Starwax magazine

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MONSIEUR DOUMANI / PISSOURIN

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Carrefour plusieurs fois millénaire, le bassin méditerranéen intègre de nombreux répertoires comme les chants polyphoniques corses et sardes, la tarentelle ou, sur la façade nord-africaine, le registre arabo-andalou. Originaire de Chypre, Monsieur Doumani étoffe, de son côté, l’offre musicale de langue grecque, un panorama culturel encore trop souvent résumé à l’unique même si passionnant rébétiko. Edité chez les explorateurs de Glitterbeat, le trio insulaire impressionne avec « Pissourin », un quatrième album consacré à la nuit et à sa mythologie. Mix de folklore local, d’influences turques (un trait d’union proverbial pour une île partiellement annexée par Ankara) ou de rock, ce nouvel opus frappe surtout par sa dimension habitée. Un rendu confondant quand on sait que le groupe est exclusivement composé d’un guitariste, d’un tromboniste et d’un chanteur également joueur de tzouras… Marqués par une approche musicale inédite (pour résumer chaque instrument est percussif et mélodique…), les neuf titres ici alignés sonnent souvent de manière flamboyante. Un constat perceptible avec « Tiritichtas » et ses riffs orientaux ; via « Kalikandjari » dont la scansion renouvelle l’art du slam ; ou bien encore avec « Koukkoufkiaos » et sa trame à faire pâlir d’envie nombre d’acteurs du revival psychédélique… Conseillé aux amateurs de transes sonores, Monsieur Doumani est naturellement édité sous forme de microsillon avec pochette évocatrice et livret étoffé. Chaudement conseillé !

Vincent Caffiaux / Photo par Michalis Demetriades

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HENRI SALVADOR / HOMME STUDIO

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Malgré une plume poétique et des fulgurances comme l’invention de la bossa nova, Henri Salvador laisse derrière lui un héritage musical parfois potache, à commencer par « Rock And Roll-Mops » soit une vision un brin condescendante du registre rock. À l’orée des années 70, le guitariste d’origine guyanaise prend toutefois ses distances avec la scène hexagonale et tire un trait sur tout un pan de son registre populaire, pour s’axer sur l’expérimentation. Dénichés par les explorateurs de Born Bad, les seize titres ici compilés témoignent de cette nouvelle direction artistique. Issu du récent label Rigolo (on ne se refait pas…), ce chapelet de pépites confirme l’attrait d’Henri Salvador pour l’instrumentation électronique. Boites à rythmes et synthétiseurs balbutiants ébauchent ainsi une esthétique futuriste comme l’induit le nom de cette anthologie et son clin d’œil à « The Man Machine » de Kraftwerk. Situées dans le giron de Christophe (pour la quête sonore) et de Nino Ferrer (pour l’esprit caustique) des plages comme « On l’a Dans L’Baba » et « Kissinger/Le Duc Tho » dévoilent une mue artistique indéniable ; des compositions telles « Siffler En Travaillant » ou « Un Jour Mon Prince Viendra » invoquent Walt Disney mais en mode remix ; et un petit bijou comme « Le Temps Des Cons » décline le tacle verbal de manière ravageuse. À (re)découvrir…

Vincent Caffiaux

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WIZZZ ! VOL.4 / FRENCH PSYCHORAMA 1966-1974

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Situées aux confins du psychédélisme et de l’exotica, les compilations « Wizzz ! » ne tombent toutefois pas dans les travers de l’archéologie musicale et de ses longs formats parfois vains, d’autant que les plages ici inventoriées ont bien souvent été pressées au format (super) 45 tours. Composé par Barnabé Mons, chanteur des Gentlemen’s Agreements, et par Jean-Baptiste Guillot, l’infatigable boss du label Born Bad, « French Psychorama 1966-1974 » complète admirablement les trois tomes précédents et leurs cohortes d’interprètes méconnus, de dandys incompris mais aussi et surtout de purs génies de la mélodie. Cas d’école, François Bernheim décline un sens inné de l’arrangement via « Tom » ; Michel Handson balance son lot d’allitérations savantes au travers de « Bric-à-Brac » ; et Alain Ricar mixe volontiers rap et pop baroque avec « I Like Sex ». Excellent témoignage sur la charnière des années 60 et 70, soit une période prolifique concernant l’édition phonographique, ce nouveau volume dépasse pourtant le strict cadre de l’intitulé. Une ouverture révélée avec le Tunisien K.R. Nagati dont le « Sidi Bou » polyglotte marie percussions et rock up tempo ; ou bien encore grâce au Marocain Abdelwahab Doukkali qui abandonne, avec « Je Suis Jaloux », le registre traditionnel oriental, au profit d’un thème musical groovy à souhait.

Vincent Caffiaux

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