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OMAKASE / PREMIER VINYLE

OMAKASE / PREMIER VINYLE

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Kumanope et MBKONG sont à la tête d’Omakase Recordings, un label marseillais indépendant créé en 2019 dont l’ambition est de brasser les cultures et fusionner les courants électroniques avec les instruments acoustiques. Issus d’influences très diverses, les deux partenaires assument le choix d’une direction artistique colorée et symbolisent leur démarche avec le pressage de « Omakase Colors Vol.1 ». La compilation réunit une quinzaine d’artistes et reflète l’esprit d’ouverture et de tolérance du label. Il s’agit d’une symbiose entre house, lo-fi, ambient, trip hop et world music. Les fondateurs, pour qui la musique n’a aucune frontière et ne devrait pas être « standardisée », nous en disent plus sur la genèse du projet, leur vision de l’entraide entre artistes, leur volonté de mettre en lumière des jeunes talents de leur entourage, de révéler des compositions inédites. Et celle de transmettre leur passion avant tout.


Comment avez-vous décidé de créer le label ensemble ?
Michael : Partenaires dans la vie et au travail, Bonnie (MBKONG / Goldie B) et moi (Michael aka Kumanope) nous sommes rencontrés à Marseille en 2017. J’officiais déjà en tant que Dj au sein du collectif local D-Mood Records (aujourd’hui Different Mood Records), et Bonnie arrivait de Paris. Elle venait de mettre fin à quatre ans de collaboration avec le contrebassiste Thibault Renou au sein de « Phonobones », duo Nu Soul – Jazz. Tous les deux producteurs de musique et Djs (entre autres), nous nous sommes rapidement entendus autour de nos passions communes et complétés de par nos histoires et nos formations respectives. L’idée de lancer notre label est venu à la fin de l’année 2018, lorsque Bonnie avait terminé son premier Ep « Blue Dawns ». L’idée initiale était de nous soutenir mutuellement, financièrement comme artistiquement, pour permettre la réalisation de nos projets. De nous pousser à aller jusqu’au bout de nos intentions, tout en nous offrant une structure stable sur laquelle nous appuyer. Et puis rapidement, nous avons eu le désir d’entrainer avec nous nos camarades producteurs et productrices dans l’aventure. En tant qu’énormes consommateurs de musique, il est aussi important (voir nécessaire !) pour nous d’en produire, que d’écouter et de soutenir les œuvres des artistes actuels. Il y autour de nous, un bon nombre de talents venant de tous bords qui ne demandent qu’à être entendus et épaulés. Donc instinctivement, nous avons eu envie de faire d’Omakase un cercle familial et de potes passionnés dont les talents respectifs se complètent et s’articulent autour d’une vibe globale : celle de la musique électronique au sens (très) large du terme. Pour la petite histoire, « Omakase » signifie en japonais « je m’en remets à vous ». Il y a une notion de confiance super forte dans notre approche artistique qui nous permet de nous ouvrir à des fusions de styles, d’influences et d’énergies créatives sans limite.

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De quelles cultures musicales provenez-vous ?
Michael : A nous deux, nous avons probablement balayé presque la totalité du spectre musical existant, dans le bon comme le très mauvais (rires). Je me suis formé l’oreille avec un catalogue hip-hop et rock. Bonnie plutôt Jazz, funk, pop et rnb. Elle est musicienne et a commencé le piano dès 4 ans, la guitare à 12 ans et a aussi appris à manier les percussions en autodidacte très jeune. De par sa formation musicale et ses origines camerounaises, elle a rapidement été initiée aux musiques dites du monde qui, associées avec son background black music, lui ont ouvert un pan gigantesque de possibilités de composition. Sur scène dès l’âge de 12 ans, elle a enchainé les groupes et les collaborations. Elle a joué sur de nombreuses scènes parisiennes et alentours. C’est en 2013, qu’elle découvre la MAO et plus largement la musique électro dite « club », qui a complètement bouleversé son process créatif et sa vision musicale. Elle s’est alors doucement éloignée de la musique acoustique « conventionnelle » et c’est aujourd’hui, en solo qu’elle officie, sous le pseudonyme d’MBKONG en tant que productrice et chanteuse, et Goldie B en tant que Dj. Me concernant, c’est par le biais de mes études en sound design, entre 2010 et 2013, que je me suis lancé dans la production musicale puis dans le mix. Durant cette période, j’ai assuré des warm up d’artistes internationaux dans différents clubs de Montpellier. Puis j’ai emménagé à Marseille en 2016 et j’ai co-fondé le collectif et label D-Mood Records. Ce qui m’a permis de me produire lors d’évènements importants tels que le Festival Marsatac, le Festival Le Bon Air ou encore Boiler Room. J’ai une culture musicale électro assez consistante et j’ai ouvert les portes de ma bibliothèque au jazz et la world music depuis quelques années, rejoignant alors le club des gens qui aiment, écoutent, et jouent de tout, comme ma partenaire.

Quels sont les artistes et labels qui vous inspirent ?
Nos coups de foudre avec la musique électro prennent les noms respectifs de Radiohead pour Bonnie et Daft Punk pour moi. Mais dans l’ensemble, nous nous retrouvons sur les influences qui nous ont profondément marqués et construits en tant qu’artistes. Modeselektor, Four Tet, Nicolas Jaar, Bonobo, Air, Kid Loco, Massive Attack, etc sont de ces artistes qui nous ont conduits vers cette passion pour la musique électronique. Et puis il y a eu, chacun de notre côté, la grande apparition de Ninja Tune dans nos vies. Pour nous deux, ça reste, malgré la perte de vitesse qu’il a prise ces dernières années, le label sur lequel nous rêvons, non secrètement, de signer un album. A côté de ça, nos activités de Dj nous ont poussés à creuser des sous-styles plus « underground » de la musique électronique, notamment en provenance de UK. Depuis 2-3 ans, nous sommes très branchés bass, drums, breaks… Le dernier album de Djrum trône dans notre salon, à côté des dernières sorties du merveilleux label Rythm Section, de l’album « All Melody » de Nils Frahm, et du disque absolument fantastique qu’a enregistré le Yussef Dayes Trio lors d’un live à Copenhague en 2019 ! On avoue… Le Jazz UK est clairement notre came préférée.

Comment sélectionnez-vous les artistes ?
Autour de nous. Comme nous le disions, nous sommes entourés de gens ultra talentueux qui produisent de la musique par passion et ont sensiblement les mêmes influences que nous. 90% d’entre eux bossent mais ne sortent presque rien. Du coup, leur proposer de rejoindre le label les a boostés et nous aussi par la même occasion. La plupart viennent de Marseille, mais on a aussi des artistes comme Lngsigh et Dangerous Method qui sont basés à Toulouse (où j’ai aussi un collectif orga de soirées, « FRAP »), ou encore Imane El Halouat et Charlie Maurin basés à Toulon. La sélection s’est faite naturellement. On n’a pas eu grand-chose à faire, si ce n’est de tendre l’oreille, constater et leur envoyer plusieurs dizaines de mails de relance (rires). En tout cas, à notre sens, chacun de ces artistes ont leur propre univers extrêmement qualitatif, dont le potentiel est beaucoup plus grand qu’ils ne le pensent eux même. On est surmotivés à les aider, à prendre confiance en leur art et à les pousser à aller jusqu’au bout de leurs idées. Si tant est qu’ils en expriment le désir, bien évidement.

Quelle est la philosophie derrière Omakase Recordings ?
Fusion, partage et liberté. Nous ne voulons pas être catalogués dans un style en particulier. Omakase est un label ouvert et attentif, qui se veut le plus qualitatif possible, bien que ce dernier point puisse paraitre logique tout en dépendant de facteurs absolument subjectifs. La ligne artistique directrice est la musique électronique. Après, c’est freestyle. Plus il y a de mariage d’influences dans les sons que nous recevons, plus nous sommes motivés à en faire quelque chose. Par ailleurs, on a vraiment dans l’idée de faire multiplier les collaborations entre nos artistes dans les projets à venir, notamment entre musiciens et producteurs. Faire d’Omakase un terrain de jeux et de rencontres entre musiques électroniques et acoustiques, qui sont les mondes d’où l’on vient respectivement tous les deux. On veut s’affranchir des étiquettes, mais surtout des règles qui polluent les initiatives de création dans le milieu de la musique. A bat la standardisation de la musique ! Un mot : « Osons »

Par Sabrina Bouzidi