Starwax magazine

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HOWIE LEE / BIRDY ISLAND

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Partagées entre les rééditions de la connexion Makoto Kubota et les canevas sonores d’Anchorsong, les productions en provenance d’Extrême-Orient sont aujourd’hui complétées par le nouvel album du Chinois Howie Lee. Signé chez Mais Um Discos, l’enseigne britannique dirigée par Lewis Robinson (Lucas Santtana, Minyo Crusaders …), « Birdy Island » révèle huit titres courts mais particulièrement subtils. Variations sur l’insularité et sur une pensée locale comme le taoïsme, ce nouveau disque du beatmaker pékinois agrège différents collages sonores. Cas d’école, la plage titulaire mixe ainsi nappes synthétiques, percussions traditionnelles et chœurs élégiaques. « The Door Of Aspiration » affirme une certaine dimension mystique. Et le magnétique « Feather Signifier » instaure un climat cinématographique des plus denses. Marqué par le punk (pour le moins l’esprit DIY) et par le hip-hop (il a notamment remixé le fumant Snoop Lion), Howie Lee a gardé, de ces différentes périodes ou expériences, une grande liberté de ton. Une touche créative perceptible avec « Island Birdy », une échappée musicale à la croisée de la performance ou de l’ambient et point d’orgue d’un album franchement novateur. Comme souvent avec le label Mais Um Discos, l’édition vinyle est soignée. Elle est illustrée par une splendide pochette signée Coldass.

Vincent Caffiaux / Photo : Ash Lin

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PLAYLIST STAR WAX SUMMER 2021

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La sélection summer 2021 est riche de bonnes nouvelles, mais aussi de deux actualités moins réjouissantes. Il s’agit du décès de Biz Markie, mi juillet. Le Mc, beatboxer et unique Dj à mixer sur des Technics SL700 (petite sœur au format 7 inch, de la mythique SL1200 de Technics). Puis celui du Mc, tout autant légendaire, DMX. Ce dernier a enregistré « Bath Salts », un hit en featuring avec Jay-Z et Nas. Extrait d’ »Exodus », son nouvel album, sorti fin mai., soit quelques jours après sa disparition.
Heureusement la playliste est généreuse en nombre de plage et elle propose des découvertes comme le producteur et Mc franco-camerounais James Bks qui, fils de Manu Dibango, vient de sortir « Kusema », un titre extrait de « Wolves of Africa ». Également plaisant, « Tidouf » extrait du nouvel album de Savana Funk, plus funk et arabisant que son précédent propose une musique instrumentale militante. Dans des sonorités plus electronique « Rumble », le nouveau projet du label Chinese Man est dans notre best of, comme un nouveau tune de Spekta ou un morceau du producteur Bluestaeb. Guazú & Terror Cactus révèlent “Almita”, un morceau né d’une collaboration à distance. Également argentin le producteur Krak In Dub – interview ici – offre un nouveau disque riches cette fois de ses influences latines, suite à son trip en Colombie. Sinon il y a des escapades soul avec Jake Fader ou avec les anglais Dustaphonics. La diversité est toujours au rendez-vous et donc la disco, la house, la jungle… peuvent s’enchainer avec remix ou un dub au sonorité chinoise, comme “Bulang Beauty” produit par Dj DSK. Encore plus de surprise à (re)découvrir parmi les 36 titres disponible ci-dessous.

StarWax mag. France · summer playist 2021
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SÉLECTION JAZZ ÉTÉ 2021

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Variée, la sélection jazz estivale est marquée par les sonorités tropicales, un groove des plus subtils mais également par une certaine idée de l’engagement politique. Intitulé « Rio », le nouvel album du Florian Pellissier Quintet affirme ainsi une élégance rare sous nos latitudes. Récemment réédité par Blue Note, l’organiste Jimmy Smith rappelle la fonction historique du jazz chez les mods. Reconnu pour ses travaux avec le gratin musical américain, le bassiste Melvin Gibbs sort, de son côté, un Ep digital dédié à George Floyd. Et Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad font paraitre un septième volume de la collection Jazz Is Dead consacré au pianiste brésilien João Donato…

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Florian Pellissier Quintet / Rio (Hot Casa Records)
Auteur d’albums remarquables (on pense notamment au désormais classique « Bijou Voyou Caillou », avec Arthur H et Anthony Joseph), le Florian Pellissier Quintet revient avec « Rio », un Lp aux sonorités souvent rêveuses. Classé parmi les meilleurs enregistrements hexagonaux du semestre passé, ce sixième opus capte évidemment l’énergie funky du hard bop mais également la sophistication des salons de Copacabana ou d’Ipanema. Particulièrement entêtante, la plage éponyme est illustrée par la trompette stratosphérique de Yoann Loustalot ; « Between The Bars » dodeline de la tête grâce au timbre mélancolique de la chanteuse franco-brésilienne Agathe Iracema ; et l’ensorcelant « Baron Samedi » (en référence à la culture vaudou) se trouve comme possédé par les soli reptiliens du saxophoniste Christophe Panzani. Apparemment plus formel que les productions précédentes, ce nouveau disque se distingue pourtant par ses climats denses. Il rappelle les talents de compositeur de Florian Pellissier. Un don pour la narration évident à l’écoute de « Biches Dans l’Espace », un final définitivement classieux où croisent les bordées de cuivres bossa nova de la fin des années 50 et les claviers intergalactiques de la décennie suivante. Chaudement conseillé.



Jimmy Smith / Back At The Chicken Shack (Blue Note)
Parangon soul jazz, l’album « Back At The Chicken Shack » de Jimmy Smith est aujourd’hui réédité en vinyle par Blue Note. Contemporain de Lou Donaldson et de Dr. Lonnie Smith, le compositeur américain est repéré, au mitan des années 50, par le producteur Alfred Lion qui le propulse rapidement sur le devant de la scène internationale. Enregistré en 1960, en même temps que le classique « Midnight Special », ce monument de groove vaut, bien sûr, pour le phrasé de Jimmy Smith à l’orgue Hammond-B3, mais également pour l’ensemble qui l’accompagne, à commencer par le saxophoniste Stanley Turrentine. Reconnaissable entre mille, la plage titulaire confirme un phrasé catchy. « When I Grow Too Old To Dream » impose un thème up-tempo pour le moins primesautier. « Minor Chant » instille une photogénie saisissante. Et « Messy Bessie » confirme les savants arrangements maison. Soyeux et lumineux, ce microsillon attirera l’œil des collectionneurs, qui reconnaitront, au passage, le travail du graphiste Reid Miles. Et peuplera l’imaginaire des cercles mods (merci Eddie Piller), qui mixeront naturellement ces quatre plages limpides avec le boogie tropical de Roland Alphonso ou le rhythm and blues magnétique de James Brown : let’s groove…



Melvin Gibbs / 4 + 1 Equals 5 For May 25 (Northern Spy Records)
L’attribution d’un prix Pulitzer à Darnella Frazier pour sa vidéo virale concernant le meurtre de George Floyd, par un policier de Minneapolis, rappelle l’effroi suscité par ce drame et le vent de protestation qui a suivi. Ex membre de Defunkt et collaborateur au CV particulièrement riche, le bassiste Melvin Gibbs prolonge le combat au travers d’un Ep des plus prenants. Reconnu pour son jeu émérite (le magazine Time Out New York l’a ainsi nommé plus grand bassiste de son temps), le musicien américain rend ici hommage à cette victime des violences policières via cinq titres complémentaires. Influencé par le beatmaking et le rap, cet enregistrement rappelle les manifestes jazz des années 60, les grands classiques du hip-hop, mais également le festival Wattstax et son discours politique assumé. « Oh My » exprime la tension ambiante ; « Get Some » se distingue par des climats plombés et un solo de basse remarquable ; et le magnétique « Holy Ground » traduit le sentiment du jazzman quant au lieu même de cette bavure. Intense et recueillie, cette session musicale est disponible au format digital. Elle est éditée chez Northern Spy Records, l’excellent label indépendant new-yorkais.



Jazz Is Dead 7 / João Donato (Jazz Is Dead)
Multi-instrumentiste notoire et patron du studio Linear Labs, le Californien Adrian Younge poursuit le développement de la collection Jazz Is Dead avec un septième volume consacré à João Donato. Secret parmi les mieux gardés de la musique brésilienne (en gros de la constellation bossa nova à la MPB en passant par un ascendant évident sur le courant tropicaliste), le vénérable chanteur et pianiste trouve, grâce à ce nouveau tome, un point de chute salutaire. Epaulé par Ali Shaheed Muhammad (la connexion Native Tongues) et par Adrian Younge, le compositeur auriverde délivre neuf titres courts et sophistiqués : une durée qui sied à merveille au format 33-tours. Cas d’école, « Vermelho Quente » confirme la touche insensée de João Donato au Fender Rhodes. Autre exemple de composition haute en couleur, « Forever More » délivre une atmosphère funky qui renvoie aux productions blaxploitation de la décennie 70. Et « Nao Negue Seu Coracão » et son chant soulful exhalent une saudade pour le moins traînante. Solaire et entêtant, ce disque fait naturellement écho aux deux récentes signatures brésiliennes de la série Jazz Is Dead et notamment à Marco Valle, un chanteur qui doit, pour beaucoup, au génie de João Donato. À (re) découvrir…
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FESTIVAL D’ETE 2021


Jazz à Vienne, jusqu’au 10 juillet
Organisé dans le cadre du théâtre antique de Vienne, Jazz à Vienne propose une trentaine de concerts, souvent de renom. Lundi 5 juillet, l’accordéoniste Vincent Peirani conviera ainsi Vincent Segal, Piers Faccini et les élèves du conservatoire de Lyon. Mercredi 7 juillet, la très prisée chanteuse britannique Lianne La Havas donnera un set particulièrement attendu. Jeudi 8 juillet, les frères Belmondo présenteront leurs nouvelles compositions sur le prestigieux site isérois. Et samedi 10 juillet, le final All Night Jazz programmera l’Armée Mexicaine, soit le groupe du regretté Rachid Taha, le tout emmené par des invités comme Rodolphe Burger ou Julien Jacob.

Saveurs Jazz Festival, du 8 au 11 juillet
La douzième édition du Saveurs Jazz Festival se déroulera du 8 au 11 juillet prochain à Segré-en-Anjou Bleu, une commune située au nord-ouest d’Angers. Vingt-six concerts composeront l’affiche. Vendredi 9 juillet, le trompettiste Nicolas Folmer dévoilera son hommage à Miles Davis, au parc de Bourg-Chevreau. Samedi 10 juillet, la fascinante Sélène Saint-Aimé et le couple malien Amadou et Mariam revisiteront les multiples facettes de leurs répertoires. Et samedi 11 juillet, Titi Robin et le Léon Phal Quintet concluront les agapes, non sans surprises. Outre ces dates, certaines prestations gratuites ponctueront l’affiche via le circuit Saveurs Jazz en Ballade. Ces multiples concerts permettront de découvrir ce charmant site campagnard.

Festival Jazz à Sète, du 13 au 21 juillet
Programmé à la mi-juillet, Jazz à Sète accueillera un plateau de douze musiciens ou groupes. Jeudi 15 juillet prochain, la trompettiste Airelle Besson inaugurera ainsi les sets au Théâtre de la Mer. Samedi 16 juillet, Kyle Eastwood invitera Camille Bertault et Hugh Coltman pour une session intense. Dimanche 18 juillet, l’immense Cheick Tidiane Seck proposera une relecture du pianiste américain Randy Weston. Enfin, mardi 20 juillet, le pianiste américain Brad Mehldau offrira un set en compagnie du contrebassiste Larry Grenadier et du batteur Jeff Ballard. À noter que différentes rencontres seront organisées, avec certains des musiciens, à la médiathèque de la célèbre cité occitane. Et que seize prestations gratuites composeront, en préambule, un rendez-vous off attrayant.

Texte par Vincent Caffiaux / Photo João Donato par The Artform Studio