Starwax magazine

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INTERVIEW CHASSOL

INTERVIEW CHASSOL

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Christophe Chassol, compositeur, arrangeur et pianiste de talent formé depuis tout jeune au classique et au jazz, a sorti en 2012 son premier album « X-Pianos » concentré d’images, d’écrits et de production musicale dans une incroyable envolées lyrique, entre boucles, claviers et rythmes électro. Ayant travaillé aussi bien pour la pub ou des musiques de films qu’aux côtés de Sébastien Tellier ou Phoenix, il se laisse aujourd’hui aller en toute liberté. Rencontre avec cet artiste qui relève chaque jour le défi de concilier exigence musicale et plaisir.


Tu as touché à de nombreux styles de musiques dans ta carrière : jazz, pop, rock, hip hop… Alors que tu as une formation classique et un certain bagage théorique. Y a t-il une certaine hiérarchisation dans ta tête, ou toutes les formes de musique se valent-elles ?
J’ai d’abord grandi avec une culture assez élitiste, écoutant jazz et musique classique. Une fausse voie, qui ne m’a fait apprécier que les compos instrumentales pendant de longues années, sans textes, sans chant, car je considérais la musique vocale comme étant nulle (rires). A part The Cure, aucun de mes disques n’en comprenait. C’était stupide. Je me suis séparé de cette idée lorsque j’ai rencontré des autodidactes qui avaient beaucoup plus de sensibilité que la plupart des musiciens. Cedi dit, je pense tout de même qu’il y a des compositions plus exigeantes, plus difficiles à jouer, qui représentent un chalenge. Mais ça ne veut pas dire qu’elles sont mieux que d’autres.

Le sampling ou le djing te touchent-ils ?
Je travaille sur le sample depuis très longtemps. Je les écris moi-même, les assigne à mon clavier et les joue avec une technique pianistique. Par exemple, dans les graves, ils se déclencheront très lentement, et dans les notes plus hautes, ils seront rapides.

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Seulement les tiens ?
J’en produis aussi avec de la matière orchestrale et me les approprie. Le but est, à chaque fois, de savoir de quelle manière ils sont constitués, afin de pouvoir les comprendre. Je ne me permets pas de sampler une matière que je ne digère pas.

Ayant commencé la musique à seulement quatre ans, il est presque impensable que tu ne digères pas certains sons …
C’est vrai ! Dès tout petit, mon père m’a fait réciter les notes, à chaque fois que je m’exerçais. C’est un bon outil. J’entends tout … Cela s’appelle l’oreille absolue. Je peux jouer dans n’importe quel style, avec n’importe qui. De la musique africaine, indienne, pop, tech…

Tout le monde pourrait avoir cette capacité, à condition de faire de même ?
Bien sût ! Ce n’est pas inné, mais de l’habitude. Si, lorsque tu travailles, tu dis les notes, tu finis par associer naturellement aux sons. Et cela vient à toi, sans effort.

Utilises-tu ces répétitions, boucles, auparavant associées aux musiques dites « savantes » dans un but finalement pop ?
Au sens warholien du terme, je dirais. Le minimaliste n’est pas savant, pour moi. Dans les années 60, Steve Reich, Terry Riley ou Philip Glass étaient déjà ouverts. Ils voulaient sortir du carcan de la musique contemporaine, et ont défriché le terrain pour que des types produisent des choses exigeantes, en restant cool.

« J’AI MIS DU TEMPS A DEVENIR ARTISTE, J’ETAIS AUPARAVANT UN ARTISAN. »


Qu’est-ce qui te lie au côté « branchouille » de Tellier ou Phoenix ?
C’est un réseau, nous avons des amis communs. A l’époque, j’étais content d’avoir des tuyaux, d’apprendre des choses avec eux. J’ai mis du temps à devenir artiste, j’étais auparavant un artisan. J’ai donc fait de la pub, et notamment sideman pour des gens de la pop. Je savais cependant ce que j’avais en tête, et me suis toujours dit que c’était eux, qui m’accompagnaient. J’ai même fait découvrir Reich à Phoenix.



« J’ai mis du temps à devenir artiste, j’étais auparavant un artisan. »

Aimes-tu bouger en club ?
Je joue souvent avec Acid Washed. C’est plus fun que d’être devant des mecs aux cheveux blancs, portant des écharpes rouges (rires). Je sors aussi danser, très souvent. Mais j’ai besoin d’une balance, qui me donnera l’obligation d’être sérieux à certains moments. Je respecte énormément les producteurs de musiques électroniques ! Le premier m’ayant impressionné était SebastiAn. J’ai d’ailleurs bossé avec lui, pour la musique du film de Gavras.



Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Après « Nola chérie » (extrait ci-dessus) je suis sur un nouveau film « Indiamore », cette fois centré autour de la musique indienne, pour présenter au festival Elektricity en septembre (live vidéo ci-dessous). J’expérimente un projet autour des joueurs de tablas. En faite, les musiciens disent les onomatopées des sons qu’ils jouent. J’ai harmonisé ces prestations au préalable filmées, mais je pense cela est pour eux sacrilège. A Calcutta, un gourou m’a dit : « Vous ne pouvez pas montrer cela aux gens, ils vont vous crucifier ! ». Il va donc falloir respecter la tradition, tout en proposant quelque chose d’original. La force du film sera de suivre cette contrainte. La Photo ci-dessous a été prise, en avril 2013, lors de la cérémonie de récompense de la CSDEM (Chambre syndicale de l’édition musicale) : respectivement pour Nola chérie, de Chassol en tant que meilleure création originale pour un spectacle et à Bertrand Burgalat en tant que meilleur compositeur de l’année 2012, tout deux signés chez Tricatel.

Par Marie Prieux (Interview extrait du Star Wax n°23)



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