Starwax magazine

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newsjuin-2017

SOUND SYSTEMS : LE LABORATOIRE BRITANNIQUE

SOUND SYSTEMS : LE LABORATOIRE BRITANNIQUE

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À la fin du siècle dernier, la culture sound system a trouvé un écho retentissant en Angleterre au travers de métissages électroniques détonants comme la jungle, le grime ou le dubstep… Pour comprendre ce phénomène musical, nous avons questionné Matt Black, membre de Coldcut et fondateur du label Ninja Tune (ci-dessus à gauche), 69db du collectif Spiral Tribe et Frédéric Péguillan, programmateur du Télérama Dub Festival. Fast interview en complément au Star Wax 43 – spécial sound systems.


Quel est l’héritage légué par les sound systems ?

Frédéric Péguillan : L’expression drum and bass résume assez bien l’héritage laissé par la culture sound system. La formule s’appuie sur la basse et la batterie, les deux piliers du reggae et du dub. On retrouve ces éléments capitaux dans la jungle et dans le dubstep qui poussent encore plus loin avec les infrabasses.

Matt Black : Quand j’ai commencé à composer à l’université, mes influences étaient alors le dub avec Jah Shaka, le label On-U Sound d’Adrian Sherwood (focus label ici) et la bande originale du film « Babylon » (extrait vidéo ci-dessous), sur les tensions raciales à Londres dans les années 80. Je trafiquais ma console 4 pistes et ma chambre d’écho. Je voulais surtout sortir une dubplate pour la faire jouer directement par les sound systems.

69db : Cela renvoie à la tradition. Et ça symbolise nos racines. De la même façon que le hardcore ou le frenchcore découlent des scènes house et techno de Chicago ou Detroit, la volonté de rassembler des gens, dans la rue ou à la campagne, autour d’un sound system puise ses racines à la Jamaïque.



Les racines sont-elles plus profondes ?

Matt Black : L’élément majeur de la culture sound system se trouve dans l’approche de la basse. La technologie liée aux enceintes est presque devenue une science. Les disques sont produits dans le but de mettre en avant des basses lourdes. Cela suscite l’intérêt du public. Le dub est souvent cité en référence par les artistes de musiques électroniques car il développe les expérimentations sonores ainsi que la débrouillardise.

Frédéric Péguillan : Traiter les sons, bidouiller, chercher de nouvelles textures sonores, mixer les beats, c’est dans la culture dub et dans la culture des musiques électroniques. Entre ce que faisait King Tubby et ce que fait Laurent Garnier, il n’y a pas tant de différences. La culture sound system a transmis aux musiques électroniques la liberté voire un côté libertaire avec les free parties. La sono et la musique sont plus importantes que ceux qui jouent.

702-castlemorton-from-air Ci dessus. En 1992, du 22 au 29 mai, le Castlemorton (Worcestershire) free festival par Spiral Tribe, Bedlam, Circus Warp, Circus Normal, Adrenalin… (source : Free Party People)


Comment se matérialisent ces ponts entre les musiques ?

Frédéric Péguillan : Il y a une évolution somme toute normale de certains musiciens dub vers les musiques élec-troniques, que ce soit en Angleterre avec des gens comme Iration Steppas ou en France avec OBF, Mayd Hubb ou Panda Dub. Comme il y a des passerelles avec le hip-hop chez Stand High Patrol.

Matt Black : Chez Ninja Tune, alors que règnent les technologies nomades, nous prolongeons l’expérience avec l’application mobile Ninja Jamm. Nous proposons ainsi au public de remixer des morceaux de notre catalogue grâce à des effets et pistes. L’héritage de la culture sound system semble sans fin.

69db en photo ci-dessous: Pour nous, chaque soirée génère son sound system donc les racines sont là, bien visibles. Et puis, avant l’arrivée d’Internet, seuls les radios pirates et les sound systems diffusaient et transmettaient ce répertoire pointu. Dans ma pratique du Djing (voir photo ci-dessus) c’est grâce à un nombre d’heures ininterrompues aux platines que j’ai compris l’importance de l’improvisation, au-delà des sets pré-travaillés.

A (re)lire le dossier spécial d’n’b dans le Star Wax 5 et ou le documentaire « Metalheadz », le label anglais qui a contributé à l’essor de la d’n’b au milieu des années 1990. Aujourd’hui, en France, l’émission radio Bass Society de Dj Absurd sur Rinse France représente à merveille la scène dub et bass music (grime, dubstep…), chaque dimanche de minuit à 2 heures.

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Propos recueillis par Damien Baumal