Starwax magazine

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LE GENTIL HELLFEST 2016

LE GENTIL HELLFEST 2016

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À Clisson, dans le pays du muscadet, avait lieu il y a quelques jours l’annuelle grande kermesse metal. Le Hellfest, véritable mastodonte des festivals de musiques extrêmes en Europe, accueillait cette année sur trois jours près 140 groupes et 160 000 festivaliers (complet depuis octobre dernier).


Alors vous allez me dire, que faisait un chroniqueur de votre vénérable Star Wax mag au pays des barbus chevelus, adeptes du headbanging, du champ guttural et du wall of death (voir la fin du concert de Mass Hysteria, en vidéo ci-dessous) ? La curiosité tout simplement. L’envie aussi pour votre hôte, ayant usé ses guêtres dans des salles caverneuses à écouter des reprises de Metallica avant de passer aux flashs de la musique techno, de faire découvrir des styles musicaux souvent marginalisés et réduits à d’irréductibles soiffards, adeptes du culte de satan. Alors certes, on ne peut pas dire que les groupes présents au festival vantaient la religion, mais on avait plutôt à faire à de gentils nounours en guimauve comparés aux soldats anti-Civitas que veulent bien nous dépeindre les pourfendeurs du festival.

Le festival, qui a débuté il y a déjà onze ans (ancien Fury Fest), est devenu un événement incontournable du début de l’été, y compris pour les non initiés. Les festivaliers accourent des quatre coins de l’Europe pour participer à l’événement. Pour en arriver là, le festival a su jongler entre vieilles gloires et jeunes pousses prometteuses, le tout accompagné d’un décorum tout simplement monstrueux. Rien qu’au niveau de l’entrée du festival vous pénétrez dans le ventre de l’enfer en franchissant les arches d’une cathédrale, ou encore la scène de la Warzone, au décor de camp d’emprisonnement ultra-réaliste. L’organisation du festival ne lésine pas sur les moyens. Le site, flanqué de chaque côté de vignes, a des allures de parc d’attraction. Grande roue, tyrolienne au-dessus du public, écrans géants sur les six scènes du site et même une mini-ville à l’entrée du festival : HellCity. Tout est fait pour que le festivalier soit le plus à l’aise possible. Le site est recouvert d’une pelouse bien confortable (au vu des nombreux sites de festival) que votre serviteur vieillissant appréciera. Les stands de merchandising (dont les métalleux sont très friands) et de restauration fleurissent dans tous les coins. On a même droit au Kingdom Of Muscadet.

Il règne une bonne humeur et une convivialité qu’on ne pouvait envisager sans y avoir participé. On croit rêver lorsque l’un de nos convives s’excuse de nous avoir bousculé, alors que cinq minutes avant vous « dansiez » le pogo avec lui et 500 autres congénères. Les festivaliers rivalisent d’ingéniosité dans ce grand carnaval. Tous les déguisements y passent. On a vu des moines, des vikings, Jésus, des sadomasochistes, des super-héros, des hommes des cavernes, des sexes ambulants et autres déguisements démoniaques.

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Et la musique dans tout ça ??? C’est sûr que pendant ces trois jours, on n’a pas vu beaucoup de machines. Juste le Dj du camping qui passait du Led Zeppelin ou AC/DC. Tous ceux qui aiment le rock bien burné sont servis. Du rock 70’s au Doom, en passant par le hardcore, le sludge et autres joyeuseries punk, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Il faut dire qu’avec 140 groupes à passer, pas de pause pour les tympans (trois groupes en même temps de 10 h 30 à 01 h 30) ! Et c’est bien frustrant de ne pas pouvoir tout voir…

Le vendredi, on a assisté à la furia des vétérans français de Mass Hysteria (une pêche énorme…). Ensuite direction la Warzone, scène dédiée au hardcore/punk où les Américains de Vision Of Disorder ont gâché leur set avec des balances bien pourries. Ensuite direction les deux grandes scènes pour les mabouls de Turbonegro, mix de heavy punk rock. Passage par les metalcoreux de Killswitch Engage avant les immenses et inusables papas du grunge, Melvins sur la scène de la Valley. On a eu droit ensuite au concert du groupe mainstream Volbeat où le chanteur nous a démontré qu’on n’avait pas forcément besoin de crier mais du coup on s’est fait chier… Ça a nettement plus déménagé avec les Irlandais de Dropkick Murphys, mix de punk rock et de Kilkenny. Grosse claque. Ensuite place à la tête d’affiche du festival avec les Allemands de Rammstein. Le set était ultra-rodé, le son puissant, et les zicos jouaient juste. Avec ses effets pyrotechniques, le groupe est arrivé à faire passer la déco monstrueuse du festival pour futile. Et pour finir en beauté la journée, The Offspring qui a investi une des grandes scènes pour dérouler son best of sans surprise, mais joué avec brio. On a chanté leurs hymnes 90’s à tue-tête en s’explosant nos dernières cordes vocales…

Le samedi, après s’être bien rassasié chez les commerçants locaux (spéciale dédicace à la charretière…) qui étaient bien contents de nous revoir, nous et nos portefeuilles (tu m’étonnes), on attaque le marathon par le stoner bodybuildé de Torche et les vétérans punk de UK Subs. Autre grosse claque du festival, le hardcore de Sick Of It All frappe toujours aussi fort après vingt albums. On patientera devant le métal radiophonique de Disturbed avant de foncer sur la Warzone pour les vétérans punk Bad Religion qui seront suivis des Ludwig Von 88. Le groupe, composé de proches des Bérurier Noir, va enflammer le Pit avec ses vieux tubes punk. Méga claque pour un groupe qui se permettra tout de même de passer deux tubes reggae à cette bande de chevelus à crête. Juste le temps de s’en remettre qu’une autre grosse baffe pointe le bout de son nez sur la Valley où les américains de Fu Manchu vont mettre tout le monde d’accord avec le stoner rock, certainement le meilleur concert de cette édition. On terminera par le neo metal de Korn qui livrera un set de bonne facture sur la grande scène.


Pour la dernière journée le soleil, absent des débats, pointera le bout de son nez. Les Français ont investi les deux grandes scènes avec le set convenu et sans saveur de No One Is Innocent avant que les mecs de Gojira remettent de l’ordre (ou du désordre…) dans tout ça. Les meilleurs titres du groupe sont joués, accompagnés de nouveau morceaux confirmant leur statut de meilleur groupe français. Les chevelus de Kadavar nous feront passer un bon moment sur la Valley avec leur heavy metal 70’s avant que Tom Araya et Slayer viennent nous rappeler qui sont les bosses du trash metal. Suivra Amon Amarth, avec un chanteur à la voix bien caverneuse (un peu trop pour moi). Sur la Warzone, la chanteuse Candace Kucsulain de Walls Of Jericho s’époumonera dans un bordel metalcore de bonne facture. Pour clôturer le festoche on aura droit aux maîtres du genre, les inestimables Megadeth (quelle technique) avant que le bal masqué de Ghost ne s’essaie à faire chavirer le public sur la grande scène, avec une chorale d’enfants clissonnais (très peu pour moi). Black Sabbath, les dieux du heavy metal, clôtureront les concerts de la Mainstage avec un Ozzy Osbourne bien fatigué qui monopolisera les caméras, au détriment d’un Tony Lommi impeccable. Refused parachèvera cette dantesque édition avec un set proche de la perfection (petit bémol pour les deux morceaux de leur dernier album) avec en guise de cerise sur le gâteau un « New Noise » démentiel où les festivaliers lâcheront toutes leurs forces dans un pogo bien hardcore.

On n’oubliera pas l’énorme hommage rendu par le festival à Lemmy Kilmister, chanteur de Motörhead décédé dernièrement. Feu d’artifice titanesque au son du groupe, faisant passer le 14 juillet pour une fête de pétards mouillés, et statue de douze mètres de haut à l’effigie de la star plantée derrière la Warzone.

Bref un très grand week-end de musique et de défouloir avec des gens bien cools, simples et différents, animés par la même passion. À reproduire l’année prochaine. Mais cette fois avec un t-shirt noir, une veste à patchs et une décalcomanie en guise de tatouage de tête de mort…

Texte par Sebastien Forveille / Photos Ben Deshayes