Starwax magazine

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FOCUS / STAR FEMININE BAND

FOCUS / STAR FEMININE BAND

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Découverte de l’infatigable label parisien Born Bad, le Star Feminine Band délivre un premier album où sont mixés rythmes traditionnels africains et guitares rock. Composée de sept écolières originaires de Natitingou, une commune située au nord-ouest du Bénin, cette formation place la condition féminine au cœur de son discours. Interviewé il y a quelques semaines en compagnie du musicien André Baleguemon, le groupe évoque la genèse de ce disque, les sessions enregistrées en situation, les ambitions maison ou bien encore une figure emblématique comme Angélique Kidjo.

L’histoire du Star Feminine Band relève de l’inédit. Basé à Natitingou au Bénin, le guitariste André Baleguemon passe, en 2016, une annonce sur une station radio locale afin de développer l’expression artistique sur le secteur, et plus particulièrement une formation musicale, à l’attention du public féminin. Surpris mais emballé par la réaction positive de l’auditoire, l’ex membre de l’orchestre Sam 11 de Parakou sélectionne, dans la foulée, sept écolières âgées de cinq à onze ans et promet de les former bénévolement. Le pari est proverbial, d’autant que la région est excentrée des grands pôles littoraux. Et que les groupes féminins sont, en règle générale, plutôt rares dans cette région de l’Afrique. Pour le multi-instrumentiste, l’initiative n’a rien d’anecdotique : « Plus jeune, j’ai été témoin d’un différend conjugal durant lequel le mari battait sa conjointe. Cet épisode m’a choqué. Et m’a depuis poussé à relayer l’action des femmes au quotidien. Concrètement, le fait de créer une filière musicale exclusivement féminine est essentiel. Cela permet aux élèves de s’exprimer, donc de s’affirmer.»

Durant deux ans, le Star Feminine Band (autrement dit Anne, Grace, Sandrine, Angélique, Marguerite, Urrice et Julienne) répète avec abnégation, trois fois par semaine et durant l’intégralité des vacances scolaires. Installé dans une annexe du musée de Natitingou, l’ensemble découvre les techniques musicales propres aux claviers, à la guitare électrique ou à la rythmique, mais également la vie collective et les compromis inhérents. Chantés en dialectes locaux ou en français, les titres s’engrangent au fil des mois. Ils empruntent autant aux traditions culturelles de l’Atacora qu’au rock, pour le moins son essence originelle. Bigrement efficace, cette formule retient alors l’attention de Jérémie Verdier. De passage au Bénin en 2018, cet humanitaire décide d’enregistrer l’ensemble in situ, afin de préserver la fraîcheur des compositions : « Jérémie a fait appel à Juan Serra et Juan Toran, deux techniciens espagnols qui sont venus avec leur studio-mobile au musée pour capter les sessions » précise André Baleguemon, qui décrit au passage l’aboutissement du projet : « Le déclic a eu lieu lorsque Jean-Baptiste Guillot, le patron du label Born Bad, est venu nous rendre visite fin 2019, avant de nous signer. Nous ne connaissions pas ses activités mais ce producteur a rapidement été conquis par notre démarche : le Star Feminine Band, en tant que projet discographique, était né. Quelques mois plus tard l’album sortait… »

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Ralenti par la pandémie liée au Covid 19, le groupe se heurte aujourd’hui à l’annulation des concerts internationaux, à commencer par une date initialement prévue en décembre dernier, aux Rencontres Trans Musicales de Rennes. Un cadre sanitaire anxiogène et frustrant, qui n’entame en rien la bonne humeur ambiante comme le souligne Angélique, l’une des musiciennes du Star Feminine Band : « Peu importe ce qui adviendra : nous avons fait un disque pour nous imposer. Nous avons compris qu’il n’y avait pas de fatalité. Les femmes doivent se lever et s’affirmer, quelles que soient les actions qu’elles entreprennent, dans le cadre de la création comme dans la vie quotidienne. » Le parcours de la chanteuse béninoise Angélique Kidjo est une source d’inspiration : « Elle a prouvé qu’on pouvait venir d’Afrique et réussir au plan artistique » confie la jeune fille qui dévoile un courage sans faille : « Il nous faut travailler sans cesse et, pourquoi pas, un jour arriver au niveau de cette interprète. Pour nous Angélique Kidjo est un modèle. »

En attendant des jours meilleurs, le Star Feminine Band continue son activité musicale, au sein de son local de répétition, où en donnant des sets dans la région de Natitingou. Des efforts alimentés par une organisation des plus pragmatiques : « Les musiciennes vivent ensemble la semaine. Elles vont à l’école comme toutes les jeunes filles de leur âge. Cela leur permet de mieux gérer le temps libre » explique André qui résume cette entreprise, non sans engouement : « Imaginez : les sept élèves ne connaissaient rien aux travaux de composition et d’instrumentation, avant de répondre à l’appel radiophonique lancé il y a maintenant cinq ans. A ce titre, l’enregistrement de ce premier album dépasse nos espérances. Les huit morceaux sont désormais disponibles un peu partout dans le monde. C’est une bonne chose. Nous en tirons une grande fierté. » Illustré par un artwork reprenant les motifs de la wax, d’après ce tissu populaire en Afrique de l’Ouest, ce Lp (lire la chronique ici) est complété par un livret conséquent, qui explique notamment la trajectoire artistique de l’orchestre. Et différentes vidéos sont disponibles via YouTube. Ces documents donnent un bon aperçu du Star Feminine Band, de l’environnement local comme de l’effervescence autour de ce groupe.

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Dans le sillage du Star Feminine Band, Star Wax vous conseille « Celia », soit le vibrant hommage rendu par Angélique Kidjo à Celia Cruz, la pétulante chanteuse du Fania All Stars. Tout aussi intéressant, le Gangbé Brass Band fait le lien entre le Bénin, le Nigéria et la Louisiane comme l’indique « Go Slow To Lagos », son passionnant album de 2015. Collectif panafricain signé chez Realworld, Les Amazones d’Afrique évoquent, pour leur part, la condition féminine sur place grâce à deux manifestes arrangés par des beatmakers ou Dj’s comme Doctor L (interview ici) ou Boulaone. Enfin d’illustres formations ou chanteurs de vaudou funk béninois sont réédités par le label allemand Analog Africa. C’est le cas du Super Borgou de Parakou, disponible au sommaire de l’indispensable compilation « African Scream Contest » ; d’El Rego et ses Commandos, convoqués via l’anthologie « Legends Of Benin » ; et bien sûr de l’orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, dont le parcours musical est retracé avec le best of « The Skeletal Essences Of Afro Funk 1969-1980 ».

Vincent Caffiaux / Photos (c) Born Bad records.