Starwax magazine

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NINO FERRER / METRONOMIE

NINO FERRER / METRONOMIE

labelRiviera

NINO FERRER / METRONOMIE

album



Le contexte de l’album : désamour et incompréhension
Lorsque Nino Ferrer enregistre cet album en 1971, « Mirza » et « Les cornichons » sont bien loin. Nino écoute les Soft Machine, Caravan, Yes et tous les groupes anglais de la scène progressive. Il passe son temps au manoir de Blanat où il compose, écrit, se drogue. Sur ce disque, Nino fait exploser les barrières de la chanson française, décevant par la même occasion son public, dérouté par ce changement de cap, l’album se vend très mal. Le temps aura raison de cette incompréhension : le disque, qui fut pressé en petites quantités, est désormais culte. Il s’arrache à prix d’or chez les disquaires et sur les plates-formes de vente sur Internet. Il faut désormais compter entre 50 et 150 € pour un exemplaire de « Metronomie ».

Un métronome oscillant entre extase et hallucinations
L’album s’ouvre sur la musique qui donnera son nom à l’oeuvre, une hallucination de près de dix minutes. Nino laisse libre cours à son imagination et donne le ton de l’album, définitivement rock et psychédélique. Il prend son temps et n’hésite pas à instaurer différentes ambiances, utilisant bruitages et autres effets studio à sa disposition : réverbes, reverses, flanger, distos… Sur la deuxième plage, « Les enfants de la patrie », qui fut pressée en 45 tours (format single de l’époque), Nino chante sur une musique brumeuse. Des choeurs célestes soutiennent sa voix profonde, qui planent au-dessus de la musique et projettent Nino au premier plan. Jamais de silences entre les chansons, les transitions sont parfaites et nous maintiennent dans un état extatique permanent.

« Cannabis », climax de l’album
La deuxième face s’ouvre sur le chef d’oeuvre de l’album, « Cannabis ». La musique est brutale, les musiciens rivalisent de perfection, l’organe nous inonde de nappes cosmiques et de phrasés jazz, la ligne de basse ne cesse d’évoluer et tournoie dans les enceintes… Est-ce Nino qui joue ? Je ne sais pas. Mais celui qui tient le manche à quatre cordes, lui, fait preuve de génie. La rythmique est sauvage, alternant jeux jazz-rock et percussions vaudou. Dans le texte, Nino décrit la drogue comme une échappatoire au monde moderne. Il aborde des sujets qui nous touchent directement : immigration, pollution, métro, malbouffe… L’intemporalité du texte renforce le caractère novateur de la musique. Un délice !

Metronomie, un album aux thématiques universelles
Le thème de la modernité comme entrave au bonheur revient dans « La maison près de la fontaine ». Une trompette « arrache-coeur » à la Nouvelle Orléans vient soutenir, avec volupté, le message empreint de nostalgie véhiculé par le texte. Nino Ferrer s’en prend aussi au conformisme sur la chanson « Isabelle ». Pour clôturer ce chef d’oeuvre avec « Pour oublier qu’on s’est aimés », Nino nous rappelle d’où il vient et ce qui l’a incité à faire de la musique : son amour pour la black music et surtout pour Otis Redding. A la suite de ce disque, Nino Ferrer enregistrera un album dans la même lignée sur lequel il chante malheureusement en anglais : « Nino Ferrer & Leggs », sorti en 1972. « Metronomie » reste, en revanche, une expérience musicale puissante qui ne laisse personne indifférent. (Simon Rubert)