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TEST / MMO-3 NOZOÏD

TEST / MMO-3 NOZOÏD

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Le MMO-3 est un synthétiseur dédié à tous ceux qui aiment tourner des potentiomètres pour jouer avec le son. Son interface possède en effet plus de potentiomètres que de touches. Même si elle est entièrement numérique, cette machine compacte s’approche du monde du modulaire dans son approche de la synthèse audio. Ce synthétiseur est de la catégorie des « semi-modulaires » : il est construit à partir de modules qui peuvent être connectés de différentes façons. Il offre ainsi un nombre de possibilités incalculables, des patchs quasi impossibles à réaliser en hardware, d’autant plus que certains modules offrent des possibilités uniques. Cette machine atypique n’est certainement pas faite pour tout le monde, mais elle mérite qu’on s’y attarde !


La machine
Le MMO-3 est construit dans l’esprit de la synthèse sonore des années 80, à savoir la synthèse AM, FM, PM, et d’autres surprises dont on parlera plus tard. Un autre modèle de chez Nozoïd retrouve, lui, la synthèse soustractive, c’est l’OCS-2, mais on n’en parlera pas dans cet article. Nozoïd, c’est en fait une seule personne : Cyrille Henry, un homme intéressant, plus que passionné, artiste pluridisciplinaire et développeur, actif depuis les années 90. Vous retrouverez sur son site (http://www.chnry.net/) son parcours, et même ses premiers albums en libre téléchargement (Dr. Pichon), vraiment, faîtes-y un tour. Quand on l’appelle au téléphone, la musique d’attente se met à accélérer pour passer du bip à une fréquence continue…

On parle donc d’une petite machine autonome, compatible avec le format Eurorack, construite et assemblée à la main, par un homme seul. Et quand on écoute la complexité des sons qui en sort, on a du mal à le croire. Mais si vous allez sur son site, jetez un œil à ses autres projets, vous comprendrez qu’on ne parle pas d’un simple quidam.
Une seule partie est faite en industrie, c’est la carte principale, bleue (que je trouve de toute beauté). Ce n’est pas qu’il ne peut pas le faire, mais c’est juste que ça lui prendrait quatre fois plus de temps. Ces cartes sont donc fabriquées en série en Chine ce qui parfois (rarement) amène des défauts. Mais rassurez-vous, Cyrille vérifie tout de fond en comble durant le montage des autres composants haut de gamme qu’il a choisi, et chaque machine est entièrement testée.

On pourrait les croire trop petits comme ça, mais les knobs, non standards, sont dessinés par Cyrille à la taille idéale pour les manipulations de sa machine. En plus ils sont fabriqués par une imprimante 3D ce qui leur donne cette texture antidérapante. Par contre, ils sont collés, donc on ne peut pas, si on en a l’envie, les remplacer par d’autres knobs de formes ou de couleurs différentes.

La boîte en bois, fabriquée elle aussi artisanalement, est constituée de différentes pièces découpées par une machine numérique ce qui leur apporte une précision quasi parfaite. Les pièces sont ensuite montées et collées. Le coffre, une fois monté, est ajusté à la main, en ponçant délicatement les pieds pour qu’il puisse tenir à plat sans être bancal. Chaque angle est également poncé à la main. Les deux bords relevés (les oreilles), destinés à protéger les potards lors du transport peuvent avoir l’air gênants pour la manipulation, mais en fait c’est tout le contraire, on peut s’appuyer dessus. Je regrette l’absence d’un couvercle en bois ou en plastique, ou d’un rabat, mais c’est probablement pour ne pas augmenter le prix de la machine. Le prix est fixé à 499 euros, ce qui est plutôt raisonnable quand on connait la qualité, la complexité et la beauté de ce synthé.

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Le Son
La sortie audio, niveau ligne, est bien pratique pour écouter ce synthé au casque ou pour le brancher directement à un mixer, mais du coup, n’oubliez pas de convertir le signal si vous voulez le faire passer dans des modules Eurorack. Ce type de convertisseur coûte environ 30 euros. Nous disposons de trois modes de sorties. Un mode mono, un stéréo, et un mix. Car cette machine possède trois oscillateurs avec pour chacun un volume, et ces trois volumes partent dans une matrice stéréo, qui est donc la sortie audio. En mono, les trois oscillos partent tous au centre ; en mix, l’oscillateur 1 est un peu à gauche, le 2 au centre et le 3 un peu à droite ; et en stéréo (mon préféré) l’oscillateur 1 est complètement à gauche, le 2 au centre et le 3 complètement à droite.

Les trois oscillateurs sont identiques : ils génèrent une sinusoïde dont on peut moduler au choix quatre paramètres : la fréquence, l’amplitude, la phase ou la forme de l’onde (grâce au « Wave Shaping »). Sur le site de Nozoïd, à la page du MMO-3 vous trouverez des schémas animés qui vous montreront visuellement comment la sinusoïde de base est triturée – cliquez ici. Ces paramètres peuvent évoluer grâce à n’importe quelle source, OSC, LFO, ADSR, CV, line in, et XY (joystick). On peut aussi faire moduler un oscillateur par… lui-même. Pour faire tout ça, ils ont chacun trois potentiomètres de modulation sur lesquels on peut assigner n’importe quelle source, en précisant à chaque fois la modulation désirée. Quand je vous parlais de patchs complexes au début de l’article, on y est. Mais ce n’est pas fini !

Trois LFO permettent de générer les signaux de modulation utilisés par les oscillateurs. Ils sont chacun différents, et plein de belles trouvailles : ils peuvent aller de 0,01 Hz (100s) à 100 Hz.

Le LFO 1 propose plusieurs formes d’ondes, sauf qu’au lieu de switcher de l’une à l’autre, on peut réaliser un doux morphing de l’onde en partant du triangle pour aller vers la sinusoïde, puis finir au carré. Et le deuxième bouton, appelé SYM, permet de changer les rapports entre les temps de montée et de descente, pour transformer par exemple un triangle en dent de scie.

Le LFO 2 est constitué de deux sinusoïdes à des fréquences différentes que l’on peut mélanger, ce qui provoque des formes d’ondes complexes. Le troisième potentiomètre appelé MOD a trois fonctions avec tous les intermédiaires évidemment. À 0% on obtient que la première sinusoïde. À 50% la première sinusoïde est multipliée par la deuxième, et à 100%, la deuxième sinusoïde est amplifiée et saturée pour obtenir un carré avant de retourner moduler la première.

LFO 3 possède en fait cinq modes. Du coup les deux knobs de paramètres ont des fonctions différentes selon le mode sélectionné.
Le mode Morph est un shape morphing similaire au LFO 1.
Le mode AM est similaire au LFO 2.
Le mode FM fonctionne comme le LFO 2, mais cette fois-ci en FM : la sinusoïde 2 module la fréquence de la première.
Le mode TRI fait moduler deux ondes en triangles. Deux knobs pour les fréquences 1 et 2, et le troisième pour les mixer et éventuellement les saturer.
Et le mode STEP, très intéressant, génère des paliers dont on peut faire varier l’évolution de différentes façons. On y trouve un côté aléatoire et incontrôlable qui casse la monotonie et provoque des surprises.

Le joystick est en fait un moyen de mixer quatre sources de modulation d’un seul coup. Quand il est au centre il ne se passe rien puis, si on le pousse en haut, on monte la valeur de modulation d’un LFO par exemple. Mais vous pouvez y assigner ce que vous voulez, et le patcher où vous voulez, comme n’importe quelle autre source de modulation.


Le Patch
Dix patchs peuvent à tout moment être sauvés et rappelés. Tout, absolument tout y est enregistré sauf évidemment la position des potards qui ne sont pas motorisés car ça aurait probablement multiplié le coût de ces machines par 20. On modifie et enregistre ses patchs grâce à des combinaisons de touches que l’on fait sur le clavier, qui a donc deux modes, un pour patcher, et un pour jouer des mélodies. En dehors du fait que jouer une mélodie n’est pas pratique sur de toutes petites touches comme ça, je préfère travailler avec un clavier externe ou un séquenceur pour pouvoir changer mon patch en plein jeu. Mais j’aime ces mini-claviers qui permettent de jouer partout en trimballant son synthé dans un sac. Il ne manque plus que la batterie portable. Je regrette néanmoins l’absence d’un patch vide, que l’on pourrait charger à tout moment pour faire table rase.

Avec autant de paramètres assignables à autant de knobs disponibles, il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour m’y perdre. Et c’est bien LE problème avec ces machines, c’est que l’on ne peut pas voir d’un simple coup d’œil ce que l’on a fait, contrairement aux câbles foisonnants des systèmes modulaires. Alors soit on apprend par cœur à quoi correspondent les combinaisons de LED qui s’allument lorsque l’on clique sur les boutons de commandes (ce qui n’est pas évident en plein jeu), soit on utilise la bonne vieille méthode du scotch, du papier et du stylo. Ça doit venir de ma formation d’ingénieur du son live… Je fais peut-être vieux jeu, mais j’ai opté pour cette deuxième solution. Cela implique par contre de ne jouer qu’avec un seul patch à la fois, enfin en tout cas au départ, mais croyez-moi, c’est déjà bien suffisant pour une session, surtout si cette machine est intégrée à d’autres systèmes.
Quand Cyrille a vu mes bouts de scotch il était étonné, presque choqué, mais en fait, il a forcément déjà réfléchi au problème avant moi, puisqu’on peut télécharger et imprimer un track sheet de sa machine qu’il suffit de compléter au stylo pour y noter tous les paramètres. Méthode employée du temps de l’analogique, quand la même table était utilisée pour plusieurs projets en même temps. Une machine numérique qui fait appel à des méthodes analogiques… Je pense que l’on peut réfléchir sur la portée socio-philosophique de cette phrase…

Vous l’aurez compris : on a affaire à une machine très complexe, très riche, qui dans la vie d’un musicien aimant la synthèse sonore peut apporter de très nombreuses nouvelles sonorités. Cyrille Henry, MMO-3… Une rencontre certifiée bien fat par Star Wax.

Par Dj Claim