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SÉLECTION JAZZ MAI 2021

SÉLECTION JAZZ MAI 2021

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La sélection jazz de mai est des plus variées. Basé à Londres, le groupe Sons Of Kemet revient ainsi avec « Black To The Future », un quatrième opus étoffé par de nombreux invités. Le label BBE et DJ Amir poursuivent, pour leur part, la réhabilitation du catalogue américain Strata, au travers d’une compilation digitale. Plasticienne de renom, Maya Dunietz délivre, de son côté, « Free The Dolphin », un premier album prometteur. Et la nouvelle scène écossaise perce au grand jour avec le batteur Graham Costello, via un nouvel Lp pétri de sonorités novatrices…


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Sons Of Kemet / Black To The Future (Impulse)
Compositeur prolifique, Shabaka Hutchings se distingue à rythme régulier, avec la formation sud-africaine The Ancestors, ou bien encore via les constructions cubistes de The Comet Is Coming. Troisième projet du saxophoniste, Sons Of Kemet explore avec audace ses racines caribéennes grâce à des enregistrements acclamés comme le concept album « Your Queen Is A Reptile ». Entouré par Tom Skinner à la batterie et Theon Cross au tuba, le musicien londonien prolonge l’expérience avec un quatrième opus ouvert aux quatre vents. C’est le cas de « Hustle », un talk over ponctué par les interventions de Kojey Radical et de Lianne La Havas ; de « Pick Up Your Burning Cross », un thème illustré par la clarinettiste chicagoan Angel Bat Dawid ; ou bien encore du politique « Field Negus », une plage intense magnifiée par la prestation du précurseur Steve Williamson au saxophone. Empreint de mysticisme, « Black To The Future » dénote avec un certain registre hors sol, au profit d’une œuvre volontiers créole. Une dimension culturelle incarnée par des pièces aussi emballantes que « In Remembrance Of Those Fallen » ou « Envision Yourself Levitating ». Chaudement conseillé.



Dj Amir Presents Strata Records / The Sound Of Detroit Vol.1 (Strata/BBE)
Label emblématique du Black Power, Strata Records est désormais réhabilité par DJ Amir. Fin connaisseur du catalogue de Detroit, ce dernier propose « Strata Records- The Sound of Detroit-Volume 1 », une compilation digitale d’excellente facture. Distinguée par une politique d’action libertaire, cette enseigne est ici résumée en vingt-trois titres éclectiques. Fondateur du roster avec l’activiste John Sinclair, le claviériste Kenny Cox est présent via « Island Song », un morceau truffé de rythmes caribéens ; originaire de la Motor City, Ursula Walker dévoile une version hallucinante du « Norwegian Wood » des Beatles ; et The Lyman Woodard Organization balance un « Saturday Night Spécial » funky à souhait. En marge des figures de la new thing (Albert Ayler, The Art Ensemble Of Chicago…), ce plateau musical reste clé. Pour preuve la présence de Charlie Mingus, qui revisite son monumental « Pithecanthropus Erectus » en mode live. Dans le prolongement, sachez que « Free Jazz Black Power », des critiques Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, est de nouveau disponible chez Folio. Illustré en son temps par Reiser, cet essai reste indispensable pour qui aimerait comprendre l’histoire afro-américaine et ses différents courants musicaux.



Maya Dunietz / Free The Dolphin (Raw Tapes)
Maya Dunietz est une figure indissociable de l’art contemporain. Réputée pour ses installations sonores dont le malicieux « Talking Wall », la plasticienne israélienne s’est rapidement distinguée sur des places internationales comme la Biennale de Venise ou le Centre Georges Pompidou. Dédié à Chiwoniso Maraire, la virtuose du mbira, « Free The Dolphin » assimile avec subtilité ce parcours brillant. Soutenu par une rythmique impeccable, dont Barak Mori à la basse et Amir Bresler à la batterie, ce premier album offre un panorama musical formel mais non dénué de créativité. Loin des white cubes, des performances du courant Fluxus comme des happenings de Laurie Anderson, la pianiste joue la carte de la diversité. Une palette évidente à l’écoute de « Lover Man » et ses accords oniriques ; ou grâce à « Opus 1 » et son phrasé flamboyant. Connu pour son ouverture d’esprit (elle a joué avec John Zorn et offert une relecture d’Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou), Maya Dunietz confirme la donne avec le trompettiste Avishai Cohen pour un concis mais céleste « Oddeta » ; et avec David Lemoine du groupe Cheveu, qui propose un « The Wine Of Love » aux prenants accents africains.

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Graham Costello’s Strata / Second Lives (Gearbox)
Signé sur le label anglais Gearbox (Abdullah Ibrahim, Binker And Moses…), le nouvel album de Graham Costello confirme tout le bien qu’on pensait déjà du batteur écossais. Alternative à cette fusion qui n’a de tellurique que le nom, « Second Lives » assoit une formule inédite où croisent le jazz, les rythmes sériels et l’indie rock. Partagé entre plages contemplatives et titres drus, ce deuxième Lp joue de savants contrastes. Des tonalités musicales perceptibles avec la plage titulaire et ses nappes rêveuses, ou via le puissant « Arrowhead » et son irrésistible progression électrique. Epaulé par le groupe Strata, soit le pianiste Fergus McCreadie, le guitariste Joe Williamson, le tromboniste Liam Shortall, le saxophoniste Harry Weir et le bassiste Mark Hendry, Graham Costello délivre une production concise, y compris et surtout avec les morceaux up-tempo. En bon créateur, ce dernier rappelle que la force d’une composition réside surtout dans le fait d’enlever des notes ou accords et non d’en rajouter, comme c’est parfois constaté. Une esthétique évidente à l’écoute de « Legion », une séquence sous tension où le jeu de batterie et les dissonances ne cèdent jamais le pas aux bavardages virtuoses.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo Maya Dunietz par Dudi Hasson