Starwax magazine

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TEST / SOFTUBE – MODULAR

TEST / SOFTUBE – MODULAR

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Mon dernière test portait sur le Modular V développé par Arturia et Robert Moog. Il était donc logique que je vous parle maintenant du Modular fabriqué par Softtube et… Dieter Doepfer, l’autre grand ponte de la synthèse sonore. Par contre pour l’introduction qui provoque les sensations analogiques au goût de madeleine de Proust, je vous invite à lire le précédent article.

Dieter Doepfer donc, ce designer allemand, créa au milieu des années 90 un système appelé A-100, dont chaque module est taillé au format Eurorack (utilisé à l’époque pour la télécommunication). Ce format devenu standard et reprit ensuite par environ 150 constructeurs (même Moog) pour aboutir à une collection atteignant les 4000 modules (et on ne compte pas ceux fabriqués par des passionnés dans leurs garages).

Contrairement à Arturia, Softube ne parle pas de technologie particulière comme la TAE pour modéliser au plus proche des sons analogiques. Peut être parce qu’ils savent que ce ne sera jamais tout à fait pareil. D’ailleurs il est aussi écrit noir sur blanc dans leur manuel (en anglais seulement) cette réflexion tellement vraie : « On ne pourra jamais répliquer la sensation de manipuler des modules et des câbles dans un logiciel ». Ils concentrent donc leurs efforts, en plus de l’aspect émulation, sur les avantages que peut offrir le numérique. On peut sauvegarder ses sons, on peut aussi choisir un preset parmi les 200 disponibles, créés par des musiciens expérimentés. Jusque là rien de nouveau.
Mais le Modular comprend aussi d’autres sections développées et offertes par Softube comme par exemple des séquenceurs, des mixers, des modules convertissant les signaux MIDI de votre DAW en CV gate et trigger (avec tout ce qui va avec en clock divider et autre), ou encore des dual pan que l’on peut contrôler en CV et sortir en stéréo (sorties qui sont au nombre de six, un master et quatre aux.). La section performance est aussi très ingénieuse. Elle propose de regrouper dans un module personnalisé une sélection des paramètres que vous voulez garder sous la main, paramètres que vous pouvez piocher parmi votre set up. Très pratique pour ne pas se perdre en live, ou pour gagner du temps en studio. Une timide section effect comprend un seul module appelé delay, mais qui n’est en fait qu’un delay dans le sens premier du terme, c’est à dire un moyen de retarder un signal, et non de générer l’effet que l’on aime tant. Cette section n’est là que pour nous dire que dans l’avenir, peut être, Softube nous proposera enfin des effets.

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Mais parlons maintenant des modules Doepfer. Pour une chronique idéale, il faudrait comparer les sons numériques avec les analogiques, faire des tests à l’aveugle, faire passer les signaux dans des oscilloscopes et comparer les courbes. Bon mais ça, je ne le peux pas physiquement, car je ne possède pas ce matos (pour l’instant).
Et même la vidéo très ennuyante de 36 minutes d’Audiofanzine ne fait pas ce comparatif. Et si Softube et Doepfer ne l’ont pas fait non plus (pour le public) c’est peut être bien parce qu’on sait déjà le résultat : ce ne sera pas pareil. Pourtant j’aurais vraiment aimé le faire, car à l’ouverture du logiciel, en écoutant la sortie sinusoïdale du VCO A-110, j’obtiens un son qui gratte un peu comme un signal « dent de scie » (en beaucoup moins agressif). Je dois passer ce signal dans un filtre pour obtenir le son tout doux que j’attendais. Si j’écoute la sortie du LFO à la vitesse max, là j’obtiens un son qui ressemble à une sinusoïde. Mais il n’est clairement pas fait pour ça ! Et là, j’aimerais bien savoir si ce sont les sons d’origine, ou des ratés. D’ailleurs, si un lecteur possède ce module et a la réponse, ça m’intéresse. Car Softtube est réputé pour être bon en émulation ! On peut écouter des tas de démos du Modular sur leur site, et elles claquent !

Bon mais on parle d’un logiciel à 99 dollars aussi. Et pour ce prix, ils ne se moquent pas tant que ça de nous, je trouve. En plus de toutes les possibilités fonctionnelles dont j’ai parlé plus haut, on compte six modules Doepfer. Ils ont les mêmes noms, lignes, et exactement les mêmes fonctions que ceux d’origine. Je vais vous les lister avec le prix équivalent en hardware. Nous avons le VCO A-110 (135 euros), le VCF A-108 (157 euros), l’ADSR A-140 (72 euros), le LFO A-147 (85 euros), le générateur de bruit A-118 (68 euros), et le double VCA A-132-3 (98 euros). Je vous fais l’addition : 615 euros de modules + 179 euros pour le A-100-LC3, un exemple de boîte qui permettra de les racker et de les alimenter. Ça fait 794 euros. Presque 700 euros d’économies, c’est pas mal quand même ! Surtout si on débute.

D’ailleurs avec ces six modules là, qui forment la base de la synthèse sonore, il y a de quoi s’amuser un bon moment, d’autant plus qu’on peut les dupliquer d’un simple click pour en avoir jusqu’à 100 au maximum (cette fois-ci je ne ferai pas l’addition). Et à ça, vous pouvez ajouter ceux qui sortent en cours d’année, que l’on peut acheter et ajouter à sa collection, tout comme en hardware, sauf que là vous ne serez pas obligés d’hypothéquer votre chat. Mais par contre, contrairement au hardware, on ne peut pas ajouter d’autres modules que ceux vendus par Softube, dommage. Et contrairement à Reaktor de Native Instruments, on ne peut pas modifier leur structure interne.

Tout récemment un nouveau venu plus complexe a fait surface : le Vactrol Low Pass Gate A-101-2-LPG (39 dollars), une invention originale de Don Buchla, reprise et complétée par Doepfer. En l’intégrant à votre set up, vous ajoutez 30 presets de plus aux 200 d’origine. Un Vactrol en hardware est composé de deux parties, une LED et une photorésistance. Quand la LED s’allume, la résistance de l’autre côté diminue, ce qui a pour conséquence d’agir comme un potentiomètre, mais en beaucoup moins stable, et c’est ce qui fait son charme. Le module est composé d’un filtre passe-bas 12dB et d’un VCA contrôlé par une simulation de Vactrol. Un switch trois positions, non présent sur la version hardware, permet de faire varier le comportement du Vactrol en rapide, moyen ou lent, ce qui retire son caractère aléatoire. Parti pris que je ne comprends pas, car si on utilise le Vactrol pour son instabilité en hardware, pourquoi le rendre stable en soft ? La saturation elle, est gardée heureusement car elle est très intéressante. Avec ce module, vous parviendrez à des sons et des comportements improbables.

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Mais ça ne s’arrête pas là, car Doepfer n’est pas la seule marque à donner son design à Softube. On trouve aussi Intellijel avec le Rubicon, le Korgasmatron II, et l’uFold II, trois modules très complexes qui demanderaient de transformer cette chronique en une véritable nouvelle pour pouvoir en parler. Pareil pour le module Roli que je ne fais que mentionner, car il sert uniquement d’intermédiaire entre le Modular et l’étonnant et hors de prix (799 euros) contrôleur Roli Seaboard Rise, contrôleur qui demanderais une chronique rien que pour lui.

Et puis j’aimerais aborder un dernier sujet, dont on ne peut clairement pas se passer : le rythme. Il s’agit d’un pack de huit modules appelé Heartbeat.
Au premier abord, je me suis dit « quoi ? 149 euros pour quelques sons de boîte à rythmes ? ». Ok ils ont les réglages que l’on trouve un peu partout, attack, decay, ce genre de choses, et certains d’entre eux peuvent être modulés par un signal CV, mais franchement, faire un rythme un minimum complexe et varié avec, à disposition uniquement, des séquenceurs 16 pas, c’est juste une purge (peut être parce que j’ai commencé directement sur Cubase… Question de génération…).
Puis en y revenant le lendemain, je me suis rappelé qu’il y avait ces outils qui servent d’intermédiaires entre le séquenceur de mon DAW et le Modular. Et là, tout d’un coup, oui, bien sûr, c’est une super section en fait ! Le DAW synch pour générer une clock et un reset, le MIDI to trigger pour transformer quatre touches du clavier en quatre triggers, ce qui parait peu, mais il ne faut pas oublier que dans un signal MIDI on peut aller jusqu’à 16 canaux, donc en fait, c’est de 64 touches dont on parle (ou pads ou fruits enfin ce que vous voulez quoi). Bon je ne vais pas parler de chaque module. On y retrouve les caractéristiques des boîtes à rythmes, plus la possibilité de faire intervenir des LFO’s pour les titiller. Et ça, c’est vraiment cool !
Je finirai juste sur le module drum eq car il est assez fou. Il propose des presets d’eq pour chaque élément du Heartbeat, mais bien sûr, il y a un grand intérêt à ne pas faire comme ils disent, et à passer la grosse caisse dans l’eq du HH par exemple. Effet garanti !

Conclusion. J’ai été très enthousiaste à l’ouverture du logiciel, et séduit par l’interface qui est fidèle à l’esprit du synthé modulaire. L’illusion de posséder du Doepfer fait son effet quand on débute et qu’on ne l’a pas encore en vrai (bravo l’équipe marketing !). Au niveau de la prise en main, il y a des petits trucs pas forcément évidents comme bouger ou supprimer un module, ou pas pratiques comme ne pas pouvoir redimensionner la fenêtre du Modular comme on veut… Bon mais rien de vraiment grave. Par contre un truc qui ne cesse de m’énerver, c’est le fait que les câbles de patch ne soient visibles que si on passe la souris dessus. Ils ont fait ça pour un souci de clarté, mais en vrai c’est chiant car on ne peut pas vérifier son patch directement d’un coup d’œil. J’aurais préféré qu’ils fassent l’inverse mais bon. Là où j’ai déchanté, c’est quand j’ai écouté cette fameuse sortie « sinusoïdale » du VCO A-110. Je me suis posé des questions sur leur travail. Mais vu le prix, (rappelez vous les 700 euros d’économies) encore une fois, j’ai fini par me dire « Bon passons ». Pour moi, les points forts qui me font vraiment kiffer, c’est ce Heartbeat, ces interfaces DAW et MIDI, la section performance, et surtout ces six sorties stéréos séparées. Un vrai plus pour qu’après un bon mix, vous puissiez sortir de ce software un gros son certifié bien fat par Star Wax !

Par Dj Claim