Starwax magazine

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INTERVIEW NIKITCH

INTERVIEW NIKITCH

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On n’attire pas les oreilles de deux pointures comme Gilles Peterson et Dj Cam par hasard. En l’espace de deux Eps sorties en digital chez Chateau Bruyant et une poignée de remixes, le Gone Nikitch s’est fait un nom bien au-delà de l’agora électronique lyonnaise. Son récent travail sur la compile On and On, du label du même nom dirigé par 20Syl, a confirmé notre intérêt pour ce jeune producteur. Entre football et gastronomie, origine lyonnaise oblige, il nous parle de son actualité, de ses méthodes de travail puis de ses influences.


Comment as-tu été amené à réaliser un remix pour « Summer in Paris » de Dj Cam, titre qui date de 2002 ? Est-ce un morceau important pour toi ? Et que représente Dj Cam pour toi ?
J’ai été contacté par Laurent (Dj Cam) suite à sa compil’ « Deep Session » sortie chez Wagram, dans laquelle il avait mis un de mes morceaux « Love Will Ever Do ». Il m’a ensuite demandé de le remixer pour faire une sortie un peu emblématique d’un de ses classiques, plus de dix ans plus tard. Je vais être honnête : en 2002 j’avais quatorze ans et, à l’époque, je n’écoutais pas ce genre de son mais j’ai pris pas mal de plaisir à l’écouter attentivement et à lui donner une autre teinte en gardant ce coté chill et sophistiqué de la French Touch première génération.




Tu as réalisé pas mal de remixes pour différents artistes (Andreya Triana, Anushka, Tambour Battant, Dj Cam donc…) : que t’apporte cet exercice ? De la visibilité auprès d’un public toujours plus large ? Un moyen de travailler ton propre style ?
Travailler sur des remixes est un exercice très intéressant à mes yeux : il m’oblige à aborder mon workflow de manière complètement différente et singulière à chaque nouveau morceau, rompant ainsi avec les réflexes de production que l’on adopte au fil du temps. Et je pense que c’est une chose très importante pour tous, de savoir se bousculer un peu afin de voir son travail d’un autre angle. Cela te permet également de te frotter à un auditoire différent de celui qui te suit déjà et donc de sortir de ta zone de confort esthétique dans laquelle tu peux vite tourner en rond. Il est vrai que cette pratique m’a fait rencontrer plusieurs personnes issues de milieux différents, et il y a toujours de belles rencontres à la clé.

Comment s’est faite ta rencontre avec Gilles Peterson ? Personnellement, je t’avais découvert via son émission « Worldwide ». Quelles sont les bases de votre relation musicale ?
Et bien, suite aux encouragements de plusieurs artistes que je suis depuis quelques années, j’ai simplement commencé par toquer à la porte de plusieurs labels avec quelques démos, dont Brownswood. Le D.A de l’époque a ensuite fait remonter quelques-uns de mes morceaux à Gilles, qui en a joué par la suite plusieurs dans son émission à la BBC. Depuis, on s’est croisé à plusieurs reprises, il m’a invité à son festival ( Worldwide festival report) et on a partagé quelques scènes ensemble. Lors de ces événements, notamment à Londres pour les Worldwide Awards, j’ai eu la chance de rencontrer une bonne partie de son entourage, et j’ai découvert une vraie famille au sens large : chacun a sa spécialité mais tous se retrouvent autour de l’amour de la musique, quelque soit sa forme esthétique ou sa provenance. Worldwide : tout est dans le titre.

Tu as deux Eps à ton actif : « Juke Box » sorti il y a un an et « Moods » il y a 5 mois. Le tempo semble avoir ralenti depuis « Juke Box » : penses-tu que tes dernières sorties consacrent ta signature musicale ?
Je pense effectivement que ma « signature musicale » se dessine mieux au fur et à mesure des sorties, mais reflète également ce que j’écoute sur le moment, ce qui les rend différentes à chaque fois. Cela dit, les deux Eps sont sortis à intervalles assez proches dans la phase de création. Les nouveaux morceaux sur lesquels je bosse actuellement seront, je pense, plus éloignés des styles avec lesquels j’ai joué pour mes deux premières sorties.

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Y aura-t-il bientôt une suite à ces Eps, une nouvelle sortie en vue ?
J’ai pas mal de chose en projets, dont un petit nombre de remixes et exclus qui émergent de temps à autres, comme ma participation à la superbe compilation 1Ø1 d’On And On Records qui vient tout juste de sortir, ainsi qu’une autre sur une prochaine sortie du label Château Bruyant… Pour ce qui est d’un format plus conséquent, j’ai déjà pas mal de matière et il me faut à présent réfléchir à comment articuler au mieux tout ça… Mais oui, je pense ne pas me tromper en te disant qu’un prochain Ep arrivera d’ici la fin de l’année.

Ton prono foot : quelles sont les chances des joueurs de l’OL de remporter le championnat de France ?
Pour tout te dire… je ne m’intéresse pas du tout au foot. J’en suis resté à la finale 98. Y’en a pas eu d’autres depuis, c’est bien ça ? (Si, en 2006, la France a perdu en finale de la Coupe du monde contre l’Italie, ndlr)

En tant que Lyonnais, tu t’y connais en bonne chaire. Si tu pouvais nous donner la recette de ta musique, quelles seraient les proportions ?
Et bien, je te dirais de partir sur une base très intuitive, qui va constituer le gros de ta musique. En garder la saveur première et tenter d’y rajouter juste de petites touches de fraicheur qui viendront rendre le truc un peu stylé dans l’assiette. Mais attention : plus tu prends du temps à en mettre, plus tu risques de t’éloigner de l’essence même de ton idée musicale et à en perdre cet aspect sincère. Passer plus de temps à faire de la musique qu’à faire de la production, c’est un peu ça l’idée.

Quels sont les albums qui t’ont formé musicalement ? Quels sont les récents morceaux qui t’ont scotché ?
J’ai commencé la musique très tôt en fait, du coup je peux pas vraiment te dire que c’est tel album ou tel album qui m’a poussé à faire de la musique. Par contre, il est vrai que certains disques m’ont particulièrement marqué auparavant, notamment ceux qui n’hésitaient pas à sortir de leur cadre esthétique : je pense à Sayag Jazz Machine, Jaga Jazzist, Essbjorn Svensson Trio, Dorian Concept… Pas mal de jazz en fait. Coté nouveauté, je ne me lasse pas du dernier album de Dorian Concept, qui est vraiment magnifique, ni de l’album de Machinedrum, qui se répète un peu plus mais se pose vraiment là dans son accomplissement personnel et artistique. J’écoute beaucoup l’album Mixed Signals de Frederic Robinson aussi, et les productions de Lido dont le travail d’arrangement est assez impressionnant à chaque morceau.

Par Damien Baumal