Starwax magazine

starwax magazine

EXPOSITION / HIP-HOP 360

Posté le
Pour le premier semestre de l’année 2022 La Philharmonie de Paris met le mouvement Hip-hop à l’honneur en produisant Hip-hop 360, Gloire à l’Art de Rue. Même si l’exposition débute habillement en rendant hommage aux pionniers du Bronx, à Nyc, dans les années 70, l’ambition est de valoriser surtout l’histoire du mouvement en France. Je te conseil de prendre ton casque audio et un adaptateur gros jack (6.35mm), mais si tu n’es pas équipé La Philharmonie prête des casques. Et si tu prends le temps de plugger ton casque dans les bornes d’écoutes afin de profiter de l’aspect immersif de l’expo tu peux facilement rester quatre à six heures à contempler, (re)découvrir la beauté des photos, vidéos, Boombox, et autres objets de collections… ou encore des installations exclusives. Toutes les disciplines du mouvement sont valorisées. C’est un gros travail d’archives réalisé par François Gautret, le commissaire de l’expo. Mais il y a peu de contenu sur les dix dernières années, pourtant prolifique, et la seule place des médias est réservée à la radio… Malgré ces petits bémols c’est riche d’histoire ! Une visite de Hip-hop 360 est chaudement conseillée avant le 24 juillet, 2022. Elle est gratuite pour les moins de 16 ans, sinon c’est 12€ | 10€ (26 à 28 ans) | 7€ (16 à 25 ans, minima sociaux). Allez hop c’est par ici pour prendre ton billet. A noter, en parallèle, un concert unique, de deux heures, de Kery James dans la Grande salle Pierre Boulez – Philharmonie le vendredi 4 février. Puis le Battle of Legends, le samedi 5 février, 2022, à 16h30. Du lourd ! En complément trouves ci-dessous une vidéo de Star Wax filmée lors l’inauguration le 17 décembre dernier.

Par Invisibl Journalist / Photo header par Sophie Bramly ©

702_hiphop360-02
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Star Wax (@starwaxmag)




STARSHIP LOOPERS INTERVIEW

Posté le
L’histoire de Starship Loopers débute en 2015 lorsque six potes Djs décident de s’unir. Offmike, Zio John et R3mi, les trois beatmakers du collectif, après avoir mûrement réfléchi, lancent en orbite, début 2022, leur premier album éponyme. ce projet instrumental est un voyage en milieu interstellaire. rencontre dans la cabine du vaisseau des trois cosmonautes, à ma grande surprise, posée dans les anciens studios de top master.


Avez-vous grandi dans un environnement musical ?
Offmike : Mon père était musicien, il jouait de la kadans (cadence en français – ndlr), une musique traditionnelle de la Guadeloupe, donc j’ai toujours été intéressé par la musique. Ma mère ne voulait pas que je fasse de la musique comme mon père. Mais j’ai débuté le rap en 96, j’avais quinze ans. Depuis la maternelle, je connais Busta Flex, le type qui a révolutionné le rap en France… C’est lui qui m’a fait découvrir le rap. Au début je ne lui ai pas dit que je rappais… Après j’ai été chez Phat Staff qui avait une Mpc. Mais j’ai appris seul le beatmaking, d’abord en allant à la SAE pour apprendre les techniques du son. À partir de 2001, j’ai acquis mes machines, fait des nuits blanches pour apprendre, faire des beats, acheter des machines et je n’ai jamais arrêté depuis.
Zio John : Je n’ai pas grandi dans un environnement musical familial mais j’ai un oncle qui m’emmenait dans les club de jazz en Italie quand j’étais enfant. Ainsi j’ai découvert Weather Report et je crois que ça m’a marqué car, par la suite, j’ai eu en tête de faire un projet de fusion, dans l’esprit du jazz rock des 70’s, avec des morceaux à rallonge… Après, adolescent, vers douze ans, j’ai commencé par le rap pour remonter jusqu’à la source. D’abord en tant que Mc au sein du groupe Eclektik, ensuite beatmaker (il a fait des beats pour Sinik, L’Skadrille, Intouchable, Grain de Caf… – ndlr). Puis je suis devenu Dj et à la fin musicien (basse, contrebasse – ndlr). Sinon en 2007, j’ai aussi coproduit le projet « Melting Pot », un coffret Cd / Dvd qui a réuni la scène hip-hop alternative parisienne…
R3Mi : Je n’ai pas du tout de musicien dans mon cercle familial. J’ai grandi en Guadeloupe mais pas dans un environnement musical alors que je suis un hyper sensible au son. Adolescent, vers quinze ans, je voulais être Dj, puis beatmaker suite à l’arrivée d’un ordinateur dans ma vie. Je suis arrivé en métropole à vingt ans. Et là, la musique a commencé à avoir une grande place dans ma vie. Je suis un gros perfectionniste et je ne supportais pas de créer des beats imparfaits donc j’ai appris la technique du son afin que ça sonne mieux. Je suis passé de la compo au mix jusqu’aux techniques de mastering, et je suis devenu ingé son de métier.

Parlez-nous des soirées Jazzeffiq, c’est là que vous vous êtes rencontrés…
Mike : Jazzeffiq c’est un collectif que j’ai créé. Les soirées ont débuté en 2008 aux Cariatides puis aux Coulisses… A chaque soirée, on faisait une mixtape format Cd pressée chez moi, dans laquelle il y avait quatre de mes sons et on donnait les disques aux 100 premiers qui rentraient dans la salle.
Zio : Moi j’étais fan des soirées Jazzeffiq, j’y allais. R3Mi aussi et nous avons commencé à nous croiser pendant plusieurs années.
Mike : En 2013, j’ai lancé aussi les soirées The Beat Corner et le beatmaker était la tête de la soirée, le chef d’orchestre…
Zio : Je connaissais R3Mi puisque nous avions fait des beats pour l’album de Leslie Phillips, une chanteuse nu soul. Et, à un moment donné, à partir de 2015-2016, nous nous somme réunis sous le nom de Starship Loopers. Puis nous avons lancé les Turfu Party à L’Etage, puis au Batofar en mode Future Beats, chill trap, hip-hop, nu soul, house… Au départ, c’est un crew de Djs composé de Fuki Sama, un ancien danseur de Torcy, Dj Kakashi, Dj Enjay, puis nous trois. À l’époque, lorsque l’on regardait les crédits, on se rendait compte qu’il y avait cinq, six, sept voir jusqu’à dizaine de personnes créditées pour une prod de hip-hop pouvant paraître très simple pour une personne non avertie. Mais c’est ce qui fait que chaque personne apporte un bout du beat et il y a de l’impact dans la prod. L’idée c’était d’aller plus loin tous les trois et de sortir de sa chambre. Fini d’être seul face à une machine. L’album “ To Pimp a Butterfly ” de Kendrick Lamar, Weather Report et Kaytranada sont nos influences.

Pourquoi le nom Starship Loopers ?
Zio : Parce que Starship Troopers, c’est un film de science-fiction des 90’s. Et aussi pour le délire future beat.
Mike : Puis parce que nous n’utilisons plus ou peu de samples mais nous enregistrons nos propres boucles. Et le côté évolutif est très important dans nos morceaux. C’est un vaisseau qui est dans l’espace et il y a un moment où tu tombes sur une météorite et il faut driver, alors ça change soudainement d’atmosphère tout en restant dans la même mélodie. Zio : Si tu écoutes bien, il a toujours un détail à chaque mesure ou toutes les deux mesures. Nous avons fait attention à ce qu’il se passe quelque chose à chaque seconde du morceau. Finalement, aujourd’hui, Starship Loopers c’est nous trois et nous avons mis 4-5 ans à ficeler l’album éponyme.
R3Mi : Il faut savoir que nous avons pensé l’album comme un voyage interstellaire, de planète en planète, c’est pour ça que les morceaux portent le nom de planètes, de galaxies, etc. C’est un voyage dans des environnements hostiles ou parfois plus plaisants. Il y a des pluies de météorites, des atterrissages forcés. Nous sommes dans le champ lexical de l’espace, de l’astronomie.

Il y a aussi un guest qui vient d’arriver dans le studio et qui joue aussi dans l’album ?
R3Mi : Oui nous avons invité Safia sur deux morceaux sur lesquels elle joue du violon.
Mike : Dans l’album il n’y a pas seulement des machines, Zio a joué de la basse, de la contrebasse. Il y a aussi du Rhodes, du piano et quelques percussions acoustiques.

Sinon c’est cool le côté house dans votre album, ça surprend…
Zio : C’est une déformation professionnelle. À force de mixer, les tempos ont évolué. En ce moment c’est entre 120 et 130 Bpm. Mike : Ça fait plus de quinze ans que l’on fait danser les gens. Et le Dj de club a changé. Avant, il y avait d’un côté les Djs hip-hop et de l’autre les Djs house. Il y a des danseurs hip-hop qui sont devenus des danseurs house. À un moment heureusement que les mouvements hip-hop et house se rejoignent car c’est fait avec les mêmes machines, ça vient du même endroit. Les gars de la French Touch, ce sont des anciens beatmakers hip-hop… Et ce sont des gars du hip-hop qui ont amené la house dance en France.
Zio : Les soirées au Djoon y sont pour quelque chose aussi…
Mike : Pour le côté technique, et bien quand tu bosses à 120-130bpm, c’est tellement plus simple pour faire des effets de surprise. Les jeunes beatmakers qui font de la trap aujourd’hui, qui sont sur FL et qui commencent à 130 sans savoir que le beat tourne à 65 Bpm, ils peuvent remercier Timbaland. C’est une pure technique de Timbaland qui était sur la SR-10, d’autres beatmakers l’utilisaient aussi. Et, afin d’avoir plus de points et créer des charleys syncopés, il doublait ses Bpm pour créer le groove que l’on a connu dans les années suivantes chez les compositeurs du Sud, comme Outkast…


Avez-vous créé un label pour sortir cet album ?
Zio : Pas vraiment, c’est de l’auto-prod à trois. Le siège c’est le studio, ici dans le 17ème. (Ils sont installés dans les anciens studios de Top Master – ndlr)
Mike : Tout sous le nom de Starship Loopers, nous sommes des artisans. Nous avons une distrib numérique et ça sort le 15 janvier 2022.
R3Mi : Certes ça va limiter notre impact. Nous ne sommes pas limités en création mais la difficulté est d’exploiter notre travail une fois fini. Dans l’idéal, signer avec un label ça pourrait être une bonne option pour nous.

Vous êtes deux à rapper dans le trio et finalement c’est un album instrumental…
Mike : oui pour l’instant.
Zio : L’idée est un album plus proche du sound design à notre image. C’est la première fois que je suis satisfait à 100 % lorsque je réécoute les morceaux.

Tout a été fait dans ce studio ensemble ?
R3Mi : Non, tout a été fait ici sauf le mastering que nous avons confié à Blanla de Kasablanka Studio. C’était surtout pour nous rassurer parce que nous aurions pu le faire mais comme nous avons passé tellement de temps sur les morceaux que nous voulions une oreille neuve, quelqu’un d’extérieur au projet.

Votre morceau favori du Lp et pourquoi ?
Mike : Moi c’est “ Alive ” car c’est là que Starship Loopers est né ou rené. C’est là où il y a toute notre façon de créer. R3Mi : Autant “ Alive ” c’est notre morceau dancefloor, disons le plus accessible… Mais “ Time Travelling ” pour moi c’est lui qui nous représente de façon la plus large.
Zio : Moi c’est “ Moonwalkers ” car je trouve que c’est le morceau le plus produit et peut-être parce que c’est lui où l’on peut mettre le plus d’images. Je le verrais bien pour une pub d’un truc corporate…

702-starshipLoopers-itw
Prévoyez-vous un show pour le live ?
Mike : Oui nous prévoyons quelque chose et ça va être évolutif. Le 25 novembre nous allons faire un premier test, comme un labo. Nous avons une idée en tête que nous n’avons pas testée, c’est celle avec notre lien très intime avec la danse. Un pote à nous est en train d’écrire afin de scénariser un show.
Zio : Ça serait l’apothéose pour nous si nous pouvions nous produire dans les théâtres nationaux avec des danseurs et nous en train de jouer, moi à la contrebasse, etc.

En octobre vous étiez les seuls Français parmi les finalistes du battle de Ski Beatz, pouvez-vous parler de cette expérience ?
Mike : ouais (rires). Pendant le confinement, Ski commence à lancer le Smack Pack Challenge. Il vend un sound pack créé par lui et plusieurs sound designers. On achète le pack et nous avons dix jours pour faire une prod. Je l’ai fait à plusieurs reprises et, pour le dernier en date, il proposait de faire un challenge avec un pack d’un morceau d’Anthony Hamilton. Et cette fois-ci nous l’avons fait ensemble. La seule contrainte c’est d’utiliser le pack. Nous avons fait ça à la méthode “ Alive ”, vraiment pour le coup. Nous avons envoyé notre vidéo d’une minute en train de faire la prod. Et nous avons été dans les huit finalistes. C’était un bon challenge car ça nous a obligé à être spontanés. Ski Beatz c’est tout de même le producteur d’Original Flava, Biggie, Jay-Z… Nous n’avons pas passé la demi-finale mais en effet nous sommes les seuls Français. Que l’on gagne ou que l’on ne gagne pas, on gagne tout de même car nous avons eu un super retour des participants et du jury composé de Dibiase, Battlecat et Salaam Remi. Puis Anthony Hamilton a reposté notre vidéo et ça nous a permis de toucher des gens que l’on ne touche pas via notre network.
Zio : Dans les codes du battle c’était hip-hop offbeat et nous nous sommes arrivés avec une vibe plus house électro. En fait, nous avons en partie utilisé des sons de l’album, notre intention était différente donc en arriver là c’est une victoire pour nous.
Mike : Nous avons tous de même collé au thème, le gain c’est la nouvelle SP404 et une séance studio avec Anthony Hamilton donc nous n’allons pas faire un morceau pour M.O.P. D’ailleurs Dibiase en demi-finale a mis un commentaire disant : « Je ne suis pas sûr qu’Anthony Hamilton s’attendît à recevoir un son aussi grimy ». Et là j’ai dit : « C’est nous qui avons gagné ! » (rires). Finalement, celui qui nous ressemblait le plus, je kiffe ses prods, c’est King Chino, un Canadien.

À vous trois cumulés, ça fait 50 ans de pratique du beatmaking… (rire collectif)
R3Mi : Tu veux dire que l’on peut prendre notre retraite.
Mike : Ça veut plutôt dire que nous sommes des experts.

Pour finir, chinez-vous encore des vinyles et quelle est la place du vinyle dans vos vies ?
Mike : À fond les ballons. Je n’arrêterais jamais de chiner des vinyles. J’ai récupéré un lot de vinyles, enfin c’est plus un héritage qu’un lot de vinyles, car j’ai perdu mon père il y un an et nous n’avions pas beaucoup vécu ensemble donc je ne connaissais pas ses disques. Et ils complètent ma collection de jazz qui est ouf. En fait, depuis, je chasse les disques de mon père, de son groupe de kadans du nom de Les Burger’s. Lord Funk a l’album de mon reup… Et sur cet album, selon Lord Funk, il y a un morceau funk. La kadans a influencé le funk…
Zio : J’achète beaucoup moins de vinyles qu’avant, j’achète plus des Mp3. Par contre, j’ai toujours ma collection et je ne l’échangerais pour rien au monde. Maintenant, quand je vais à l’étranger, je vais chez les disquaires. Mais aller dans Paris ou aux puces, je le fais plus rarement qu’avant.
R3Mi : Pour ma part, je suis complétement dématérialisé, j’ai lâché mes vinyles, vendu mes MKII l’été dernier. J’avais envie de place chez moi et j’ai minimalisé. Pour l’écoute, je suis en mode stream, Mp3 et clé Usb. (Et il me tent son album “3MO7iONAL” en forme de carte Usb imprimée – ndlr).

Un dernier mot ?
Longue vie à Starship Loopers, à Star Wax, j’espère que l’on se reverra pour le prochain album !

Interview par Supa Cosh… / Photos par Sami Braham



SELECTION JAZZ JANVIER 2022

Posté le
Ce programme jazz de début d’année est placé sous le signe de la diversité. Étoile montante de la scène sud-africaine, Sisonke Xonti délivre son dernier album au format vinyle. Batteur visionnaire, Makaya McCraven revisite avec brio le légendaire label Blue Note. Tout aussi intéressant, le saxophoniste Laurent Bardainne et Tigre d’Eau Douce confirment un univers musical particulièrement dense. Et l’anthologie « Notes From The Underground » rappelle la fonction primordiale l’avant-garde au long du vingtième siècle…


702-sw-jazz-01-2022
Sisonke Xonti / uGaba The Migration (As-Shams)
La scène jazz sud-africaine ne cesse de nous surprendre. Dernier exemple en date, le deuxième album du saxophoniste et chanteur Sisonke Xonti sublime le travail engagé par le séminal « Iyonde ». Passé sous les radars à sa sortie en 2020, confinement oblige, « uGaba The Migration » est aujourd’hui disponible en vinyle via As-Shams, le label de Jo’Burg. Clé-de-voûte de cet enregistrement, « The Migration » offre une longue suite introspective structurée en quatre mouvements. Le jeune homme y évoque son parcours, le tout épaulé par un solide ensemble dont Yonela Mnana au piano. Marqué par John Coltrane, période « A Love Supreme », et par les élans lyriques de son compatriote Winston « Mankunku » Ngozi, Sisonke Xonti diversifie également les thématiques. Un phénomène perceptible avec « Minneapolis », une séquence politique dédiée à George Floyd ; grâce à « Newness » et à son up-tempo catchy ; et au travers de « The Call », une plage urbaine emmenée par Keorapetse Kolwane. Enfin « uGaba The Migration » est illustré via un artwork conséquent. La photo en noir et blanc est prise par la talentueuse Mandisa Buthelezi. Chaudement conseillé.



Makaya McCraven / Deciphering The Message (Blue Note)
Batteur et producteur, Makaya McCraven s’est d’abord distingué sous la bannière chicagoan International Anthem (Angel Bat Dawid, Damon Locks…), avant de proposer une relecture du dernier disque de Gil Scott-Heron. Particulièrement attendu, l’homme revient aujourd’hui par l’entremise du label Blue Note avec « Deciphering The Message », un exercice consacré, cette fois-ci, aux musiciens produits par les visionnaires Alfred Lion et Francis Wolff. Entouré de proches collaborateurs dont Joel Ross au vibraphone, Jeff Parker à la guitare et Junius Paul à la (contre)basse, Makaya McCraven s’en donne à cœur joie et revisite, au passage, une douzaine de standards dont « A Slice Of The Top » du saxophoniste Hank Mobley, « Autumn In New York » de Vernon Duke, ou bien encore « Black Rhythm Happening », le thème du guitariste Eddie Gale. Parfois touffue (on pense au jeu de l’ex-Tortoise Jeff Parker et à sa propension à aligner les notes), cette production encouragée par l’actuelle direction de Blue Note n’en reste pas moins créative. C’est le cas des lancements de gigs, inscrits dans la grande tradition jazzistique. Des arrangements musicaux, qui ne cèdent jamais à la facilité. Et de l’unité de ton, une gageure quant on connait la diversité des reprises…



Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce / Hymne Au Soleil (Heavenly Sweetness )
Repéré avec Poni Hoax aux côtés du regretté Nicolas Ker, Laurent Bardainne incarne un répertoire jazz pour le moins décomplexé. Auteur de collaborations remarquables (avec le Supersonic de Thomas de Pourquery) ou de projets éclectiques (on se souvient de Limousine…), le saxophoniste breton s’impose désormais avec Tigre d’Eau Douce, une formation qui convoque des rythmiciens de premier ordre comme Philippe Gleizes et Roger Raspail. Intitulé « Hymne Au Soleil », le deuxième Lp maison dispense une ligne solaire et terriblement groovy. Prolongement de « Love is Everywhere » et de ses références à l’Afrique ou à la soul des années 70, l’album marque les esprits avec « La Vie La Vie La Vie » et ses arrangements limpides ; grâce à « Hymne Au Soleil », un clin d’œil à Lili Boulanger (parlez-en à Stéphane et Lionel Belmondo…) ; ou bien encore via «Oiseau », un titre habité avec classe par Bertrand Belin. À cent lieues des improvisations stériles, ce nouvel Lp sort chez Heavenly Sweetness, un label hexagonal dont les signatures interagissent parfois. Confirmation avec la prometteuse Celia Wa, une interprète guadeloupéenne qui illumine « Jou En Nou Rivé » d’une scansion créole du meilleur effet.
702-sw-playlist-jazz-01-2022


Notes From The Underground / Radical Music Of The 20th Century (Cherry Red)
Dynamisé il y a une quarantaine d’années grâce au mouvement punk, Cherry Red est passé maître dans l’édition de compilations et coffrets. Axée sur l’avant-garde, une nouvelle anthologie de la firme à la cerise recense les richesses culturelles du vingtième siècle et ses différentes esthétiques ou théories musicales. Ingénieux, « Notes From The Underground / Radical Music Of The Twentieth Century » intègre ainsi des éléments classiques (Mahler, Satie), contemporains (Boulez, Schaeffer) voire indiens (via les travaux du sitariste Ravi Shankar). Naturellement le jazz est présent et s’impose notamment grâce à John Coltrane ou Miles Davis : des compositeurs qui jouent ici certains monuments comme « My Favorite Things » ou le « Concierto de Aranjuez ». Largement influencés par le domaine savant – rappelons que Charlie Parker vénérait Igor Stravinsky ou Edgard Varèse -, les improvisateurs afro-américains de l’après-guerre ont également eu un ascendant sur la création concomitante et notamment sur la littérature, via le courant beat. Une école incarnée ici par le poète américain Allen Ginsberg et où est déclamé « Howl », son ouvrage du mitan des années cinquante.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo de Laurent Bardainne par Agnès Dherbeys