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V-A / COSMIC MACHINE : THE SEQUEL

V-A / COSMIC MACHINE : THE SEQUEL

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V-A / COSMIC MACHINE : THE SEQUEL

album

Tout érudit a un jour rêvé de mettre en lumière les pépites de fonds de tiroir. C’est ce qu’a fait Olivier Carrié, alias Uncle O en éditant les morceaux majeurs de la triste époque de la Library Music en France dans une compilation appelée « Cosmic Machine » et dont les rouages sont sacrément rouillés. C’était en France dans les années 1970. Les citoyens avaient voté Pompidou et la Library Music était tout juste parfaite pour infiltrer insidieusement le cerveau du français moyen accro aux programmes télé. Légèrement moins ambitieux que Lenny Kaye, son auteur semble avoir été frappé par la malédiction qui le hantait. Le ciel a dû lui tomber sur la tête. Comme pour tout bon Gaulois.

J’espère qu’un jour aucune compil’ ne répertoriera les jingles d’ « Attention À La Marche » ou du « Bigdil ». Oui je sais ça paraît complètement fou mais « Cosmic Machine » rend pourtant hommage à la Library Music de l’époque, c’est à dire aux musiques -ce terme ne plaît guère mais il lui va comme un gant de magicien- utilisées pour faire jolies dans les programmes télévisuels de l’époque. On doit ce projet à Uncle O donc et on est en droit de se demander pourquoi ce mélomane, auteur de « Shaolin Soul » qui -on le remercie- a permis aux fans du Wu Tang Clan de découvrir The Charmels, a-t-il décidé d’exhumer les prémices de la musique électronique Française ? Parce qu’à côté de cet illuminé projet, Kraftwerk fait l’effet d’une claque au moins autant que « I Wanna Be Your Dog » à sa sortie et Laurent Garnier, un véritable génie. Les prémices donc mais qui ne donnent pas l’impression d’avoir inspiré qui que ce soit, peut-être La Femme. Je n’ai jamais été fière ni honteuse de mon pays mais si il y a bien une chose qui me donne envie de finir ma vie au fond de mon lit comme après une grosse humiliation, c’est bien sa musique contemporaine. Même si Arthur H passe à la radio, on se demande comment la compilation « Cosmic Machine » a pu exister ou être éditée 40 ans après l’enregistrement de ses titres, quand on sait que le jazz a eu beaucoup de mal à s’imposer en France et que Claude Brulé nous rappelle dans une de ses chroniques de Février 1963, « Enragés De Guitare », que le rock’n’roll aussi. Peut-être aussi parce que la pochette est signée Philippe Druillet et que c’est une œuvre d’art. Cette compilation sonne comme une anomalie dans le catalogue du label Because qui est à l’origine de cet ovni tristement appelé « A Voyage Across French Cosmic And Electronic Avantgarde » – le mot avant-garde est évidemment à prononcer avec accent. Drôle d’épitaphe pour un projet qui se veut reprendre les codes de l’univers classieux du psyché US en y ajoutant des mots français, pour la French Touch, évidemment. Et pour le synthé c’est pareil : à défaut d’être incroyable quand il est pensé et manié par Roky Erickson des 13th Floor Elevators, il nous dévoile d’autres de ses propriétés qui nous donnent vraiment envie de finir au treizième étage de l’ascenseur. On en voudrait presque à Léon Theremin d’avoir inventé l’instrument éponyme ayant certes aidé les Beach Boys mais aussi à la composition de la B.O. d’Inspecteur Barnaby. Beaucoup de questions donc.

Si je m’apprête à donner quelques exemples des « musiques » de cet album, au moins la moitié, pour ne pas dire toutes, vous donneront l’impression de pousser vos expressions vers celle d’un imbécile heureux. Si l’album dans son ensemble est un tout édulcoré et poli de simplicité, le premier morceau de l’album, lui, n’annonce rien, à part que Pascal Comelade est capable de faire la même musique qu’un enfant avec un synthétiseur Bontempi. Rosebud, en faisant un tribute album à Pink Floyd, fait honte à Charles Foster Kane et figurerait peut-être dans les symptômes du dossier psychiatrique de Syd Barrett. Les Soucoupes Volantes Vertes de Heldon, fondées par Richard Pinhas, ancien étudiant en philosophie qui semble plus s’inspirer des Envahisseurs que de la profondeur des travaux philosophiques de son professeur, Gilles Deleuze. La compilation se clôture sur « Moins Banal/ Interlude, Ou Impromptu » de Pierre Schaeffer, directeur de l’incroyable Groupe de Recherches Musicales, mais dont la musique se rapproche un tantinet de ce qu’il fait : de l’expérimentation. « Cosmic Machine » en fait c’est un peu ça, un catalogue de choses difficiles à définir qui s’est essayé à innover et a sans doute nourrit nombre d’artistes par la suite. Finalement, l’innovation est un terrain dangereux dont les audacieux initiateurs ne récoltent pas forcément les fruits. Mais si la France désigne aujourd’hui cet album comme une avant-garde radicale, elle était certainement plus intelligente en Mai 68.

Sachez qu’une compilation de remix est à venir puis la release party est prévue le 14 mai à la Gaité Lyrique en présence de Lindstrøm (live), Andre Bratten, Uncle O, et Clara 3000 !



Par Mona Gautier