Starwax magazine

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INTERVIEW AL’TARBA

INTERVIEW AL’TARBA

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Retour sur Al’Tarba à l’occasion de la ré édition de « Lullabies for Insomniacs » et de son prochain concert parisien, le 10 décembre au Badaboum. Adolescent, toulousain, Jules fait ses classes dans un groupe de punk-rock. Majorité acquisse, il ne lui faudra pas plus de dix ans pour imposer sa touche de beatmaker. Aujourd’hui Al’Tarba comptabilise déjà cinq projets discographiques hip hop et plus d’une collaboration. Attention âmes sensibles entretien avec un insomniaque un tantinet sadique, fan d’horrorcore.


Pourquoi le nom Al’Tarba ? As-tu été conçu hors des normes sociales et parfois n’est-ce pas difficile à assumer ?
-Salut ! (rires). Je crois que je ne comprends pas ta question, ou bien fais-tu référence au « bâtard » dans mon blaze ? Voyons nous savons tous qu’il s’agit plus d’une insulte maintenant qu’une vraie appellation. Je ne suis pas John Snow (Game Of Throne, ndlr), je suis plus Joffrey en brun à la limite, pour le côté sadique (rires), mais mes parents ne sont pas frères et sœurs. Ce serait légèrement inquiétant n’est-ce pas ?

Si je ne m’abuse tu es petit fils d’un collectionneur de vinyles. De quoi était composée cette collection ? En quoi ça t’a ouvert l’esprit ou qu’est-ce que cela t’a apporté ?
-Y’avait beaucoup de jazz et de classique, mais aussi du reggae, du ska, du Vangelis… Quand je vais rendre visite à ma grand-mère, j’en écoute plein du coup et j’en prends quelques uns à chaque fois, qui finissent souvent dans mes productions ! Ecouter des musiques qui viennent de la collection de quelqu’un d’autre t’ouvre toujours l’esprit je pense. À ce titre, les brocantes et les magasins de Toulouse, à l’époque de mes deux premiers albums, m’ont beaucoup ouvert l’esprit aussi ! Il y en avait un qui était spécialisé dans les ziks de films érotiques, de films d’horreurs et ce genre de truc entre autres. Ça s’appelait Bullit. Il a malheureusement fermé depuis je crois, mais gros big up à mon grand père et à Bullit ! Mon grand-père n’avait pas de musique de films érotiques hein, soyons clairs, du moins pas tant que je ne trouverais pas la chambre secrète qui s’ouvre en enlevant un des livres de la bibliothèque !

Tu es arrivé au beatmaking par le rap, ecris-tu encore ?
-Oui, j’en ai écrit quelques 16 pour l’album de mon groupe, en plus ma voix est toute cassée maintenant ça fait bien rap punk !


Ta première sortie discographique date de 2007 mais depuis combien de temps composais-tu ?
-J’ai dû commencer deux ou trois ans avant le premier, deux ans je pense. Avant, j’avais placé des productions pour des rappeurs à droite à gauche. Le premier « skeud » sorti dans le commerce où tu peux entendre des productions à moi c’est « Les poésies Du Chaos » de Mysa !

Depuis tout ce temps y a t il eu une évolution de tes machines, de ton home-studio? Essaies-tu différents softwares ?
-J’ai commencé avec Cubase et je suis toujours dessus depuis. J’avais aussi un Asr10 à l’époque mais comme je déménage beaucoup il est resté chez mes parents !

Quelle est la place du sampling dans tes prods ?
Je dirais 70%. J’aime en foutre des tonnes, des trucs qui viennent d’horizons complètement différents et les mélanger ensemble comme une grande orgie sonore, avec les participants en combinaison SM en vinyle. Donc parfois, mais pas que ! Et puis j’aime bien jouer des synthés, des guitares, des basses, dans ce joyeux bordel ! Dernièrement je ne samplais presque plus sur vinyle mais j’aimerais m’y remettre.

Tu as eu pas mal d’invités d’outre Manche et français sur tes prods ; s’agit-il de rencontres virtuelles ou as-tu été en studio avec les rappeurs ?
Ce fut souvent virtuel, mais il y a des gens que j’ai rencontré en vrai pour taffer, genre Lord Lhus, qui est aussi un bon pote! Pour d’autres, les rencontres se sont faites en backstage , par exemple Ill Bill !

Dans ta bio il est dit : « délaissant l’étiquette du « puriste » trop souvent attachée au punk ou au hiphop ». Peux-tu nous éclairer, comment te positionnes-tu ? As-tu décidé d’arrêter le hip hop hardcore ?
-Non, d’ailleurs mes deux prochaines sorties sont clairement orientées hip hop pur et dur puisque j’ai produit l’intégralité de l’album de mon groupe Droogz Brigade, qui sort à la rentrée, ainsi que la moitié de la production (partagée avec le beatmaker INCH, ndlr) sur le prochain album de La Gale ! Y’a aussi un album qui n’était jamais sorti qu’on avait fait avec deux rappeurs de Caroline de Sud qu’on va peut-être sortir bientôt, le groupe s’appelait Planet X !

Fais-tu de la musique simplement pour distraire ou y attaches-tu une autre vocation ?
-Les deux, disons que c’est avant tout une passion, un hobby, mais maintenant c’est comme ça que je paie le loyer donc forcément, il faut s’organiser un minimum. Et puis si je ne fais pas de musique je fais trop la fête, c’est un genre de garde fou !

Depuis « Lullabies for Insomniacs » sortie en 2011 tes productions se peaufinent parfois ça swing, c’est plus groovy, plus singulier. N’est-ce pas cela qui t’a permis de signer sur des labels et d’être plus entouré ?
-Disons que l’abstract hip hop touche un public plus large et tu peux faire du live avec, en tant que beatmaker. Mais à la base ma motivation c’était de faire ce que je kiffe et je kiffe l’abstract hip-hop ! Des « prods » un peu swing j’en ai pas fait tellement que ça et j’en fais plus trop, mais c’est bien quand t’es ivre, non ?

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Quand et pourquoi as- tu commencer à collaborer avec Dj Nix’on (en photo ci-dessus avec Al’Tarba) ?
-Il a trois ans, parce que c’est un tueur au scratch, parce que c’est mon bête de pote et puis parce qu’on ne s’ennuie jamais en tournée avec ce satané blond aux sapes trop grandes !

Avec Dj Nix’on et Vj Tomz vous venez de faire une belle tournée pour « Let’s the Ghosts Sing » ton dernier album. Peux-tu nous dire ce que chacun de vous produit sur scène, comment développez-vous la scénographie ? Pour la date à Dour cet été avez-vous pu proposer quelque chose de spécial ?
-Et bien on a un set composé de mes sons, qui passe de sons cauchemardesques à des trucs plus psychédéliques ou sautillants. Nix’on envoie le paquet en scratch, moi je rejoue des samples sur les beats où je trifouille les batteries et VJ Tomz a une installe pour faire du mapping. Il envoie plein d’images sataniques pour que noire soit la messe ! Pour Dour on flippait comme des oies avant les fêtes de Noël et puis ça s’est bien passé, on en garde un souvenir de dingue !

Aujourd’hui que reste-t-il de ta pratique et de ton amour du punk rock ? « Do It » part 2, 3, 4… ? Ecoutes-tu encore du rock ?
-Beh j’en écoute tous les jours et je fais chier mes potes en fin de soirée en en mettant à fond et en beuglant les refrains en levant les bras en l’air comme si j’étais à l’avant du Titanic, c’est fantastique ! J’aimerais remonter un groupe de punk un jour !

« J’AIMERAIS REMONTER UN GROUPE DE PUNK UN JOUR ! »


Selon toi en quoi le rock et le hip hop sont similaires et en quoi sont-ils différent musicalement parlant puis culturellement ?
-Je ne sais pas c’est assez large, mais je ne suis pas trop pour les gens qui se disent dans un « lifestyle » purement « rock » ou « rap ». Ça n’a pas de sens pour moi. Même si je reconnais que ce sont des cultures avec beaucoup de codes… Je sais un truc, c’est que dans le hip hop ils ont des fois un peu du mal avec le côté punk et ses excès, surtout en soirée mais bon, au final tout se passe bien ah ah !

Dans le cadre de la rubrique rare wax spécial punk rock, du Star Wax 36, Patrice Poch sélectionne des vinyles d’Agnostic Front, Mag Virgins, Vonn… Ca te parle ?
-Oh que oui, je peux même te dire qu’il y a pas plus de trois jours, j’ai foutu « Gotta go » en fin de soirée et j’ai eu à peu prêt la même attitude que je te décrivais deux questions plus tôt mais j’étais avec des potes qui kiffent le hardcore New Yorkais, alors, on a chanté en chœur « From the east cosssst to the west cosssssst ! ». Et puis la montée de oi ! Fantastique aussi (rires).

Que penses-tu du propos de Lino : « Le manque d’originalité dont souffre le rap aujourd’hui est en train de faire stagner le genre » ?
-Bon, ils font un peu tous de la trap c’est vrai, de toute façon Lino est un maitre et un ancien dans ce rap game, alors quoi qu’il puisse dire sur le rap je ne peux qu’approuver !

Les beatmakers sont de plus en plus en lumière, comment fais-tu pour te démarquer et séduire ?
-Je fais la musique que je veux et puis après on verra bien, c’est une bonne chose je pense. À force d’updater son niveau constamment ça donne plein de sonorités originales et intéressantes !

Pourquoi as-tu quitté Toulouse pour Paris ?
-J’avais envie de me balader !

Peux- tu nous parler de « Projet Ludovico » ?
-Ça arrive à la rentrée, les flows sont saignants et les productions sales. Il y aura environ seize titres, tous inédits et on compte bien faire une tournée à la suite donc si des gens sont chauds ils peuvent nous contacter ! On saute partout sur scène, faut nous inviter (rires) ! Le premier extrait clipé s’appellera « Street Trash » et ça va chier ! Y’a des titres rigolos comme « L’oeil d’Alex » ou « Les feux De La Bourre » qui est déjà un hymne par chez nous à Toulouse !

Si non tu fais toujours des burgers aux champignons ?
-Je ne suis pas très champignons, je les digère mal. Tu t’imagines toi, passer une soirée aux toilettes en voyant des lutins sataniques danser au-dessus de toi? Boarf très peu pour moi je laisse ça aux cartoons et leurs grosses pupilles d’Homer!

Par Supa Cosh…