Starwax magazine

starwax magazine

newsoctobre-2021

SÉLECTION JAZZ OCTOBRE 2021

SÉLECTION JAZZ OCTOBRE 2021

Posté le

La sélection de ce début d’automne est marquée par un certain sens du groove. La saxophoniste anglaise Nubya Garcia confirme cette impression avec différents remixes inspirés de son premier album de 2020. Le quartet allemand Web Web enchaîne naturellement avec « Web Max », un opus illustré par des invités de la trempe de Yusef Lateef ou Mulatu Astatke. Pour sa part, Octave Music complète la discographie du pianiste Erroll Garner avec la parution d’un set capté en 1959, à Boston. Et les mods d’Acid Jazz rééditent « Harlem », une pépite latino composée par le percussionniste new-yorkais Emmanuel Abdul-Rahim.


702-sw-playlist-jazz-sept2021-

Nubya Garcia / Source + We Move (Concord / Universal)
Parfois heureuses, les noces des rythmes digitaux et du jazz ramènent à la scène britannique du jour et à sa fascination pour une certaine dimension évolutive. Cas d’école, Nubya Garcia propose aujourd’hui « Source + We Move » soit neuf relectures de « Source », son remarquable premier album de 2020. Sincères et souvent intuitives, les invitations lancées à l’adresse de l’élite du beat fonctionnent globalement bien. Pertinent, le remix de « La Cumbia Me Está Llamando » par le très demandé Kaidi Tatham puise ainsi dans le chaudron sud-américain. La version de « Source », par les Péruviens de Dengue Dengue Dengue, invoque le dub jamaïcain et son rôle dans l’histoire du remix. Et la nouvelle mouture de « Boundless Beings », par la grande Georgia Anne Muldrow (écoutez donc « Seeds », son Lp produit par Madlib), s’affranchit carrément du répertoire de la musicienne anglaise. Souvent radicales, les séquences présentes évitent ainsi le piège de la redondance. Elles rappellent surtout la place essentielle occupée par les variations dans la création. Pour preuve l’étonnante adaptation d’ « Inner Game », l’un des sommets de l’opus original, et dont le substrat obtenu par Blvck Spvde témoigne de l’ouverture d’esprit de l’entreprise.



Web Web / Web Max (Compost Records)
Connue pour sa touche organique, la formation allemande Web Web revient avec « Web Max », un quatrième album aux allures de manifeste. Produit par Max Herre, rappeur et producteur réputé outre-Rhin (l’homme a notamment enregistré une session MTV Unplugged avec Gregory Porter), ce nouvel Lp affirme une tonalité soul-jazz digne des grands classiques de la décennie 60. Composé par une poignée de musiciens chevronnés dont le fondateur Roberto Di Gioia aux claviers, le groupe surprend ici pour la diversité de ses sources d’inspiration. « Turquoise » rend ainsi hommage à la diva levantine Fairouz. Et « Thesa-Mbawula » fait un clin d’œil à l’injustement méconnu registre sud-africain. Pourtant, si les différents titres joués en quartet (plus Max Herre) attestent d’un imaginaire fertile, c’est bien la liste des invités qui retient l’attention. Héraut de l’éthio-jazz dans les années 60, le vibraphoniste Mulatu Astatke trempe ainsi ses mailloches dans le quartz avec « Meskel Flowers ». Le regretté Yusef Lateef intervient à la flûte traversière avec le lyrique « Akinuba / The Heart ». Et que dire du mythique trompettiste Charles Tolliver ou de la jeune harpiste Brandee Younger sinon que leurs interventions millimétrées quadrillent le significatif « Intersections » avec brio.
702-jazz-oct2021-webweb


Erroll Garner / Symphony Hall Concert (Octave Music / Mac Avenue Music Group)
Déjà auteur d’un concert donné en 1955 à Carmel, aux États-Unis (la session culte « Concert By The Sea »), le pianiste Erroll Garner revient dans les bacs avec une prestation inédite au Symphony Hall de Boston. Proposé à l’occasion du centenaire de la naissance du pianiste par le catalogue Octave Music, ce set de 1959 traduit bien le phrasé mélodique de l’auteur de « Dancing In The Dark ». Entouré par Eddie Calhoun à la contrebasse et par Kelly Martin à la batterie, Erroll Garner délivre ici des versions fluides de « A Foggy Day (In London Town) » et de « I Can’t Get Started With You » des frères Gershwin ; survole la soirée avec le sophistiqué et quasi cubiste « Bernie’s Tune » ; et s’impose comme l’incarnation littérale du cool via le célèbre « Misty». Comme le rappelait Christian Sands, il y a quelque temps, dans les colonnes de Star Wax : « Erroll Garner savait exactement comment jouer pour atteindre le public. » Un don perceptible ici avec une reprise intime du divin « Moments Delight ». Illustré par l’affiche du concert, cet enregistrement charnière est complété par d’excellentes notes de pochette de la percussionniste Terri Lyne Carrington. Le tout est disponible dans une belle édition au format microsillon. Avis aux amateurs…



Emmanuel Abdul-Rahim / Harlem (Acid Jazz)
Symbole du revival mod, le label anglais Acid Jazz signe régulièrement des perles musicales comme cette récente anthologie des classieux Fleur de Lys ou bien encore une double compilation jazz signée Eddie Piller et l’acteur Martin Freeman. Figure du Spanish Harlem, Emmanuel Abdul-Rahim complète, de manière cohérente, cette campagne éditoriale. Moins connu que Tito Puente, le virtuose des timbales, ou Ray Barretto, le rythmicien de la Fania, le percussionniste américain se distingue au début des années 60 via le Latin Jazz Quartet, aux côtés d’un certain Eric Dolphy. Avant d’accompagner John et Alice Coltrane, quelques années plus tard, pour un gig mémorable au Village Vanguard. Enregistré en 1988 au Danemark, le méconnu « Harlem » résume toutefois bien la parcours artistique d’Emmanuel Abdul-Rahim. Eloigné des productions ampoulées d’alors, l’as des congas offre un opus partagé entre soul jazz (« Are You Series »), salsa (le piano entêtant d’ « Harlem ») et groove suprême (« Times At Hand »). Dirigé de main de maître, l’épatant The Times At Hand Orchestra tourne ici à plein régime. Une énergie bluffante qui trouve son point d’orgue via « Kalahari », un titre incroyable inscrit dans les pas de Duke Ellington et des ses illustres suites.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo Web Web par Thomas Elsner