Starwax magazine

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archivesdécembre-2014

SERGE GAINSBOURG<br/>  AU DIAPASON

SERGE GAINSBOURG
AU DIAPASON

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Le récent coffret de Wax Tailor avec le Phonovisions Symphonic Orchestra rappelle l’incidence du répertoire classique sur la création musicale contemporaine. Pionnier du genre, Serge Gainsbourg a largement adapté des compositeurs comme Chopin, Beethoven ou Dvorak. Une démarche complexe, révélatrice du chanteur qui signa son âge d’or à la croisée du rock et de l’académisme.


Issu d’une famille originaire d’Europe de l’Est, Serge Gainsbourg est tôt initié à la musique par son propre père, joueur de cabaret. Une transmission essentielle, que le jeune pianiste développe en parallèle d’études aux Beaux Arts de Paris. Après une carrière de peintre stoppée brutalement, l’artiste incorpore, au mitan des 50’s, un registre musical estampillé Rive Gauche. Puis consacre une bonne partie de son talent à différentes interprètes féminines parmi lesquelles Juliette Gréco ou Michèle Arnaud. La démarche n’est pas anodine. A la différence des premiers enregistrements, souvent confidentiels, son activité d’auteur compositeur lui amène le renom et l’argent. C’est le cas de France Gall pour qui il signe, en 1965, «  Poupée De Cire, Poupée De Son ». L’effet est immédiat : la star yé yé décroche la timbale en raflant le grand prix de l’Eurovision. Mélodie pop accrocheuse, la composition emprunte pourtant déjà au répertoire classique via une partie de la Sonate en Fa Mineur de Beethoven que Serge Gainsbourg place en ouverture au tube.

Séquence créative, la période dite anglaise (étalée entre 1966 et 1968) voit l’artiste français chanter les Beatles avec « Qui Est In Qui Est Out » et magnifier Brigitte Bardot, sa muse d’alors. Il lui écrit « Initials B.B. », adaptation de la Symphonie n°9 de Dvorak. Les arrangements épiques du compositeur tchèque offrent un nouvel élan. Une énergie aujourd’hui reconnue, notamment par des figures rock de la trempe de Marianne Faithfull, Franz Ferdinand ou Oasis. Disponible sur la toile « Oasis 69 », le mash up imaginé par Dj Zebra, dévoile ainsi l’ascendant du grand Serge sur les lads de Manchester. Issue du Swinging London Jane Birkin, la nouvelle compagne de Serge Gainsbourg, chante « Jane B » d’après un prélude Frédéric Chopin. Le choix du musicien polonais reflète le tempérament slave de Serge Gainsbourg. Ce dernier prolonge ses variations. C’est le cas du reggae « Ma Lou Marilou » ou de « My Lady Héroïne », deux compositions originelles signées respectivement Beethoven et Ketèlbey. Le début des 70’s sonne avec faste. Serge Gainsbourg sublime alors l’héritage classique au contact de Jean-Claude Vannier avec qui il écrit Melody Nelson, premier concept album de l’auteur et point d’orgue de sa discographie.

Masquée par le personnage de Gainsbarre, la dernière partie de l’œuvre de Serge Gainsbourg offre une série de compositions pour Jane Birkin. Fraichement séparé de son interprète fétiche, il lui écrit trois albums poignants. Ces productions sont marquées par les figures tutélaires de Brahms et de Grieg via « Baby Alone In Babylone » ou « Lost Song ». Puis il consacre un premier album à sa fille. « Charlotte Forever », la plage titulaire renvoie, une fois de plus, à la musique classique avec une adaptation directe de Khatchaturian. Le rendu mouche les commentaires chagrins qui taxent le chanteur de pillard. Ouvertement reconnaissables, les mélodies ici concernées instaurent un univers brillant. Une faculté d’assimilation qui fait de Serge Gainsbourg un compositeur de génie.

Par Vincent Caffiaux