Starwax magazine

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SENYAWA / L’APPEL DE JAVA

SENYAWA / L’APPEL DE JAVA

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Fraîchement signé chez les explorateurs de Sublime Frequencies, le duo Senyawa télescope traditions chamaniques et arrangements dissonants. Emmenée par l’impressionnant Rully Shabara et le guitariste-luthier Wukir Suryadi, cette formation offre une expérience musicale sans précédent. Elle reflète la grande richesse culturelle de l’archipel indonésien.

Repéré en novembre dernier à Montreuil-sous-Bois à l’occasion des quinze ans du label indépendant Sublime Frequencies, Senyawa renouvelle depuis une décennie la formule du spectacle dit total, un événement pluri-artistique ici à la croisée de la performance et de la musique. À ce titre, la formation javanaise se place délibérément en marge de la tradition des gamelans (ensembles de métallophones propres à Java et Bali) et des relectures asiatiques du répertoire rock vintage (Dengue Fever, Cambodian Space Project… en playliste ici) Si Senyawa puise dans le terreau culturel ambiant, c’est pour mieux instaurer un climat dantesque. Un chaudron bouillonnant dynamité par le chant de Rully Shabara. Et grâce aux instruments artisanaux créés par Wukir Suryadi, le guitariste du groupe. Conçus à partir d’un matériau symbolique comme le bambou, ces modèles parfois joués avec un archer génèrent des sons incroyables, amplifiés et altérés par de nombreuses pédales d’effets.

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À l’instar des instruments, la production de Senyawa est unique. On pense parfois aux chants diphoniques mongols, pour la dimension mystique. À une certaine radicalité rock 70’s lire ici. Ou aux expériences hybrides menées au début du XXe siècle par les mouvements dada et surréaliste, lorsque Hugo Ball et André Breton s’imprégnaient de cultures précolombiennes, africaines ou océaniennes. « Sujud », le nouvel album de Senyawa, résume bien la démarche. Breaks, dissonances, dimension théâtrale : les caractéristiques propres à cette formation sont concentrées en sept titres ombrageux mais riches. Ils complètent les sessions folkloriques du catalogue précité. Le reste de la discographie est tout aussi dense. Outre les cinq Lps (dont une collaboration avec l’artiste contemporain danois Kasper Lynge Jensen), les collectionneurs se procureront le split single transparent enregistré avec Melt-Banana, un collectif hardcore nippon proche du producteur Steve Albini. Et la bande originale du documentaire «Calling The New Gods » de Vincent Moon. Ponctué de field recordings, d’après ces sessions in situ popularisées par l’ethnomusicologue américain Alan Lomax, ce 25 centimètres joliment illustré est disponible chez les Bruxellois d’Okraïna.



Par Vincent Caffiaux / Photo par Hans Van Den Linden