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TEST PHASE / SCRATCH 3.0

TEST PHASE / SCRATCH 3.0

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Une fois n’est pas coutume, me revoilà envoyé par Star Wax magazine dans les locaux de Music World Media, créateur du MixFader, du ProLink et de tout un tas d’applications musicales, Dj, et audio. Aujourd’hui je vais vous parler de Phase, le prototype qui met toute l’industrie du scratch en position latérale de sécurité… Petit aperçu d’un gros travail toujours en cours, pour une sortie prévue en septembre 2018.


Car oui vous avez bien lu, le petit bijou que je vais évoquer, celui que vous avez tous vu jeté en l’air par Dj Craze et plein d’autres (« On a perdu toute crédibilité au NAMM » me dira en rigolant Cédric, chef de projet), ce petit boîtier qui a bluffé tout le « scratch game » n’est encore qu’un prototype, construit deux semaines avant le prestigieux salon. Deux semaines de nuits blanches… alors que le projet n’avait que quatre mois !

Bon je reprends. Déjà je voulais mettre à jour deux ou trois infos que vous aviez pu lire dans mon dernier article sur Music World Media (MWM) . Les locaux n’ont pas bougés, mais les bureaux qui étaient en attente sont maintenant occupés. Si bien que la structure peut se permettre de monter une équipe complète et diversifiée pour chacun des produits développés. Depuis l’année dernière, celle-ci est passée de 100M à 130M de downloads sur ses applications. Sinon, on retrouve toujours le précieux atelier d’où sortent les prototypes et le studio photo/vidéo d’où est issue la démo de Groove Sparkz.

Me voici donc dans la salle de repos et de démo avec Camille, chargée de la communication de ce produit, et avec Vivien et Johan, deux des trois ingénieurs à l’origine du prototype. Le troisième, Jean-Baptiste, à qui revient l’idée, était absent ce jour-là. Cédric nous a rejoints plus tard. Pendant qu’ils m’installent le set, je fais une découverte qui a clairement gâchée mon arrivée. Attention coup de gueule : Qui ? Mais qui donc a volé un des deux micros karaoké ? Sérieux ! Et le second n’avait plus de batterie, il était inutilisable ! Pour celles et ceux qui ne voient pas de quoi je parle, cliquez ici.

Puis j’ai respiré un peu et ça c’est arrangé. Et quant à parler du produit, oui bien sûr que je vais en parler ! Et bien… comment vous dire… voilà c’est simplement… DE LA BALLE !

L’idée est celle-ci : depuis des années on conçoit des time codes numérique hyper-précis, pour ensuite les presser sur du vinyle, puis le sillon plus ou moins usé est lu par une cellule, elle même plus ou moins usée, avec une plus ou moins bonne stabilité, et soumise parfois à de grandes perturbations et problèmes de connections. Ajoutez à cela les conversions D/A A/D, et au final, on se demande pourquoi le signal n’est pas toujours parfait ! Alors que toutes ces dégradations n’existeraient plus si le disque transmettait directement ses mouvements au logiciel. Et c’est bien de cela dont on va parler aujourd’hui.

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Comment ça marche ?
Phase, c’est une télécommande munie d’un capteur que l’on pose sur son disque, et qui envoie directement les informations de mouvement à son boîtier, qui en fera un timecode parfait à donner au DVS. Car oui, vous aurez toujours besoin d’un boîtier DVS ou d’une mixette intégrée, le Phase se chargeant de la partie timecode qu’il délivre en signal Line, laissant les entrées phono de la table ou de la carte-son DVS disponibles. Sauf qu’entre le mouvement du capteur et le signal que reçoit votre boîtier DVS, il y aura moins d’une milliseconde. Moins… d’une… milli… seconde… À cela il faudra ajouter la latence du DVS qui dépendra de son boîtier et de votre ordinateur. Et on arrive à… genre… 7 ou 8 ms. Pas mal non ? En plus, il n’y a aucune chance que l’info soit perturbée à cause d’un mouvement involontaire du disque, car seuls les mouvements de rotation sont pris en compte, ceux de l’axe horizontal du capteur. Pfaah ! Pardon, j’essaye de ne pas trop rire au nez des autres marques mais c’est difficile. Et ce n’est pas fini…

Quand Rane nous dit qu’avec la platine Twelve, ils ont découpé la circonférence du cercle en 3600 points, c’est bien. C’est assez précis, sauf pour les vitesses très lentes et très rapides, auxquelles il manquera des infos. Le Phase, lui, fonctionne autrement. Il envoie environ 3500 infos, mais en fonction du temps, pas juste de l’angle. 3500 infos en une seconde : voilà la subtilité. Pour faire un tour de disque à 33rpm, il faut 1,8 secondes. Donc en 1,8 secondes, le Twelve enverra 3600 infos au DVS. Alors que le Phase en aura envoyé 6300… OK ? Ce qui fait que l’on possède une bien plus grande précision au niveau de la restitution du mouvement mais, qu’en plus, on va pouvoir y ajouter d’autres infos. Les ingénieurs évoqués plus haut m’ont clairement dit que ce ne serait pas un problème d’ajouter un signal MIDI par exemple. Avis au synthablists !

La nature de la liaison sans fil entre le capteur des télécommandes et leurs boîtiers est classée top secret. Même Macron n’a aucun moyen de la connaître. Et tant mieux. Mais ce que je peux vous dire c’est que cette liaison a une portée d’environ 5m à l’heure actuelle, et qu’elle ne joue pas sur les mêmes fréquences que les liaisons HF des micros, du wifi ou autre. Donc aucune chance d’être parasité, ou de scratcher le son du micro de l’artiste avec qui vous jouez.

Fonctionnement
Pour une heure de charge, on gagne dix heures d’autonomie. Le boîtier doit être alimenté par USB au secteur ou à un ordi… Cet USB servant aussi aux mises à jour et autres communications entre lui et le DVS. Il a aussi le rôle de charger les remotes et de leur transmettre des infos. Son firmware sera, comme avec le MixFader, en open source pour les bidouilleurs. Les deux capteurs et leurs boîtiers sont en perpétuelle communication, contact ou non, pour du calibrage, et autre papotage numérique. Le boîtier sera relié en RCA au DVS comme on y brancherait des platines, mais en Line. Le trait de lumière au dessus du Phase est vraiment stylé et génial pour jouer dans la pénombre. Dans sa version finale il pourra même changer de couleur, et il pourra peut être servir d’indicateur de niveau de batterie. J’espère que MWM le fera. Ce serait très rassurant pour nous.

À ce stade, il faut que je vous rappelle que l’on parle bien d’un prototype. La priorité pour MWM était de présenter un produit qui fonctionne au NAMM, et de recueillir un maximum d’infos des utilisateurs, afin de sortir quelque chose de presque parfait en septembre. Donc certaines questions ont été mises volontairement de côté, juste le temps de travailler l’essentiel.

Par exemple, l’esthétique du boîtier principal est réduite à son strict minimum, la question concernant la fixation du capteur sur un disque autrement qu’avec du scotch double face est retournée dans tous les sens. Et la forme idéale pour minimiser la gêne provoquée par l’objet est encore à l’étude. Tout sera réglé pour septembre.

À long terme, MWM a aussi l’idée de créer son propre logiciel pour réduire encore plus la latence, faire un pont entre le Phase et le MixFader voire le Portablism… Ces sujets, soyez sûr qu’ils y pensent et qu’ils en parlent. Car des idées, ils en ont. Et celles qu’on leur donne, ils les écoutent. C’est ce qui fait leur force. D’ailleurs je l’avais déjà écrit dans mon article précédent. Je le concluais par : « MWM, ou comment avoir les idées avant les autres, les pousser jusqu’au bout, et ne jamais s’arrêter de les faire évoluer. » Quand j’écrivais ça, je ne savais pas qu’ils allaient sortir un produit comme Phase. Eux non plus. Donc on peut leur faire confiance.

Le défaut
Et oui, il y a quand même un défaut pour les scratcheurs, les beat jugglers et les gens qui ralentissent leurs disques en pinçant le centreur de la platine. Bon pour eux, il n’y a pas de solution dans cette version du produit, ils n’y auront plus accès, point barre, au revoir. Ah si ! Peut être en appuyant sur le centre du capteur… À tester. Pour les scratcheurs, ce petit objet peut être gênant quand il se place du côté de la main. En fait, pour être vraiment précis, ce sont les deux coins qui sont gênants.

Quand j’ai vu le produit en photo la première fois, je me suis dit : mais pourquoi ne pas proposer un support en forme de centreur de 45 tours ? La réponse est pourtant simple et concerne la batterie. C’est la batterie qui prend toute la place. Je leur ai demandé s’ils pouvaient faire une pointe en rabotant les deux coins gênants. Ça avait l’air faisable… En tout cas, je suis certain qu’ils y réfléchissent (je vous aime !). Enfin pour les beat jugglers, c’est quand on fait un ou deux tours très rapides en backspin que c’est gênant. Et ça le sera toujours, même s’ils arrivent à faire une forme de pointe, parce que là c’est l’objet entier qui gêne. Après, il faudrait questionner quelqu’un qui utiliserait ce matériel plusieurs semaines. Ce n’est peut être qu’une question d’habitude…

En tout cas, pour le scratcheur que je suis, ce défaut est vraiment secondaire par rapport à l’aisance que l’on a à scratcher un son de manière quasi-instantanée, et sans se demander si ça décrochera à un moment ou à un autre. On est vraiment sur du direct, car le toucher et l’oreille humaine sont incapables de percevoir une latence aussi faible. D’ailleurs, Jazzy Jeff l’a clairement dit : « On dirait qu’on scratche du vinyle. »


Le prix du Phase est estimé à environ 300 euros. Mais rien n’est fixé car MWM ne connait pas le prix de revient de toutes les pièces. Mais ce prix sera affiché cet été, lorsque la chasse, heu… les préventes seront ouvertes. Je trouve ce prix abordable, surtout pour un système que l’on adapte à son set sans avoir besoin de compléments ou de machines supplémentaires. C’est ma QFO qui sera heureuse de voir ses jours prolongés !

Le Phase de Music World Media, un prototype certifié bien fat par Star Wax.

Dj Claim