Starwax magazine

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TONY ALLEN OU L’ODYSSEE D’UN SORCIER DU SON

TONY ALLEN OU L’ODYSSEE D’UN SORCIER DU SON

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Tony Allen témoigne d’un goût pour le métissage caractéristique de ce début de XXIe siècle. Une démarche à géométrie variable auprès de Fela avec qui il inventa l’afrobeat. Puis en solo, au travers de disques expérimentaux tel Homecooking ou auprès d’interprètes comme Doctor L, Jimi Tenor et bien sûr Damon Albarn. Enregistré avec la pop star britannique, le premier extrait du futur album Film of life atteste d’une créativité évidente. L’occasion de revenir sur la carrière du musicien nigérian.

Doté d’un groove évident, le jeu du batteur Tony Allen est reconnaissable entre mille. « Go back », ne déroge pas à cette réputation. Enregistré avec Damon Albarn ce titre, avant coureur d’un prochain Lp à sortir en octobre chez Jazz Village, renvoie naturellement à la complicité qui réunit les deux créateurs depuis une quinzaine d’années, via le magique « Every season », plage durant laquelle le leader de Blur encense son comparse. Dédié aux victimes de l’immigration clandestine et plus particulièrement aux naufragés de Lampedusa, « Go back » témoigne d’un caractère hybride propre au maître tambour de Fela. C’est avec ce dernier que Tony Allen débute sa carrière, en compagnie de la formation hi-life Koola Lobitos, puis à la tête de Africa 70, groupe fondateur de l’afrobeat. Durant dix ans, le batteur parcourt les scènes du monde entier jusque au disque Music of Many Colours, enregistré avec le vibraphoniste Roy Ayers. Sortis durant la deuxième moitié des 70’s et compilés au sein d’un double Cd chez Vampisoul, les quatre premiers albums de Tony Allen offrent une musicalité évidente mais restent pourtant dans l’ombre de Fela et de son aura militante. Premier enregistrement personnel même si inabouti, Never Expect Power Always sort en 1984 chez Blue Moon, le disquaire parisien. La production transpire le funk. Elle sert de terreau pour Afrobeat express, disque supervisé par Philippe Conrath, figure tutélaire des musiques africaines en France.

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Le virage créatif se creuse à la fin des années 90. Tony Allen rejoint alors le label Comet dont la touche afro-futuriste permet au batteur de s’épanouir. Black Voices (documentaire sur la réalisation de l’album ici) ou HomeCooking dénotent d’une ouverture d’esprit évidente. L’afrobeat agit alors, comme le blues et le reggae en leur temps, tel un générateur à destination d’un répertoire rock fatigué. Reconnu pour son travail avec Assassin, Doctor L réalise Psyco on da Bus, un album audacieux où les syncopes numérisées télescopent les roulements de batterie du musicien africain. Une explosion rythmique qui attire l’attention de la scène rock. Fan invétéré, Brian Eno le considère comme le plus grand batteur de tout les temps. Itou pour Damon Albarn qui invite Tony Allen, au mitan des années 2000, au sein du super groupe The Bad the Good and the Ugly aux côtés de Paul Simonon, le bassiste des Clash. L’expérience trouve son prolongement quelques années plus tard avec Rocket Juice and the Moon. La scène parisienne n’est pas en reste. Touche à tout inspiré, Sébastien Tellier invite le batteur à truffer son album Politics de rythmes endiablés. Celui-ci prolonge ses collaborations à l’international, avec la chanteuse anglo-indienne Susheela Raman ou bien récemment auprès du rocker marocain Idriss el Mehdi avec lequel il trace un parallèle syncrétique entre les cultures yorubas et gnawas. Edité il y a cinq ans chez World Circuit, son dernier album, Secret Agent, impressionne par son équilibre, entre transe et arrangements sophistiqués. Si le rythme n’a rien perdu de sa vitalité, il se trouve désormais nourri d’instruments inédits comme l’accordéon chromatique. Pilier d’Africa Train, le fameux festival nomade, Tony Allen marche dans les pas de Tony Williams ou Ginger Baker. A l’instar de ces derniers, le septuagénaire cultive une attitude passionnante. A suivre donc Film of life dans les bacs le 21 0ctobre 2014.


Par Vincent Caffiaux / Photo par Jazz Village