Starwax magazine

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archivesseptembre-2019

SÉLECTION JAZZ SEPTEMBRE

SÉLECTION JAZZ SEPTEMBRE

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Du répertoire cinématographique d’Erroll Garner aux travaux soul-funk de Miles Davis en passant les explorations sonores de Nérija ou Joe Armon-Jones, ce menu automnal est placé sous le signe de la mélodie. Rééditions, découverte de sessions ou premier opus, ce choix délivre un kaleidoscope musical inédit et souvent passionnant.


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Erroll Garner / A New Kind Of Love (Mac Avenue Records)
Après la parution l’an dernier d’un concert inédit enregistré en 1964 au Concertgebouw d’Amsterdam, Erroll Garner revient au premier plan avec la réédition de douze albums de sa discographie. À l’instar du set néerlandais, les quatre premières productions programmées cet automne par Mac Avenue sont révélatrices de ladite campagne. Si « Close-Up in Swing », le « One World Concert » ou « Dreamstreet » sont des disques hautement recommandables, c’est pourtant la bande-son de « A New Kind Of Love », une comédie alerte réalisée en 1963 par Melville Shavelson, qui retient notre attention. Familier des salles obscures grâce à Clint Eastwood qui intègrera huit ans plus tard le standard « Misty » au générique d’« Un Frisson Dans la Nuit », Erroll Garner (en photo ci-dessous) offre un écrin aux mythiques Joanne Woodmard et Paul Newman. Illustré de thèmes exotica et de mélodies savantes, le jeu du pianiste se fait délibérément lyrique. Une tonalité souvent propre aux bandes originales de films. À noter que cet exercice musical est sublimé par Leith Stevens, le Rachmaninov des plateaux hollywoodiens, avec force violons, cuivres et bois.
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Miles Davis / Rubberband (Warner Records)
Séparé de Columbia, son fidèle label depuis une trentaine d’années, Miles Davis enregistre en 1985 un 33 tours sous influence soul pour la Warner, avant que cette session ne tombe aux oubliettes et ne soit remplacée par le platiné « Tutu ». Connu des aficionados sous le nom de « The Lost Miles Davis Album », ce Lp sort aujourd’hui avec tracklisting d’époque et pochette peinte par Miles en personne. Fulgurante, féline et finalement nettement plus inspirée que par la suite, la trompette du Dark Magus s’impose naturellement au fil des onze plages et notamment au travers du puissant « Rubberband of Life », du funky « Give It Up » ou bien encore de « Paradise », un morceau qui rappelle combien l’auteur de « Kind of Blue » et d’ « In a Silent Way » adorait les sonorités caribéennes et plus particulièrement les Guadeloupéens de Kassav. Un album intéressant et souvent créatif, à condition de faire fi des synthés envahissants (un syndrome déjà contracté à l’époque par Herbie Hancock) et des voix de Medina Johnson ou Lalah Hathaway, ici vitrifiées par un son ultra-daté.



Nérija / Blume (Domino)
Dans le giron de Sons of Kemet et de son remarquable « Your Queen is a Reptile », Nérija adopte la formule du super-groupe via des pointures influentes de la scène londonienne comme la saxophoniste Nubya Garcia (Theon Cross), la trompettiste Sheila Maurice-Grey (Kokoroko) ou la guitariste Shirley Tetteh (Maisha). Repéré en début d’année grâce à un Ep, le septet revient aujourd’hui avec Blume », un premier album étonnant de maturité. Influencé par la sublime Alice Coltrane ou Archie Shepp, Nérija (voire photo ci-dessous) ne succombe toutefois pas au réplica ambiant mais propose plutôt un portrait poétique du Londres de 2019. Une ligne élégante perceptible dès « Nascence » et son contretemps redoutable, avec « Partner Girlfriend Lover » et son jeu de guitare héritier de George Benson ou grâce à « EU (Emotionally Unavailable) » dont la touche épique en fait l’un des sommets de cet album. Sans bavardages ni didactisme, le collectif lance en parallèle des passerelles vers d’autres horizons musicaux comme l’indique sa contribution au projet Blue Lab Beats, aux côtés du trompettiste Dylan Jones. Une démarche généreuse, comme on aimerait en observer plus souvent ici-bas.



Joe Armon-Jones / Turn To Clear View (Brownswood Recordings)
Apparu en solo l’an dernier avec « Starting Today », Joe Armon-Jones est un élément déterminant de la galaxie jazz précitée. Connu pour son ouverture d’esprit, le claviériste d’Ezra Collective s’est ainsi distingué par de nombreuses collaborations. Rien d’étonnant donc que ce nouvel opus rassemble une myriade de talents. Une caractéristique perceptible sur « Try Walk With Me », un titre atmosphérique chanté par Asheber, en congé de son Afrikan Revolution. Ou bien encore via « Yellow Dandelion », un premier single emmené par la très prisée Georgia Anne Muldrow. Créatif en diable, Joe Armon-Jones utilise ainsi un clavier Casio afin de composer un son unique. La démarche renvoie naturellement au dub jamaïcain, source d’inspiration à peine voilée pour cette génération de musiciens surdoués. Elle séduit immanquablement, notamment via « Self:Love » ou « The Leo & Aquarius », une composition mystique ponctuée par le rappeur (et graffeur) Jehst. Solidement épaulé (on retrouve les saxophonistes ou trompettiste Nubya Garcia, James Mollison et Dylan Jones au fil de l’album), Joe Armon-Jones est un pass précieux pour qui voudrait découvrir la scène britannique du jour.
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Par Vincent Caffiaux / Photo Nérija par Perry Gibson & photo Erroll Garner par Dorothy Siegel