Starwax magazine

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ILLA J INTERVIEW

ILLA J INTERVIEW

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Sept ans après son premier album Illa J, cette fois signé sur le label Bastard Jazz, semble prendre son temps afin de s’approprier une recette de famille. Pour son deuxième album éponyme Illa J est davantage derrière le micro que les machines. Entretien à l’occasion de son passage à Paris.


Quand et comment as-tu débuté dans la musique, par le beatmaking ou le rap ?
J’ai été baigné dans la musique dès le plus jeune âge, grâce à mon père, mes sœurs et mon frère. Tout a commencé pour moi par le chant, j’ai commencé la musique en tant que chanteur. J’ai toujours écrit des rimes, au début je chantais plus que je rappais. Puis je me suis mis à fond dans le Mcing et j’ai commencé à écrire de plus en plus de rimes. Aujourd’hui je m’oriente de plus en plus vers le chant et j’ai voulu montrer à mon public sur cet album que je me dirige clairement vers le chant. Les bases resteront toujours hip-hop. J’ai commencé par la basse en jouant par dessus des boucles de batterie, c’était mes toutes premières productions. Ceci dit j’adore créer des beats !

Est-ce que ton grand frère t’a transmis des recettes secrètes, de famille, pour composer ?
C’est vraiment mon père qui m’a tout appris, par le biais du jazz et surtout avec des a cappella de jazz pour étudier les harmonies et les chorus. C’est en travaillant avec Slum Village que j’ai appris à maîtriser la formule de composition, les arrangements, le rythme et l’écriture.

Tu sais jouer du piano et de la basse mais pratiques-tu le scratch ?
Vous savez quoi, j’ai commencé avec mon frère Jay Dilla qui m’a montré comment se servir des équipements. Mais il ne m’a rien enseigné sur les techniques de Dj car il voulait que je développe mon propre son sans m’inspirer de son style. J’ai un peu scratché mais je ne me considère pas comme un Dj. D’ailleurs quand j’ai aménagé à L.A., j’ai été très gâté car j’ai eu la chance d’être avec les plus grands : J-Rocc, Rethmatic et tous ces grands Djs, donc avant que je me mette à scratcher en public il faudra attendre un moment pour que je sois au niveau.

Quand et pourquoi être parti vivre au Canada ?
En 2006 quand mon frère est décédé j’ai quitté Detroit une première fois pour essayer de retrouver la vibe de mon frère. Comme il est décédé à L.A. je voulais ressentir ce qui l’avait attiré dans cette ville, car c’est un endroit qu’il affectionnait particulièrement. Je voulais continuer ma carrière dans cette ville. Puis je faisais des allers-retours de Detroit à Montréal pour voir ma petite amie. La seconde fois que je suis parti de Detroit c’était pour retrouver ma petite amie, j’ai écouté mon cœur et j’ai donc décidé de vivre définitivement à Montréal, là-bas. J’ai rencontré beaucoup de musiciens qui sont devenus membres de mon groupe, comme le bassiste Jesse et le guitariste Dany, avec qui je ferai ma prochaine tournée. J’ai aussi monté un groupe qui s’appelait Jazzy Splifs, nous avions une résidence au Honey Martin Bar. Mon nom n’étant pas sur l’affiche les gens ne savaient pas que j’en faisais partie. Avec ce groupe nous faisions des reprises de jazz uniquement, moi au clavier et une superbe chanteuse qui s’appelle Jenny.

Qu’est-ce qui a changé dans ta vie depuis que tu es installé à Montréal ?
Une renaissance, une nouvelle expérience qui m’a apporté beaucoup de choses professionnellement, je suis devenu plus en phase dans ma vie en général. J’ai écouté une petite voix intérieure qui me disait d’aller là-bas, je pense m’être enfin trouvé musicalement aussi. Ma plus grande leçon c’est d’avoir écouté mon cœur et maintenant tout arrive plus facilement pour moi, je me sens en paix.

Qu’est-ce que ça t’a apporté de collaborer avec Potatohead People pour les productions de ton album ?
C’était un choix personnel, Franck, du groupe Franck & Dank, travaillait déjà avec Nick et quand je me suis installé à Montréal Franck m’a dit que Nick vivait dans la même ville et que je devrais travailler avec lui. Au début j’ai commencé avec Nick, puis il m’a dit que Nate AKA Astrological allait bientôt venir ici pour quelques mois. Il m’a proposé de faire un échange : je collabore pour leur album et ils collaborent au mien. Ce qui est incroyable c’est que nous avons enregistré l’album en mars et avril 2014 et qu’il est sorti aussi rapidement ! Nous avons beaucoup apprécié collaborer ensemble. Mais s’il y a une chose importante à propos de cette collaboration, c’est le fait que j’avais l’impression que mon frère nous guidait spirituellement, quand j’étais en studio je sentais son énergie. Le swing et l’approche sont vraiment très proches de celle de mon frère tout en gardant un style propre. Je pense que nous allons très bien ensemble musicalement parlant.

Tu n’as composé aucune production ?
Oui c’est exact, c’était un choix pour cet album car je voulais me concentrer uniquement sur l’écriture et sur ma voix. Mais sur mes futurs albums je produirai des titres et je continuerai à travailler avec la même équipe car c’était super.



Quelles machines ont servi à composer cet album ?
Je sais que la majorité de l’album a été réalisé avec Ableton. Personnellement j’ai commencé à faire des beats sur un programme nommé Adobe Vision. Un logiciel qui n’était pas un logiciel adapté pour faire des beats. C’est sur Pro Tools que je me sens plus à l’aise. Même si j’ai Logic et GarageBand, Pro Tools reste mon préféré. Pour cet album tout a été fait sur Ableton comme beaucoup de projets qui sortent aujourd’hui. Tout a été enregistré en live, le piano, la guitare. Si tu écoutes « Sunflower » les producteurs ont joué de la basse, de la guitare.

As-tu une préférence entre le rap et le beatmaking ?
J’aime les deux. Chacun d’eux ont des processus différents. J’apprécie la progression naturelle de faire de la musique. Souvent je débute mes morceaux en jouant au piano les refrains avec des accords que j’aime et que je ressens. J’ai deux façons de procéder, je garde l’écriture de mes paroles séparée, puis soit je compose un beat et j’enchaîne les autres instruments, soit j’aime faire plein de paternes différentes en une fois puis faire une pause pour revenir dessus avec le reste de la production. J’aime vraiment les deux.

Les femmes sont un sujet prédominant dans ton nouvel album, pourquoi ?
Je ne sais pas mais j’aime écrire sur les femmes. J’ai grandi en écoutant beaucoup Prince, Il faut savoir qu’il est mon artiste préféré de tout les temps ! Parfois j’imagine qu’un jour j’aurai un public à dominante féminine et que mes concerts seront de longues sérénades et des chants au piano comme Prince. J’ai grandi avec la soul des années 80, des chansons sur l’amour par des artistes comme Marvin Gaye et Stevie Wonder. C’est une influence musicale majeure chez moi.



Que connais-tu à propos du French kiss ?
Cette chanson est vraiment inspirée par ma vie à Montréal. C’est une autre vibration. C’est difficile d’expliquer mais en gros, adolescent à Detroit, je ne connaissais que les femmes de là-bas. Et quand tu as la chance de voyager dans le monde et de rencontrer beaucoup d’autres femmes, cela change ta perception des femmes. Ce morceau parle de mon regard d’enfant de Detroit qui découvre les belles femmes françaises qui m’ont vraiment scotché, et même si je ne comprends ce qu’elles disent, je trouve leur accent craquant. C’est mon admiration pour les femmes françaises qui m’a fait écrire ce titre.

Tu sembles prendre ton temps pour enchaîner les albums. Illa J est sorti sept ans après « Yancey Boys », est-ce volontaire ou pas ?
J’ai pris sept ans parce que même si je faisais des projets en solo j’étais très pris avec Slum Village à faire des tournées, des mix tapes. J’ai aussi eu la sortie d’un Ep produit par Mike Floss en 2009. Une grande partie de la raison pour laquelle il y a eu autant de temps entre les deux albums était parce que c’était compliqué de tourner avec un groupe et de travailler comme un artiste solo en même temps. J’ai beaucoup aimé faire de la musique avec Slum Village, j’ai commencé dans le business en tant qu’artiste solo et c’était important pour moi d’y revenir, car je pense que j’avais beaucoup d’autres choses à dire en tant qu’artiste. Je suis heureux d’avoir eu cet intervalle de sept ans, car j’ai eu le temps de mûrir en tant qu’artiste et de me relancer sur la scène hip-hop, j’ai plus de choses à montrer et j’ai pris plus confiance en moi. Maintenant je peux dire yooo Illa J c’est ça, j’assume complètement ce que je suis et ce que je fais. Pour mon premier album j’étais tellement excité que je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Mais pour le prochain album, l’attente ne sera pas si longue, à priori l’année prochaine ! Si tout ce passe bien.

Parfois ça doit être délicat d’être le frère de. Selon toi qui attend le plus de toi, ta famille, tes proches, tes fans ?
C’est mon père avant tout, c’est mon compositeur préféré et une grande inspiration pour moi. Si je peux l’impressionner avec une idée musicale c’est parfait pour moi, j’en serais très heureux.

Qu’est-ce que tu as appris en tournée avec Slum Village ?
J’ai appris à m’adapter sur scène, à la chorégraphie scénique. D’ailleurs quand j’ai commencé un duo rap avec T3 et Dj Flores j’ai pu remarquer l’importance de l’organisation sur scène avec nos déplacements respectifs. Cela semble simple mais c’est très important ! J’ai beaucoup appris sur l’enregistrement avec Slum Village notamment sur l’expression orale, le ton de la voix qui doit rester sur le même feeling pour un titre précis. Tu peux commencer à rapper de façon hype au début du couplet puis perdre l’énergie du début et à la fin du couplet ça devient nul. J’ai donc dû apprendre à rester sur le même niveau vocal tout le long d’un titre et ça semble être très facile mais en fait c’est difficile à maîtriser. Maintenant je le fais naturellement, mais j’ai dû m’entrainer tellement de fois et recommencer encore et encore. J’ai enfin confiance en moi quand je rappe.

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Où as-tu rencontré Moka Only ? Et pourquoi l’inviter sur trois titres ?
En fait je l’ai rencontré à Vancouver où j’avais un concert avec Nick et puis il est revenu beaucoup plus tard à un de nos concerts parce que Nick était proche de lui. Ils sont tous les deux de Vancouver, alors quand nous enregistrions l’album, il me jouait quelques titres de Moka Only et j’ai découvert que sa voix allait parfaitement avec la mienne. Même si il a enregistré ses couplets à Vancouver, si tu écoutes l’album tu as vraiment l’impression qu’il était avec moi dans le studio, j’aime vraiment sa vibration c’est vraiment la combinaison parfaite.

Avec qui aimerais-tu collaborer pour ton prochain album ?
J’aimerais beaucoup avoir un titre avec Pete Rock. Pour ce qui est du chant, Eryka Badu. Je vais tout faire pour que ça se concrétise avec elle.

Achètes-tu des vinyles ?
Je n’ai pas acheté de vinyles depuis longtemps car je ne sample plus depuis un moment. J’utilise un clavier, une guitare, une batterie, je programme ma musique. J’achète des Mp3 car c’est plus pratique pour moi, je peux les écouter facilement avec ma tablette.

Le premier disque que tu as acheté ?
Le premier disque que j’ai acheté est « 1999 » de Prince. Cet album est juste fantastique !

Propos recueillis par Ness / Photos Cosh…