Starwax magazine

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newsdécembre-2018

INTERVIEW / STUART BAKER OU L’ART DE COMPILER…

INTERVIEW / STUART BAKER OU L’ART DE COMPILER…

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Lancée au début des années 90, la firme Soul Jazz Records est reconnue pour sa valorisation du catalogue jamaïcain Studio One. Ouverte depuis à d’autres courants comme le rap, le spiritual jazz ou le punk, l’enseigne de rééditions londonienne érige les compilations en créations à part entière. Patron du label, Stuart Baker avait répondu à nos questions pour le Star Wax 13, en 2009. Aujourd’hui il évoque ici les anthologies « Soul of a Nation », l’inscription du reggae au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco ou bien encore le disque vinyle.


Soul of a Nation
Les compilations « Soul of a Nation » s’inspirent directement du mouvement des droits civiques aux États-Unis et, par excroissance, du Black Power. La musique afro-américaine des années 60 a été marquée par cette période. Rappelons que le jazz avait sa propre dynamique. Ce répertoire a brisé les règles musicales existantes en se connectant à l’héritage africain, à l’avant-garde européenne. Tout comme le funk qui a relayé l’histoire locale au travers du blues et du gospel… En fait ces différents parcours fusionnent. C’est ce qui m’intéresse. À ce titre Mark Godfrey, curateur en 2017 de l’exposition « Soul of a Nation : Art in the Age of Black Power » à la Tate Modern, est venu me poser quelques questions sur la relation entre l’art afro-américain et le jazz, dans les années 1960 et 1970. Le premier volume est né de cette rencontre. Signature du label, le musicien chicagoan Hieroglyphic Being hérite de cette culture, qu’il sublime en offrant de nouvelles formes musicales, à la croisée de l’improvisation et de la house.

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Punky reggae party
J’ai toujours beaucoup de plaisir à présenter de nouveaux morceaux du catalogue Studio One. Cette sélection est basée sur la recherche et les coups de cœur. Par contre, à propos de l’entrée du reggae jamaïcain au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, je ne suis pas sûr que cela soit si pertinent. Évidemment le reggae est unique, mais je ne pense pas qu’il disparaisse de sitôt. Ou alors il faudrait y inscrire d’autres courants urbains comme la soul… Toutefois nous sommes sensibles à la démarche de l’Unesco. Nous avons, par le passé, travaillé au contact de répertoires fragilisés comme la musique des garifunas au Belize ou les chants polyphoniques géorgiens. Quant au punk, j’ai grandi avec les premiers disques de ce mouvement. Pour l’anecdote, j’ai été marqué par le travail de Marc Zermati et son rôle de distributeur dans les années 70, tant en France qu’au Royaume-Uni (via l’Open Market, son magasin de disques parisien, Ndlr). D’où l’idée d’éditer la compilation « Les Punks : The French Connection ». Au-delà de cette scène, j’apprécie le travail de Bazooka. Ce collectif de la fin des 70’s représente le chaînon manquant avec Mai 68. C’est une étape marquante…



Vinyle
Concernant le retour du vinyle, le phénomène est amusant à observer. Comme pour tout support quasi enterré, il revient aujourd’hui à contretemps des canaux dominants, notamment le numérique et le streaming… Le cheminement est comparable à l’image argentique, qui retrouve un essor après des décennies de tout digital. Pour notre part, nous n’avons jamais cessé d’éditer des disques vinyles. Ce qui explique notre positionnement sur le marché. Sinon nous préparons différentes compilations. L’une concerne Bunny Lee, le fameux producteur de reggae. L’autre a pour thème la firme de jazz new-yorkaise Blue Note. Des anthologies relatives à Fashion Records (label de reggae britannique populaire dans les années 80, Ndlr), à la musique brésilienne des 70’s ou bien encore à l’early rap suivront…

Propos recueillis par Vincent Caffiaux