Starwax magazine

starwax magazine

newsjuin-2021

KHALIL EPI / INTERVIEW ET STAR WAX MIX 67

KHALIL EPI / INTERVIEW ET STAR WAX MIX 67

Posté le

Né à Tunis, Khalil Hentati aka Khalil Epi est un multi instrumentiste et producteur de musique électronique. Il a travaillé sur de nombreux projets, notamment pour des ballets de Danse Contemporaine… Cette année, à l’occasion de la fête de la musique, on a pu le voir à l’Institut du Monde Arabe. Accompagné de ses machines, il s’est produit aux côtés du chanteur Widad Brocos, du joueur de kanoun Nidhal Jaoua et du batteur Johann Feuerstoss. Khalil Epi nous fait l’honneur de réaliser un mix entremêlant les musiques traditionnelles avec la musique électronique et nous fait découvrir certaines compositions de son projet « Frigya » développé avec Imed Alibi, un percussionniste virtuose tunisien. Ce mix exclusif a été enregistré au Studio Shouka, qu’il a monté avec Amine Metani, à Lyon. Nous avions d’ailleurs interviewé Nuri lors de la sortie de son deuxième album « IRUN » sur le même label. Et le 23 juillet, sort un « remixes Ep », auquel Khalil Epi a également participé. Stream et entrevue.



Peux-tu te présenter ?
Je n’ai pas vraiment grandi dans une famille d’artistes, mais j’ai évolué dans le monde culturel. Ma mère animait un Ciné-Club et mon père était le conservateur du CMAM (Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes) qui abrite également la Phonothèque Nationale et un Musée d’instruments de musique. Donc, oui j’ai grandi avec beaucoup de musique et une collection incroyable de Cds, K7, de vinyles et même des cylindres phonographiques. Très jeune, j’ai donc eu la chance d’écouter plein de musiques différentes de partout dans le monde. Le lieu, où travaillait mon père, organisait un festival des musiques traditionnelles et néo-traditionnelles, entre autres. Et cela m’a permis de rencontrer des musiciens et des chanteurs kurds, mongoles, brésiliens, syriens, corses, de fado (Ndlr : genre musical portugais), au Stambeli en passant par la musique classique occidentale ou arabe. Mais j’ai aussi, comme tout jeune qui se respecte, écouté beaucoup de rock et plus tard du jazz, de la funk… Mes premiers groupes de musique c’était de la musique Hippie. Je rêvais d’être dans le groupe Jefferson Airplane… On me surnommait Khalil (le) hippie au Lycée… Plus tard, sans savoir pourquoi, mon nom de scène est devenu Khalil Epi… Ce n’est pas très original.

Comment as-tu découvert la musique électronique ?
La musique électronique dite « club » est venue vraiment beaucoup plus tard… J’ai commencé à faire des Lives dans des club à Tunis, des Mashup avec un grand IMAC 27 pouces que je devais trimballer (Ndlr : le Mashup consiste à créer une composition musicale à partir de plusieurs chansons déjà existantes) et je mélangeais des sons et des instruments traditionnels avec des rythmes et des basses. A ce moment-là, je ne pensais pas que je faisais de la « musique électronique ». Je faisais de la musique avec un ordinateur c’est tout. Cela m’a permis de rencontrer le monde de la nuit Tunisoise, des artistes et une scène incroyable. Petit à petit, j’ai ouvert la porte des musiques électroniques, des machines, du son en même temps que mes études de cinéma que je faisais en parallèle. Et j’ai fini par tomber dedans et devenir un petit « Geek ».

Depuis quand produis-tu ?
En vrai, à l’âge de 14 ans je composais déjà pour mes groupes de funk, rock, folk, etc. J’écrivais des chansons dans un anglais effroyable que moi-même je ne comprenais pas des fois… Plus tard, j’ai décidé d’arrêter de chanter et la musique électronique me convenait parfaitement… Je n’ai jamais vraiment mixé avec des Cdj ou des vinyles. Je faisais très souvent du Live et même quand je passais des morceaux qui n’étaient pas les miens, je faisais quand même des remixes ou des reworks. Donc je composais tout le temps. Avec le temps, j’ai commencé à prendre le métier de producteur et de compositeur au sérieux. Aujourd’hui, j’en fait mon métier.

Pour quels films et troupes de danse as-tu collaboré ?
La musique de films, j’en ai fait plein quand j’étais en École de Cinéma pour les projets de fin d’études de mes camarades. Et, un ou deux années plus tard, pour des plus gros projets. Mais c’est surtout dans la Danse Contemporaine que j’ai beaucoup travaillé… Une histoire de circonstances a fait que j’ai fait de la musique pour le chorégraphe Seydou Boro, entre 2014 et 2015. Depuis, j’ai eu la chance d’être souvent contacté par des chorégraphes en France, avec différentes compagnies plus ou moins grandes. C’est un exercice stylistique (la musique pour la Danse Contemporaine) que je kiffe vraiment. Et je continue aujourd’hui. Le dernier projet remonte en 2020 : Crépuscule de Bienvenue Bazié avec la Scène Nationale Bordeaux et le CCN de Limoges…

Comment définirais-tu ta musique ?
Je n’aime pas définir ma musique car ayant eu la chance d’avoir un apprentissage et un bagage riche en musique grâce à mon père et des parcours remplis de rencontres, je n’aime pas me cloisonner dans un seul genre de musique… J’ai fait du rock, du jazz, j’ai fait de la grosse techno mais aussi de la house de plage. J’adore les D&B et la jungle mais surtout les musiques traditionnelles… Donc je ne me définis pas. Par contre, ce qui m’importe c’est de faire ressortir “ma touche”… de faire ressentir ma “patte” lorsque je compose ou quand je produis, quel que soit le projet et la direction. J’aime l’idée que la musique ne se consomme pas mais s’écoute. D’ailleurs, je n’écoute pas de musique quand je travaille ou quand je cuisine ou même en soirée entre amis. Je déteste ça. C’est ma vision personnelle bien sûr et ma sensibilité. Mais quand j’écoute de la musique, j’écoute.

Quelles sont tes influences ?
Ces temps-ci, j’écoute beaucoup du Vulfpeck, Alfa Mist… Mais bon, ces temps-ci… De nombreux artistes m’inspirent ! Mais mon groupe de jeunesse dont je suis fan depuis toujours, c’est The Cat Empire. Eux, je les kiffe d’une manière irrationnelle et ce, sans que ça influence ma musique.

702-khalil-swm67-itw-02

Comment as-tu rencontré Amine du label Shouka ?
Je connaissais le label depuis quelques années car ils m’avaient déjà invité dans leurs soirées parisiennes et moi dans les festivals que j’organisais en Tunisie… Fin 2019, Amine m’a contacté car il voulait redémarrer le projet Musicale « Arabstazy ». Après quelques répétitions, le feeling est bien passé et on a monté le live avec Nuri, Metani et moi-même… Il y a eu deux dates, une à Paris et une à Lyon. Puis la COVID… Quelques mois plus tard je me suis installé à Lyon et Amine m’a proposé de faire partie du label en tant que chargé de développement… donc je fais partie de la grande famille Shouka depuis peu de temps.

Quels sont tes projets actuels ?
Ces deux dernières années, j’ai travaillé sur « Frigya » (Ndlr : « Frigya » signifie « Afrique » en dialecte tunisien), un projet développé avec Imed Alibi, un percussionniste tunisien. L’album est ready et va bientôt sortir sur le Label Shouka ! J’ai d’ailleurs mis deux titres en exclu pour Star Wax ! Sinon, je développe le label avec Amine. Il y a beaucoup de beaux projets, j’espère pour la reprise… Cette année a été difficile. De temps en temps, je sors des morceaux, des live sessions de mon projet solo qui n’est pas très actif ces dernières années car je me suis concentré sur la production d’album et les tournées avec certains projets comme N3rdistan, Dhamma ou Frigya…

TRACKLIST SWMIX 67
01 _ Karl Hector & The Malcouns « Samai »
02 _ Imed Alibi Feat. Khalil Epi « Frigya »
03 _ Shouka « Analog Bedoui » (unreleased)
04 _ Deena Abdelwahed « Arroubi » (Mettani rework) (Shouka)
05 _ Overmono « iii’s Front »
06 _ Praed « Pyramids In The Sky » (Shouka)
07 _ AMMAR 808 Feat. Susha « Marivere Gati »
08 _ Imed Alibi Feat. Khalil Epi « Frigya »
09 _ Shouka « Houita » (unreleased)
10 _ Omar Aloulou « Marion »
11 _ Froid Dub « Iguana Style »
12 _ King Ghazi « Shamaleh » (Gilb’r Main Mix) 13 _ Mettani « Animislam »
14 _ Khalil Epi « No Answer » (Shouka unreleased)


Par Sabrina Bouzidi