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SÉLECTION JAZZ DECEMBRE 2021

SÉLECTION JAZZ DECEMBRE 2021

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Variée, cette sélection de fin d’année joue la carte du groove avec le nouvel album du combo jazz-funk Aldorande. Tout aussi innovant, le Levitation Orchestra atteste de la bonne santé de la scène musicale britannique grâce à un second opus particulièrement lyrique. Autre référence du jour, le batteur américain Jamire Williams complète le catalogue International Anthem au travers de compositions à la croisée du répertoire afro-américain et des arts plastiques. Et le label Universal Music Japan réédite « Accent On Africa », un joyau soulful signé en 1968 par le saxophoniste Cannonball Adderley et le producteur David Axelrod…


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Aldorande / Deux (Favorite Recordings / The Pusher Distribution…)
À l’instar de l’Arkestra de Sun Ra et du proche Supersonic de Thomas de Pourquery, le nouvel album d’Aldorande confirme un goût évident pour les planètes et satellites. Emmené par Virgile Raffaëlli, le quatuor hexagonal prolonge ici le voyage entrepris, il y a deux ans, par l’emblématique « Aldorande ». On y retrouve naturellement ces arrangements moelleux empruntés aux meilleurs albums jazz-funk de la décennie 70. L’irrésistible « Fenêtres Sur Le Temps » annonce la couleur avec sa rythmique prononcée et ses sonorités brésiliennes. L’haletant « Vortex des Possibles » renvoie au cinéma blaxploitation et aux sublimes bandes-son du genre. Et l’ultra-léché « Oracle » fait naturellement écho aux phrasés visionnaires de George Duke et de Bernie Worrell. Épaulé par le toujours partant Florian Pellissier et ses nombreux claviers (Clavinet, Minimoog, Fender Rhodes…), Virgile Rafaëlli donne ici une leçon de groove dont feraient bien de s’inspirer nombre de hérauts du revival funk (ne sont pas les Dap-Kings qui veut). Confirmation avec « Prometheus Asylum », une session up tempo au rendu irrésistible et final d’un album particulièrement soigné. Pour l’histoire, cette édition est disponible en pack vinyle full explorer, avec tee-shirt, casquette et papier à rouler.



Levitation Orchestra / Illusions & Realities (Gearbox Records / The Orchard)
Patron du label britannique Gearbox, Darrel Sheinman est réputé pour la qualité de ses productions. Ancien trader (une expérience profitable pour le développement de sa firme) et amateur de belles voitures (d’où le nom du catalogue), ce dernier signe aujourd’hui le deuxième album du Levitation Orchestra. Originaires de Londres, les treize musiciens présents héritent ainsi du répertoire spiritual jazz des années 70. Cette caractéristique est perceptible dès la plage inaugurale et son chant soul un brin mélancolique ; avec l’incroyable « Spiral (Die Die Die) » et son jeu de contrebasse calqué sur un singulier beat électro ; ou bien encore via « Child », une longue suite composée de quatre mouvements empiriques. Souvent inspiré, le collectif rappelle ici les sommités de la turbulente scène jazz anglaise et le tubiste Theon Cross, dont le nouvel album sera évoqué prochainement dans nos colonnes. Aux antipodes de certains traits hexagonaux (on pense à l’héritage germanopratin), le Levitation Orchestra ouvre ainsi ses compositions aux déclamations, qu’elles soient axées sur le spoken word ou sur le rap. L’exercice fonctionne plein pot avec le fédérateur « Many In Body, One In Mind », véritable centrifugeuse musicale et final d’un Lp hautement recommandable.
Processed with VSCO with h6 preset


Jamire Williams / But Only After You Have Suffered (International Anthem …)
Formé à la musique et aux arts visuels à la New School de New York, Jamire Williams est un artiste complet. Édité par International Anthem, la passionnante enseigne chicagoan (Makaya McCraven, Angel Bat Dawid…), son nouvel album « But Only After You Have Suffered » résume bien ce parcours. Déjà repéré auprès du gotha musical, le batteur texan convie ici la chanteuse lyrique Lisa E. Harris (« Pause In His Presence »), le MC Mic Holden («Ugly ») ou bien encore le très prisé chanteur et tromboniste Corey King («Bow »). Épaulé par Christophe Chassol, autre aventurier multimédia, Jamire Williams dépasse toutefois le strict cadre musical, au profit d’une expérience unique. Intéressante, la démarche rappelle notamment les œuvres d’art total du siècle dernier et cette volonté de fédérer les disciplines. Confirmation avec « Hands Up », dont le travail sur les tessitures renvoie à l’aplat et aux nombreuses techniques de peinture. Et avec le prenant « Just Hold On », dont la science des loops évoque les collages chers à Max Ernst et à Raoul Hausmann. À noter que « But Only After You Have Suffered » est pressé en vinyle de couleur, avec pochette gatefold et charte graphique soignée.



The Cannonball Adderley Quintet / Accent on Africa (Capitol / Universal Japan)
Monument du jazz moderne, Julian « Cannonball » Adderley a marqué les esprits dans les années cinquante avec « Somethin’ Else », puis en collaborant avec Miles Davis via l’impérissable « Kind of Blue ». Réédité en import, « Accent on Africa » illustre, pour sa part, la deuxième partie de la carrière du saxophoniste américain et plus précisément les sessions enregistrées pour le label Capitol. Sorti en 1968, un an après le tubesque « Mercy, Mercy, Mercy », ce disque mêle avec brio les racines gospel, le funk et un attrait évident pour les musiques africaines. Moins politique que certaines compositions du pianiste Randy Weston (les notes de pochette parlent surtout de mystère et de romance…), « Accent on Africa » n’en reste pas moins un bel exemple de crossover. Produit par David Axelrod, cet album se teinte d’influences highlife via l’entêtant « Marabi » ; incorpore un thème du guitariste Wes Montgomery avec le quasi-funky « Up And At It » ; et succombe aux joies du psychédélisme (la marque de fabrique de David Axelrod) grâce au planant « Gunjah ». Créative et parfois surprenante, cette élégante pépite de Cannonball Adderley est de nouveau disponible mais uniquement en Cd, marché japonais oblige. Avis aux amateurs…



Texte par Vincent Caffiaux Photo Jamire Williams par Asia Nicole Williams