Starwax magazine

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INTERVIEW DJ PHANTOM

INTERVIEW DJ PHANTOM

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Beatmaker polyvalent, produisant de la house, du hip hop, de la dubstep ou encore pour la télévision, Dj Phantom est avant tout un passionné de soul et de hip hop. Figure incontournable de Tours, il enchaîne depuis plus de vingt ans des collaborations studio ou scéniques. Son long Cv est synonyme de nombreuses rencontres avec des musiciens de jazz, des rappeurs français et américains ou encore avec des Djs qu’il croise lors de ses performances en club. À l’occasion de son nouvel album « Seven » entretien avec un inlassable Dj qui a décidé d’emporter ses platines dans sa tombe.


Lorsque tu étais au conservatoire quelles musiques écoutais-tu ? Et en quelles années ?
J’avais huit ans quand j’ai commencé le conservatoire (j’en ai 42 aujourd’hui), donc en gros, je n’en écoutais pas beaucoup. J’avais dans ma chambre le premier album k7 de « Kiss », je kiffais quitte à foutre ça à fond. Ca faisait hurler les parents.

Musicalement, outre ton apprentissage d’instruments de musique, tu affectionnes la soul, la funk, le hip hop mais aussi la house puis la dubstep. As-tu produits de la dubtsep et, selon ton processus de beamaking, qu’est-ce qui est différent entre la house, le hip hop et le dubstep ?
Pour la house j’ai commencé à produire ce style car je suis ouvert à toutes les musiques. Avec mon ami de longue date Dj F.E.X on a sorti quatre maxis tous les deux, dont un très connu du grand public en 2002 : « Indie Walk ». Pour le dubstep, c’est en découvrant ce style que j’ai été séduit par la puissance des basses, et d’ailleurs pour moi j’entendais du hip hop dedans. Ma maison de disque m’a proposé de sortir une compile, puis un album, et puis j’ai été très déçu de la mentalité de certains dans cette musique. Chacun pour soit… moi qui suis dans le partage. Donc bref j’ai lâché très vite le truc. Pour moi ce style n’était qu’une aventure sans lendemain, une expérience. Et tant mieux, le hip hop est bien plus riche de par sa culture, incomparable à tout autre style musical. Et quand à la manière de bosser ces deux styles (house et dubstep), c’est à la manière hip hop. Le beat et la basse devant.

Finalement est ce que c’est la house musique ou le hip hop qui t’as fait le plus vivre, en tant qu’enrichissement personnel et financièrement ?
Les deux. Et puis quand je fais de la musique, je ne pense pas tout de suite à ce que ça peut me rapporter financièrement. Je vis le projet à fond, jusqu’au bout. Après, si ca marche tant mieux, et si ca ne marche pas et bien tant mieux aussi, c’est ma façon à moi de rebondir. Et puis j’ai considérablement élargi ma technique de travail car je compose aussi pour la télévision aujourd’hui, avec France 2 (Un jour, un destin), avec le groupe M6 ainsi qu’avec d’autres chaines câblées. Tout ça mis bout à bout, on va dire que c’est cool.

Tu scratches toujours aussi bien dans ton dernier album. Seras-tu le 24 janvier parmi les nombreux Djs pour battre le record du monde de jam de scratch homologué au Guiness des records ?
Merci pour le compliment. Évidement je continue toujours la pratique du scratch, j’adore ça mais non, je ne serai pas à ce rendez-vous. Une soirée pleine de scratchs à la fin c’est insupportable. Il y a quelques années j’avais participé à la soirée de remise de victoires des DMC au Rex à Paris. J’en avais pris pleins les oreilles et plein les yeux mais à un moment j’en pouvais plus (rires). Mais je big up l’initiative du 24 janvier car les jeunes Dj’s d’aujourd’hui, qui ont un niveau impressionnant pour certains, pourront avoir une exposition qui n’est pas négligeable, surtout dans une biographie d’artistes comme eux.

Pourquoi avoir appelé ce nouvel album « Seven », n’est-ce pas ton quatrième album ?
Et bien non c’est réellement le septième d’où le nom de « Seven », tout simplement.

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« Seven » sort-il en vinyle ? Que penses-tu de l’engouement pour le vinyle et les cassettes audio ?
Cet album ne sortira qu’en format numérique et il a été conçu de manière à ce que les Dj’s qui utilisent Serato, ou d’autres logiciels utilisant le vinyle, le joue sur ce support car il y a des instrumentaux. Ainsi les mecs pourront triper et scratcher dessus s’ils aiment les sons. Au sujet du retour du vinyle, je trouve ça bien très bien même. Mais il n’y aura plus autant de sorties sur ce support comme nous l’avons vécu dans les années 90, les meilleurs années pour ce support d’ailleurs. Mais je trouve ça plutôt bien pour les kiffeurs du vinyle. Pour la k7 audio c’est différent, son utilisation est différente mais le support amène une nostalgie des belles années de la musique en général.

En ce moment tu fais souvent des dates avec Smells Like Dj Team. D’ailleurs l’intro de « Seven » s’intitule « Smells Like Hip hop ». Quel type de son jouez-vous dans ces soirées, une anecdote ?
Un réel plaisir de faire partie de cette équipe avec Sidney, Solo, Mr Rocket et An’so à qui je dédicace cette interview. En soirée c’est juste fou. On fait découvrir pour certains, et revivre pour d’autres, les premières block party. Et tout ça animé au micro par Sidney qui met une dynamique incroyable en live. Nous avons à nous trois une palette de sélections très large et variée et d’une très bonne qualité, appréciée de tous. Et les gens sont nombreux à nous dire « Putain ça faisait longtemps et ça fait du bien merci ». Donc à chaque fois c’est mission accomplie.

Comment as-tu opéré pour les guests rappeurs français et américains ?
Et bien ce sont tous des potes donc j’ai juste eu à leur proposer d’en être et ils ont accepté de suite.

Quels instruments et machines ont servi pour produire « Seven » ?
Comme pour les précédents projets, Logic audio et les idées qu’il y a dans ma tête.

Est-ce que ton processus de production a évolué ces dernières années ?
Avant j’avais beaucoup de machines et tout était couché sur 24 pistes, tout cela a changé aujourd’hui avec du matériel actuel, réduit juste aux machines. Le reste est encore une fois dans ma tête. Et ça sonne comme j’ai envie que ça sonne.

Depuis plus de vingt ans de Djing comment trouves-tu encore du plaisir derrières les platines ?
C’est une vraie question ça ! La question ne se pose même pas et ce depuis 28 ans bientôt. Je ne conçois pas un jour ne plus aimer ça, j’ai commencé derrière les platines et je finirai au même endroit.

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Est-ce le décès, il y a quelques jours, de Blowfly ou de David Bowie qui t’as marqué le plus ?
Je n’écoutais pas Blowfly. Mes parents écoutaient David Bowie. Donc je connais ses morceaux mais on ne peut pas dire que j’en étais fan non plus. Mais il y a eu quelques disparitions qui, elles, m’ont vraiment touché comme Guru, Jam Master Jay, Jay Dilla ou le king of soul James Brown. Et on ne parlera pas de Michael Jackson.

Depuis tes premiers pas dans la culture hip hop, au début des années 90 à Tours, comment la scène a évolué ?
La scène a évolué bien évidemment. La seule chose qui manquait et qui est en train de revenir c’est le Dj qui performe dans le live, car à l époque le Dj avait une très grande place, au même titre que le Mc. Et ces dernières années on ne voyait plus trop ça. Les seuls Djs à avoir gardé cet état d’esprit et cette implication sont les Djs de notre génération qui sont nés ou quasi-nés dedans et qui ne conçoivent pas le show autrement. J’ai tourné et tourne encore avec pas mal de groupes ou formations, dédicace à Nivek. Et je peux te dire que c’est exactement comme ca que ça se passe. Le Dj est là, il fait partie du show mec !

La quarantaine passée penses-tu à la passation de ton art ?
Wai… Dans mon cercueil, et même dans l’au-delà car ce jour là, le plus tard possible évidement, il sera aménagé pour que je parte avec mes Technics. Et là haut je ferai les plus grosses soirées avec, en guests, Jay Dilla, James Brown, Biggie et tous les autres. La musique continuera mais ailleurs.

Tu as également fait du graffiti, t’intéresses-tu au street dance ?
Un bien grand mot le graffiti. C’était du tag sans prétentions aucunes. J’ai bossé avec quelques compagnies et j’en place une pour mon frère Shag avec qui je bosse sur plein de projets danses urbaines, battles, shows, etc.

Pour finir as-tu écouté le dernier album « Classique » de Dee Nasty ? Qu’en penses-tu ?
Pépite du hip hop. Du old school comme on l’aime ! Pas fan du track avec Rachid Taha mais bon. Daniel c’est notre tonton à nous, la bible des Djs du hip hop en France. Éternel respect.

Par Supa Cosh…