Starwax magazine

starwax magazine

chroniquesCD

RJD2 / DAME FORTUNE

RJD2 / DAME FORTUNE

labelRj's Electrical Connections

RJD2 / DAME FORTUNE

album

Lorsque « Dame Fortune » est arrivé à la rédaction ce fut pour moi une belle surprise de revoir enfin Rjd2 parmi les nouveautés car je dois l’avouer : je l’avais quasiment oublié de la liste de mes producteurs préférés des années 2000. La jeune génération de hipsters qui ignore sûrement, honte à elle, qui est Dj Shadow doit remonter dans le temps pour saisir la place que mérite Rjd2 dans la culture musicale hip-hop US. Producteur, Dj et compositeur né à Eugene dans l’Oregon, il est aussi membre des groupes Soul Position, MHz Legacy et Icebird. Il est le créateur du mythique album « Dead Ringer’ » sorti en 2002 sur Definitive Jux, le label incontournable de New York fondé par El-P et Amaechi du groupe Company Flow. Il se fait de nouveau remarquer en 2007 avec le track « A Beautiful Mine », en collaboration avec le Mc Aceyalone. Il est extrait de son album « Magnificent City », utilisé pour le générique de la série télévisée « Mad Men » qui remporta tout de même quinze Emmys Awards et trois Golden Globes. Depuis quatre ans, Rjd2 est en totale indépendance. C’est sur son propre label, Rj’s Electrical Connections, qu’il sort son dixième album : « Dame Fortune ». Comment définir ce nouvel enregistrement aux accents pop sans rentrer dans une autopsie qui risquerait d’être sanglante pour les puristes ? On remarque d’abord une pochette plus sobre, une peinture violette représentant la pleine lune sur une route tracée vers l’infini et donc loin des premiers graphismes provocateurs. Un poil downtempo certes, façon trip-hop, avec un côté live mais des productions léchées de la part de notre Rjd2, tout de même inspiré à cette occasion. L’album s’ouvre avec le track « Portal Inward », aux ambiances sombres dignes d’un John Carpenter (le légendaire cinéaste et compositeur). Une parfaite introduction pour nous préparer subtilement à un cosmic trip sauvage avec le deuxième morceau, arabo-éthiopisant. « The Roaming Hoard », avec un gogo funk bien senti, est riche en arrangements. « Peace Of What », aux accents cinématographiques, oscille entre soul et rythmes hypnotiques. Un titre soutenu par la belle voix de Jordan Brown. Ça fonctionne à merveille, et ça me renvoie à ce que Rjd2 a souvent composé. « The Sheboygan Left», lui, sonne très acid jazz grâce à ses cuivres accompagnés de claviers à la façon Jamiroquai. C’est le seul morceau de l’album doté de scratches. « We Come Alive » est un track de Northern soul moderne. Malgré la voix mélancolique et délicate de Son Little, ça ne fonctionne pas aussi bien que sur le reste de l’album, mais le compositeur se rattrape avec de belles idées comme un joli break avec des skanks et des motifs de claviers tout autant réussis. Pour le morceau suivant, nous restons dans l’ambiance vintage revisitée par Rjd2 au Fender Rhodes et autres violoncelles orchestrés mais sans beats. C’est donc aérien sur « PF, Day One ». Mais que veut-il dire par PF ? Nous pourrions penser sans doute qu’avec cette respiration musicale il désirerait rendre hommage à une personne ou un événement important de sa vie. « Saboteur », avec le rappeur/chanteur Phonte des Little Brother (déjà invité en 2010 sur l’album « The Colossus »), ressemble étrangement à Tears For Fears. « Your Nostalgic Heart And Lung » est semblable à un space opera rock sous astéroïde acidulé. C’est un excellent prétexte pour nous ramener dans les nuages avec « Up In The Clouds », chanson pop et douce en présence du Mc Blueprint. Le chanteur Josh Krajcik nous enchante sur « Band Of Matron Saints », l’avant-dernier morceau up tempo raffiné. Il m’a particulièrement charmé avec ses beaux chœurs et ses guitares doublées de basses dans l’espace, bien représentatifs de la couleur de l’album. « Portals Outwards » conclu agréablement ce voyage à travers l’univers de Rjd2. L’album est sorti le 25 mars dernier. À noter que le beatmaker a eu l’idée originale de faire des commentaires audio sur la plateforme Spotify, à propos de chaque morceau de « Dame Fortune », afin de partager avec l’auditeur ses influences et l’histoire derrière la construction musicale de cet album. Finalement ce disque, composé de douze titres variés, est un honnête retour aux sources, entre soul, big beat et expérimentations diverses qui ouvrent la voie à une production musicale live. Le son est homogène et cristallin tout le long. Et les ambiances sont souvent nostalgiques et émotives.



Par Dj Ness