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SÉLECTION JAZZ FEVRIER 2021

SÉLECTION JAZZ FEVRIER 2021

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Producteur de l’excellente collection « Jazz Is Dead », Adrian Younge poursuit ses travaux musicaux avec « The American Negro », un nouvel album solo sous forme de manifeste. Héritière de la vibrante scène sud-africaine des années 60, la compilation « Indaba Is » renouvelle, pour sa part, le répertoire jazz avec brio. Basée à New York, la toujours très inspirée Rongetz Foundation délivre un mini-Lp urbain en diable. Et Strut réédite Lon Moshe & Southern Freedom Arkestra via une pépite 70’s extraite du catalogue Black Fire.

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Adrian Younge / The American Negro (Jazz Is Dead)
À l’initiative, avec Ali Shaheed Muhammad des excellentes sessions Jazz Is Dead (Roy Ayers, Marco Valle…), le multi-instrumentiste californien Adrian Younge sort, dans quelques jours, « The American Negro ». Manifeste antiraciste, ce nouvel opus rappelle les chefs-d’œuvre soul et jazz des années 60 et 70 comme « What’s Going On » de Marvin Gaye, « Attica Blues » d’Archie Shepp ou bien encore « Wattstax », le mythique festival Black Power. Ponctuées d’interventions orales, les quatorze plages composent un enregistrement unique, illustré d’arrangements novateurs. Inscrite dans le cadre du Black History Month soit février, le mois choisi aux États-Unis pour célébrer la communauté afro-américaine et sa contribution à la société, cette production témoigne des profondes inégalités locales. Des tensions perceptibles au travers du puissant « Revolutionize », de « Dying On The Run » ou bien encore de « Light On The Horizon », une composition interprétée par Sam Dew. Enregistré au studio Linear Labs, l’atelier d’Adrian Younge, ce disque militant est complété par un court-métrage et par « Invisible Blackness », un podcast divisé en quatre volets. Ce dispositif est disponible sur Amazon.
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Various Artists / Indaba Is (Brownswood Recordings)
Gilles Peterson poursuit son inventaire des scènes jazz du monde entier. Après un recueil consacré au creuset australien, le patron de Brownswood signe une anthologie concernant le registre sud-africain. Un choix pertinent, notamment lorsqu’on connait les combats de ladite scène dans les années 60, grâce à des pionniers comme Chris McGregor ou Dollar Brand. Produite et conçue par Thandi Ntuli et Siyabonga Mthembu, cette compilation remplie pleinement son rôle en offrant un large éventail de groupes et interprètes. Repéré chez les artisans de Mushroom Hour Half Hour, le guitariste Sibusile Xaba conforte la dimension mystique avec l’aérien «Umdali ». Les étonnants The Wretched télescopent guitares électriques et chœurs intersidéraux avec un « What Is History » qui fait directement écho à la Black Rock Coalition de Vernon Reid. Alors qu’ iPhupho L’ka Biko perpétue la mémoire de Steve Biko, le militant anti-apartheid assassiné en 1977 dans les geôles de Port Elizabeth, avec le poignant « Abaphezulu ». Reflet de la diversité sud-africaine, la compilation « Indaba Is » cristallise ainsi les multiples communautés du cru, à l’image de ce sitar qui caractérise la diaspora indienne, mais également le jazz dans tout ce qu’il comporte de spirituel. Passionnant.



The Rongetz Foundation / Velvet Bullet (Brooklyn Butterfly Sound)
Auteur en 2012 de l’ambitieux «Brooklyn Butterfly Session », avec des invités de marque comme Gregory Porter et Renee Neufville, puis du groovy « Alphabet City Music Club », le trompettiste français Stéphane Ronget n’a pas son pareil pour capter l’énergie de la Grosse Pomme. Epaulé ici par une fondation soudée et des pointures comme Simon Moullier au vibraphone, Alexander Claffy à la contrebasse, l’excellentissime Carlos Jimenez à la flûte et Keita Ogawa aux percussions, Rongetz captive. Empreint d’un jeu de trompette bluesy, « Optophobia » délivre un thème poétique dont l’errance n’a d’équivalent qu’un certain climat mélancolique. Et l’alerte « Baroque Buffoon » incorpore une flûte traversière à la résonance toute latine. Capable de reprendre, par le passé, le répertoire du Jamaïcain Count Ossie (lui-même foncièrement imprégné de jazz) puis de confier un titre de « Kiss Kiss Double Jab » à un remixeur de la trempe de Moiré, Rongetz résume, en moins d’une demi-heure, une discographie dense et variée. C’est le cas du tournoyant « Whirling Dervish », dont les interventions au saxophone du très demandé Tivon Pennicott apparaissent comme le point d’orgue de ce mini-Lp.



Lon Moshe & Southern Freedom Arkestra / Love Is Where… (Black Fire/Strut)
Non contents de signer la dernière et remarquable odyssée du Sun Ra Arkestra, les Anglais de Strut sont, depuis quelques mois, les curateurs du prestigieux catalogue Black Fire. Récente réédition vinyle du label afro-américain, « Love Is Where The Spirit Lies » de Lon Mosh & Southern Freedom Arkestra » démontre la créativité du spiritual jazz, son interaction avec la soul et un discours marqué par la mythologie égyptienne et plus généralement par l’Afrique. Sorti initialement en 1977, « Love Is Where The Spirit Lies » présente son lot de titres politiques (« Prayer For Saude »), de sagas échevelées (« Love Is Where The Spirit Lies ») mais également d’hommages directs au jazz (« Ballad For Bobby Hutcherson », « Doin’ The Carvin’ For Thabo »). Proche de James « Plunky » Branch, le leader d’Oneness Of Juju et fer-de-lance de Black Fire, Lon Mosh dévoile un jeu aux mailloches particulièrement hypnotique. Pour l’information, Strut poursuit son travail de restauration du catalogue Black Fire avec la sortie de « Live at 131 Prince Street », un concert américain de 1973 donné par Juju. Et propose, dans la foulée, « My Pure Joy », un Lp de 1992 réalisé par le regretté Byard Lancaster. Avis aux amateurs…


Texte par Vincent Caffiaux / photo Adrian Younge par Jazmin Hicks