Starwax magazine

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INTERVIEW / DJ REDEYES

INTERVIEW / DJ REDEYES

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Dimanche 21 juin, pour la Fête de la Musique à Paris, le soleil tapait fort en bord de Seine sur le stand d’Aquanaut. Exactement comme le set drum’n bass de Dj Redeyes, figure française du genre depuis de nombreuses années ; Junglist, pratiquant et convaincu, adepte d’un liquid funk à l’énergie communicative, le Toulousain a beaucoup produit, mixé, remixé et représenté la scène hexagonale un peu partout dans le monde. Un personnage clef qui nous donne ses impressions sur la drum’n bass en France, ses acteurs et son futur.


Peux-tu te présenter en quelques mots : nombres d’années dans le circuit drum’n bass, combien de morceaux à ton actif, de remixes, combien de pays visités en tant que Dj ?
Je m’appelle Julien et je viens de Toulouse. J’écoute et mixe de la jungle/dnb depuis 1996. Mes premiers vinyls étaient plus du hip-hop ou bien les sorties de Ninja Tune et MoWax mais les mythiques soirées « Jungle Fever » du DragonCrew à Toulouse ont fini par me convertir totalement à cette musique. Je produis depuis plus de 10 ans maintenant. J’ai sorti une trentaine de single/Ep, 2 albums, 3(ou4) remixes et joué dans une vingtaine de pays (Europe, Asie, Océanie).

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Je t’ai découvert en 2006 à l’époque de tes maxis « Poetry in Motion » et de « Pusherman » (tous deux en écoute ci-dessous), en pleine explosion de la Liquid Funk : comment as-tu évolué musicalement depuis ?
J’ai évolué comme bon me semblait, sans forcément suivre les tendances, en écoutant plus mon instinct que les charts. Je suis resté fidèle à moi-même et à mon son, bien qu’ayant changé de tempo (bpm) pendant quelques temps que ce soit avec Trilogy ou Lumumba, projets portés entre autre avec Youthman. J’ai d’ailleurs un nouveau projet aujourd’hui avec RDY*$, où on peut reconnaitre mon style mais sur un tempo ralenti (80/90bpm).



A l’image du breakbeat, la drum’n bass a perdu de la visibilité suite à l’explosion du dubstep dans la bass music : comment l’expliques-tu ?
Elle a connu son heure de gloire avec le phénomène de nouveauté, tout comme le dubstep l’a connu à son tour. Si aujourd’hui elle reste toujours dans l’ombre, c’est qu’elle reste quand même plus destinée aux dancefloors qu’aux ipods : le bpm est rapide, des drums bien en avant… Ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour plaire au grand public, à part si on sort des gros synthés cheesy avec des voix pitchées…

Comment as-tu vu évoluer la scène drum’n bass en France depuis que tu en fais partie ? Comment se porte-t-elle aujourd’hui ?
Comme la musique en elle-même, elle a connu des hauts et des bas, et je pense qu’aujourd’hui elle se porte plutôt bien, autant au niveau des soirées que des artistes.

On trouve pas mal de liquid en mix sur le net mais sa place en club paraît plus délicate depuis quelques années en France : sa situation est-elle meilleure que lorsque tu as commencé ? La liquid est-elle devenue trop « chill », les gens recherchent-ils un son plus percussif ?
Le liquid reste un sous-genre d’une musique peu populaire donc c’est difficile de la promouvoir. Ca marche bien en radio, dans des petits clubs, mais les gens, du moins ceux qui viennent en soirée recherchent plus du neurofunk ou du jump up, une musique où on peut slamer et se lâcher. La « liquid » comme son nom l’indique est une musique cool pour boire un verre (liquid).

As-tu vu beaucoup de noms quitter la scène ou changer pour de nouveaux styles pendant ton parcours ?
Bien sûr, en plus de dix ans, les gens changent. Si on n’en vit pas, il est souvent difficile de marier la musique avec un travail et des enfants à coté… Donc certains arrêtent la musique, d’autres font du dubstep Kryptic Minds, Breakage ou de la house comme Mutt

As-tu une explication au fait que le style est toujours très présent dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni et Australie notamment) ? Le label anglais Hospital est d’ailleurs très actif en ligne avec des mixs en direct sur Youtube, un podcast très renommé, une grosse présence sur les réseaux sociaux, qui touche les jeunes. Est-ce un modèle à suivre ?
Oui mais ce sont des pays qui ont une club culture, surtout l’Angleterre. Cette musique vient de là-bas et ne sera jamais plus populaire ailleurs que chez eux. Hospital est un modèle à suivre pour tous : ils ont su promouvoir cette musique mieux que personne, avec des street teams, des soirées Hospitality, des artistes exclusifs, du merchandising, des podcasts…

Est-ce que l’on vient te voir pour des remixes de drum’n bass ? (à l’image de nombreux artistes anglais des charts qui possèdent un remix DnB de leur morceau)
J’ai remixé Bonobo pour Ninja Tune (ci-dessous), Me&You pour Tru Thoughts et également Youthman pour son nouveau label Central Massive. Si un projet me plait et m’inspire, je serais bien sûr heureux d’y collaborer.


Est-ce facile d’être Dj drum’n bass en France aujourd’hui pour trouver des dates et un écho dans les médias spécialisés ? Le salut passe-t-il par l’international ?
Le salut passe obligatoirement par l’international, surtout si on joue plus deep et liquid. Il faut jouer beaucoup plus dur pour jouer régulièrement en France alors que l’Allemagne et d’autres pays de l’est sont beaucoup plus amateurs de ce son.

Quel avenir prédis-tu à ce style ? Comment vois-tu la drum’n bass dans dix ans ?
C’est une musique qui évolue par cycle, qui s’inspire énormément de son passé. Après, cela dépendra de l’évolution des outils de production et des fusions de style à venir comme le « footwork » ou le hip-hop le font actuellement.

Tu fais partie de l’aventure du label Vandal Records créé par SKS en 2004, ton associé, alors que la crise de la musique est encore forte. Ce n’est pas une démarche anodine, quel était l’objectif de cette aventure à l’origine : créer un point de fixation musical pour générer une force collective ? Où en êtes-vous maintenant ?
Je l’ai officiellement rejoint il y a trois ans. Il avait déjà arrêté la production de vinyls car le numérique représente moins de risques financier mais moins de revenus en contrepartie. L’objectif était de faire évoluer le label, utiliser nos expériences communes, notre réseau… On a créé un sous label Vandal Ltd pour les sorties « liquid », « footwork » ou « jungle » avec une sortie par mois pour les deux labels depuis deux ans maintenant. Nous avons signé avec des artistes confirmés ou plein d’avenir, une compilation pour les dix ans du label et on prépare le premier album pour LTD cet été et bientôt, du merchandising.

Quels sont tes disques de chevet ? Quels sont tes morceaux incontournables en drum’n bass ?
Mes disques de chevets sont D’angelo « Voodoo », Gangstarr « Hard to Earn », NTM « Paris sous les Bombes », Madvillain « Madvillainy » Frank Ocean, « Channel Orange », John Coltrane « Love supreme », Pearl Jam « Ten » Pharcyde « Labcabincalifornia », « Slum Village « fantastic vol.2 », etc… Mes morceaux incontournables en drum’n bass : Ed rush & Optical « Funktion », Calibre « Drop it down », Dillinja « Friday », DBridge « True Romance », Roni Size et l’album « New forms », Dj Krust « Warhead »…



Ecoutez les dernières productions de Redeyes sur son soundcloud et ou téléchargez son Vandal Podcast #30 ci-dessous.



Interview par Damien Baumal / Photo par Julien