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INTERVIEW DE FATBABS

INTERVIEW DE FATBABS

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Fatbabs est un énième beatmaker qui prouve que l’on peut réussir dans la musique en tant qu’autodidacte. Grâce à son étroite collaboration avec Naâman, une figure emblématique de la nouvelle génération d’artistes reggae français, ils ont bousculé les classements avec « Rays of Resistance ». Disque d’or en poche, il continue son joyeux parcours en sortant un album de producteur. « Music is For Kids » est l’étendard de Fatbabs, qui vit sa passion rarement seul.


As-tu débuté par le Djing ou le beatmaking ?
J’ai débuté par le Djing en 2008, la platine de mon père s’en rappelle encore, la pauvre ! J’organisais des petites soirées par chez moi, on s’amusait entre potes. Trois ans plus tard, je télécharge mon premier soft. Depuis ce jour, je n’ai jamais arrêté de produire.

Finalement, tu as rapidement assimilé comment produire et tourner. Comment s’est passé le cheminement ?
A vrai dire, je ne suis pas hyper doué de mes mains. Jouer de la musique me paraissait insurmontable, mais j’ai vite appris que ce n’est pas indispensable pour en créer. C’est d’ailleurs grâce au sampling que j’ai pu appréhender la production. Pour l’anecdote, c’est ma femme qui m’a donné la force d’y croire, quand on vivait en Espagne. Elle a cru en moi et m’a juste dit : « Mais pourquoi tu ne te lances pas ? »

Tu sembles marcher dans les pas de Wax Tailor, Chinese Man ou L’Entourloop. As-tu décidé de te démarquer ?
Effectivement j’admire le parcours de ces gars. Mon mentor c’est 20Syl. J’essaie d’utiliser les mêmes techniques, sons, ambiances afin de créer une touche Fatbabs, une empreinte reconnaissable. Je mélange aussi beaucoup le sampling et les instruments analogiques, c’est vraiment la direction qui me plaît le plus depuis un moment. Dans tous les cas, à chaque fois, ma priorité est d’apporter de l’âme à ma musique, afin qu’elle soit reconnaissable, qu’un feeling s’en dégage.

Les adultes sont trop souvent machiavéliques, est-ce pour cela que tu as appelé ton premier album « Music is For kids » ?
Tout à fait, il est temps de faire confiance à la jeunesse. Selon moi, l’innocence et la naïveté sont des grandes qualités. Le monde dans lequel on vit impose certains codes qui parfois freinent l’imagination. Il faut savoir s’en défaire et se laisser aller. Dans mon processus de création, beaucoup de bonnes choses arrivent grâce à des erreurs, à des tentatives un peu farfelues. Il ne faut pas avoir peur de se tromper pour créer. « Music is For Kids » représente l’état d’esprit dans lequel je suis quand je produis de la musique.

Quelque chose m’échappe. Il existe deux versions de ton album ou c’est juste une version instrumentale qui est sortie le 1er mai ?
Oui, c’est la version instrumentale de « Music is For kids », à laquelle j’ai rajouté un titre exclusif, « Playground », une petite balade en hommage à mon dernier voyage en Inde. Je suis super content de pouvoir proposer cette version aux auditeurs. J’ai toujours été très attaché à la musique instrumentale.

Comment as-tu défini le casting de toaster et de Mcs ? Vas-tu souvent en Jamaïque et est-ce là-bas que tu as rencontré Sizzla, présent sur ton album ?
Il y a deux manières. La première, c’est grâce à notre réseau. Naâman, Jahneration, Marcus Gad, Madeline, Rachel Lacroix, Naë font partie de notre réseau. Et pour la seconde, j’ai simplement appelé des artistes auxquels je suis attaché musicalement : Sizzla, Johaz, Soom T, Demie Portion… Je suis allé une fois à Kingston, en 2012, mais la collaboration avec Sizzla s’est faite à distance. J’adorerais y retourner, c’est une île incroyable et tellement riche pour la musique. C’est incroyable cette abondance d’artistes de qualité, quand on connaît la taille de l’île.

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Adil Smaali, sur le titre « Enfants de la Terre », est un choix singulier. Pourquoi ce choix et comment l’as-tu rencontré ?
Je l’ai rencontré via Naâman et je trouve que c’est un artiste doté d’un très grand talent. Je tenais à l’inviter sur le disque pour amener son univers unique. Il joue d’ailleurs du gambri (instrument de musique à cordes pincées des Gnaouas, ndlr) sur le morceau, ce qui accentue le voyage. Le titre est une ode à l’Afrique, que je connais peu mais que j’ai très hâte de découvrir. Notre voyage au Mozambique cet été m’a tout simplement donné envie d’y retourner vite.

Tu es plutôt samples, synthés ou trompette ?
J’aime tout ça en même temps, mais je dirai le sampling car c’est ma manière de transformer pour créer. J’ai grandi en écoutant Premier et Rza, ça aide ! Le sampling me permet également de découvrir des musiques du monde entier. Je digue très souvent en voyage ou chez Groove Store Rennes. Si j’avais eu un instrument à apprendre, j’aurais choisi la trompette ! Qui sait, il n’est jamais trop tard…

Peux-tu nous expliquer ton processus de production, quelles machines utilises-tu ?
Je bosse toutes mes prods avec Native. J’utilise le Maschine studio que j’avais gagné lors du « Prhyme contest », une compétition de remix d’un titre de Dj Premier et de Royce. Elle a donc toute une histoire. Dès que j’ai un truc cool, je le rentre dans Pro Tools et rajoute des instruments joués par notre équipe de super musiciens. Une fois tout cela réuni dans le soft, je fais mon savant mélange puis j’envoie les sessions au mix.

Beaucoup de producteurs ont du mal à décider quand un beat est fini ou non, comment sais-tu quand une production est prête à sortir ?
Quand mon manager me le dit !

Peux-tu nous parler du concept de ‘Dig This’, ta série de vidéos sur ta chaine YouTube, le concept est de révéler des samples mais la source n’est pas mentionnée ?
L’idée est venue durant une tournée dans le Pacifique. On allait traverser une dizaine de pays alors on en a profité pour filmer une série de freestyles. Un concept simple : un bête de spot, un invité et ma boîte à rythme pour une jam instrumentale. C’était une expérience de fou. Et finir à Rennes après avoir fait Tahiti, Auckland, Los Angeles, c’était un beau clin d’œil. Le but des vidéos était de mettre en avant tant les invités, que ma manière de bosser et surtout de partager toujours plus de musique avant la sortie de MIFK. Effectivement, on ne reconnait pas trop de samples. Mais, par exemple, pour le «Dig This Melbourne », j’ai utilisé le début de piano de GoldLink, quand il reprend « Roses » d’Outkast pour la BBC.


Justement, ta session à Rennes avec Dj Adjectif au scratch, ci-dessus, est superbe.
Le scratch est-il important pour toi ?

Bien sûr, j’en ai toujours mis dans mes prods. C’est d’ailleurs pour cela que j’admire 20syl car il a réussi à amener le scratch au top des charts avec C2C. Par contre, je ne suis vraiment pas doué, alors je collabore toujours avec mon fidèle Dj Adjectif, champion DMC en titre, un tueur !
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Selon toi, qu’est-ce un Dj set bien cousu ?
Un set où les gens dansent tout le long. Et quand tu arrêtes, tout le monde crie : « Une autre ! » La communication est aussi le maître-mot d’un bon Dj set, sans forcement parler, utiliser ses yeux pour inviter les gens à se laisser aller, sans stress. Etre au même niveau que le public.

Si tu devais remplacer tes platines techniques MKII, quel équipement utiliserais-tu? Et pourquoi ?
Des CDJ2000 car c’est idéal quand tu n’as pas beaucoup de temps pour te setup.

Tu es Normand, pourquoi as tu choisi de vivre à Rennes ?
Je n’ai pas trop choisi, j’ai suivi le flux de la vie et je n’en suis pas déçu. Depuis peu, j’ai emménagé à Dinan, plus proche de la mer. Je suis très attaché à l’Ouest en général. J’y trouve les qualités que j’affectionne chez les gens, simplicité et générosité. En plus, c’est quand même la région des festivals.

Lorsque que je vivais à Rennes, il y avait une dynamique de la part de collectifs afin de proposer une alternative à l’Ubu, au profit des salles éloignées du centre-ville, qui sont mal desservies par les transports en commun nocturnes. L’offre a-t-elle évolué ?
Je sais qu’une nouvelle salle a vu le jour « Le MeM ». C’est un chapiteau, le Magic Mirrors avec une bonne programmation. Et il y a une guinguette en entrée libre. Vu que j’ai bougé, je ne suis pas trop au courant.

Ta date à l’Olympia, mi-mars, a été annulée, est-elle déjà reprogrammée ?
A l’heure actuelle, le concert est reprogrammé au 9 Octobre 2020. On espère que tout se passera comme prévu…

Ton lieu de rêve pour faire un live ?
Au Mont-Saint-Michel, le dernier à l’avoir fait c’est Jean-Michel Jarre en 1993. (Laurent Voulzy a également fait un concert en septembre 2019, ndlr).

Ta découverte technique pendant le confinement ?
Appréhender des batteries acoustiques. Ce n’est vraiment pas évident à placer dans un mix, et bien les traiter, mais j’apprends. Le confinement fut super propice à la création, me concernant.

Ton souvenir musical le plus marquant ?

Notre concert à l’Olympia avec Naâman, c’était magique. Remplir cette salle avec nos familles respectives présentes, les lettres rouges, l’histoire de l’endroit…. Je n’ai pas trop de mots, c’était un bonheur indescriptible.

Quelles sont les derniers albums ou titres qui tournent en boucle chez toi ? Et ça tourne sur quoi ?
« Circles » de Mac Miller, « Shake the Snow Globe » de Russ, « Partymobile » de Partynextdoor ou « Collie buddz » Collie buddz. Android, ordinateur ou platine, la musique est partout chez nous.

Tu as déjà un beau parcours mais c’est encore le début. Qu’espères-tu par la suite ?
Tout simplement que cela continue. La vie en musique c’est quand même super cool !

Par Supa Cosh… / Photos par Kevin Smith