Starwax magazine

starwax magazine

chroniquesCD

SPACE ODDITIES / BERNARD ESTARDY

SPACE ODDITIES / BERNARD ESTARDY

labelBorn Bad Records

SPACE ODDITIES / BERNARD ESTARDY

album

Après avoir exploré les recoins de la pop française en marge des yéyés, prouvant grâce à la série Wizzz qu’il avait existé une alternative aux antiennes de Claude François ou de Sheila, le label Born Bad publie à intervalles réguliers des compilations de « library », un terme que l’on traduit le plus souvent par « illustration sonore ». Derrière cette expression conçue, à l’origine, à l’intention des professionnels de l’image ou de la radio, se dissimule la musique instrumentale qui servait à illustrer les programmes d’information ou les documentaires, principalement dans les années 70. Ce troisième volume de la série Space Oddities met en lumière le travail de Bernard Estardy, ancien organiste de Nino Ferrer et ingénieur du son, entre les mains duquel sont passés d’innombrables succès de la variété, de « Que je t’aime » de Johnny Hallyday au « Lac du Connemara » de Michel Sardou. Une fois achevé le mixage ou la réalisation de ces chansons, ce géant de deux mètres mettait à profit le studio CBE qu’il avait créé de toutes pièces avec George Chatelain pour coucher sur bande des morceaux de library. Cette activité avait d’abord une finalité purement financière : au début des années 70, il fallait maintenir à flot un studio qui n’était pas encore achevé. Mais, à l’instar de Janko Nilovic, le maître du genre, elle permettait à Estardy, grand rêveur devant l’éternel, de s’échapper des chemins balisés de la variété et de s’essayer à ce que l’on commençait à appeler la « musique électronique ». Le matériel rassemblé ici est issu en grande majorité du catalogue du label Tele Music fondé par Roger Tokarz, l’un des principaux commanditaires de library française. Si l’on écarte certains titres qui ne sont, effectivement, que de l’illustration – plus vulgairement parlant, de la musique de fond – plusieurs instrumentaux dévoilent des trésors d’imagination et sont à ranger à côté des travaux de François de Roubaix, l’un des précurseurs des machines et du home studio en France. La preuve par trois avec « Asiatic Dream », vignette mélancolique mêlant clavier de percussion et orgue ; « Marionnettes Club », parfait exemple d’utilisation des synthétiseurs analogiques ; et « Phasing Sound », une rythmique obsédante reposant comme son nom l’indique sur le phasing – technique consistant à reproduire un même motif musical tout en introduisant un effet de décalage. Born Bad propose, comme à son habitude, d’écouter les morceaux en intégralité avant de les acquérir via Bandcamp, ou, pour les amateurs de vinyles, d’acheter la compilation en 33-tours.

Par Rémi Foutel