuel chez Soundway Records le beatmaker portugais Batida n’a de cesse de se faire remarquer. Ses deux albums principalement composés à base de sample qu’il pioche aussi bien dans la musique angolaise que le kuduro, l’afrobeat ou encore The Clash, est restituée sur scéne grâce à son jerrican d’essence. Tout autant surprenant Batida, accompagné d’un danseur, a été choisi pour faire les premières parties de Stromae. Entretien juste avant son concert au musikhall de Rennes.

Comment s’est faite la rencontre avec ton label Soundway records ?
La première fois, je ne les ai pas rencontrés en fait. J’ai reçu un email car ma musique les avait intéressés. Ca tombait bien, je cherchais un label et j’étais moi-même un fan de leur catalogue. Je leur ai tout de même demandé s’il savait que j’étais un jeune artiste car ils font beaucoup de rééditions. Ils m’ont alors annoncé qu’ils cherchaient un album d’artiste pour célébrer les dix ans de leur structure et que j’étais le premier artiste qu’ils contactaient.
 Mon premier album était déjà sorti au Portugal et en Angola puis, pendant un an, j’ai privilégié la primeur de mes nouveaux morceaux à des blogs et labels indés et il faut croire qu’ils m’ont trouvé de cette manière et que ça leur a plu.

Tout est allé très vite pour toi. Comment en es-tu arrivé à faire la première partie de Stromae ?
Je travaille avec l’agence 2 for the road events, basée à Londres et qui s’avère être aussi celle de Stromae. Il leur a dit qu’il aimait bien ma musique et leur a demandé de voir si j’étais Ok pour réaliser des dates avec lui en première partie. Je ne connaissais pas grand chose de lui si ce n’est son guitariste et ses clips vidéos mais j’accrochais avec sa créativité musicale et artistique en général.



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Est-ce que tu penses que la musique renferme forcément un engagement politique ?
La musique revêt différentes réalités en fonction de celui qui la compose. Elle peut être fonctionnelle, habiller un lieu comme un aéroport ou un ascenseur. Pour d’autres, c’est le moyen de vendre un produit… Mais bien sûr qu’elle peut avoir des fins politiques. Pour moi, c’est plus une question de liberté, une liberté de création qui me ressemble. Je ne suis pas particulièrement à la recherche d’une étiquette d’artiste politique même si en tant que citoyen, j’ai mon mot à dire. Le contexte, que ce soit au Portugal au en Angola, m’influence forcément quelque part.

Quel est ton souvenir musical le plus fort de ton enfance ?
J’ai grandi dans la banlieue de Lisbonne avec plein de gamins qui venaient du Mozambique, d’Angola ou du Cap Vert donc ce n’était pas vraiment une enfance très européenne mais plutôt une sorte de nouveau Lisbonne où tout le monde, dont ma famille, parlait d’un ailleurs, de sa musique, du climat, des gens… Donc j’ai grandi à Lisbonne mais avec tous ces lieux dont j’entendais parler sans les connaître. Tout le monde parlait de Luanda comme de la prochaine grande ville en Afrique avec une scène musicale incroyable mais la guerre civile a tout mis entre parenthèse pendant une trentaine d’années. 
Quand je m’y suis rendu pour la première fois, ça ne ressemblait en rien à ce que j’avais pu entendre et ça m’a choqué.

Comment se complètent tes origines africaines et européennes dans ta musique ?
Je pense que l’identité de Lisbonne correspond tout à fait à ce pont culturel. Il y a une influence musulmane dans l’architecture, beaucoup de métissage dans la population. A un coin de rue, tu entends une chanteuse de fado puis du rap dans une autre… J’accepte en fait toutes les influences, africaines comme européennes car ce sont autant de chance de s’enrichir culturellement et en tant qu’être humain. Lisbonne et Luanda sont mes plus grandes sources d’inspiration et puis j’ai mes 3 enfants à Lisbonne et certains de mes frères sont à Luanda en Angola. Ces 2 villes sont mon quotidien mais mon identité va au-delà de leurs frontières.

Comment restes-tu à jour de ce qui se passe sur les scènes angolaises et congolaises ?
Je connais surtout la scène congolaise des années 60 et 70, la rumba, la samba, la guitare électrique… Tout cet âge d’or, je l’ai découvert grâce aux disques de mes parents. Je n’y ai jamais mis les pieds. Mais je retourne en Angola aussi souvent que possible. J’y ai des amis, je me procure des disques, je compose avec des musiciens du cru. On se tient au courant via Facebook ou Soundcloud car internet commence à y être bien installé. Il y a dix ans, il était impossible de trouver un producteur angolais en ligne… Internet a beaucoup facilité les choses depuis.

Quelle est la réalité de la scène hip hop et beatmaking en Angola ?
A Luanda, dans toutes les maisons dans lesquelles je me suis rendu, tu n’as peut être pas encore l’eau courante mais tu as un Pentium 3 avec une version basique de Fruity Loops ! Et les mecs te sortent des productions de malade avec ça. Tout le monde peut être producteur et avec internet ils peuvent se faire connaître. Fruity Loops était super populaire début 2000, c’était le Facebook de l’époque niveau popularité. Dans une mégapole de cinq millions d’habitants, construite pour en accueillir 500 000, la musique en ligne à Luanda est le moyen privilégié pour les producteurs, les MCs ou les danseurs de se présenter, de se faire connaître et avec la concurrence, tout le monde tire vers des prestations toujours plus folles.

Buraka Som Sistema ou Major Lazer (Diplo) ont popularisé le kuduro au-delà des frontières africaines. Etait-ce selon toi une juste une mode ou bien d’autres types de musiques africaines peuvent-ils encore émerger ?
Le kuduro fait pour moi complètement partie de l’ADN musical global à présent. On retrouve des traces de cette rythmique dans pas mal de productions récentes. Et l’évolution probable sera de le mélanger à d’autres genres musicaux, de réaliser des crossovers, comme avec la house par exemple. Il y aura peut être un «Walk this way » qui popularisera encore plus loin cette musique ! A l’image de ce qui se passe en Afrique du Sud et toutes les variations de house qui y existent, c’est très intéressant et de là, d’autres styles naîtront, c’est certain.

Peux-tu nous en dire plus sur ton jerrican d’essence présent sur tes pochettes mais aussi avec toi sur scène ?
C’est très simple en fait. J’ai juste pris un MIDI fighter (DJ TechTools), ce pad fabriqué avec des boutons de jeu d’arcade. Je l’ai démonté et assemblé à ce jerrican et je trouve qu’il reflète ma façon d’être. Finalement, ce n’est qu’un petit contrôleur MIDI. Mais comme j’aime donner ma petite touche aux choses, plutôt que d’exhiber ces petits accessoires modernes, je l’ai associé à deux jerricans (cf. la pochette de de son dernier album « Dois ») et ils me représentent bien.

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Finalement, Batida est-il un projet solo ou collaboratif car tu as sur tes deux albums pas mal d’invités ?
Pour le moment, je trouve ça plus fun et plus « challenging » de travailler de façon collaborative plutôt que seul. Tout le monde travaille à partir d’influences donc finalement, personne ne travaille comme un génie dans son coin. Et comme je viens de la radio, j’ai pris l’habitude de chercher de nouveaux talents. Je fais ma musique comme je conduisais mes émissions, à l’affût de nouvelles influences, sonorités ou personnalités. Certaines de mes productions ont toutefois été réalisées personnellement comme Alegria (vidéo clip ci-dessous) ou Pobre Rico.


As-tu déjà une idée de ce à quoi ressemblera ton prochain album ?
Je n’en sais rien vraiment pour le moment… Entre ma tournée en première partie de Stromae et une prochaine collaboration avec un groupe en février 2015, je ne sais pas quelles seront les conséquences de tout cela sur mon futur. Soit je partirai sur quelque chose de complètement différent, soit toutes ces nouvelles expériences me feront revenir à mes débuts, à refaire du kuduro dans mon coin. Qui sait ?

Interview par Damien Baumal & Supa Cosh… / Photos Enya



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