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SÉLECTION JAZZ NOVEMBRE 2019 / À LA CROISÉE DES CULTURES…

SÉLECTION JAZZ NOVEMBRE 2019 / À LA CROISÉE DES CULTURES…

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Le trompettiste Erik Truffaz, le saxophoniste Laurent Bardainne, le contrebassiste américain Junius Paul et l’Ovni Baroque Jazz Trio partagent un goût évident pour l’ailleurs. Aux confins de la soul et des rythmes du monde, leurs récents disques ou rééditions reflètent cet appétit de rencontres.


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Erik Truffaz Quartet / Lune Rouge (Foufino Productions / Warner)
Que de chemin parcouru depuis les années 90 et les compositions sous électrolyse de « The Dawn ». Fort d’un triptyque consacré à Bénarès, Mexico et Paris ou du beau « Being Human Being » avec Murcof et le dessinateur Enki Bilal, Erik Truffaz s’est depuis imposé comme l’un des jazzmen les plus productifs de sa génération. Paru il y a quelques jours, le nouvel opus du trompettiste affirme une maturité incontestable. Les climats sont cinématographiques (« Et Two »), ponctués de boucles synthétiques (« Lune Rouge ») ou imprégnés d’onirisme (« Houlgate »). Porte d’entrée idéale pour accéder à l’œuvre du musicien franco-suisse, « Lune Rouge » prône la diversité. Pour preuve le soulful « Reflections », interprété par Jose James. Ou bien encore « She’s The Moon », un bijou pop enluminé par la voix d’Andrina Bollinger. Entouré par Benoît Corboz aux claviers, Marcello Giuliani à la basse et Arthur Hnatek aux percussions, Erik Truffaz délivre, à ce titre, un disque captivant. Le tout est disponible via une belle édition vinyle. Interview d’Erik Truffaz dans le Star Wax #52-Automne 2019.



Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce / Marvin (Heavenly Sweetness)
Fer de lance de Poni Hoax aux côtés de Nicolas Ker, Laurent Bardainne incarne également un jazz catchy en diable, ouvert à la soul et au funk. Partie intégrante de Supersonic, la formation de Thomas de Pourquery, le saxophoniste français sort aujourd’hui un premier Ep trois titres avec Tigre d’Eau Douce. Signé chez Heavenly Sweetness, spécialiste de rééditions Blue Note et port d’attache de Florian Pellissier, ce coup d’essai (l’album est prévu pour avril) prend l’allure de profession de foi avec « Marvin » et ses bordées d’Hammond héritières des Funk Brothers. Avec « Août », pièce portée par une mélodie impérieuse. Et grâce à « Porsche 944 », dont la rythmique nerveuse s’inscrit dans la droite ligne du coupé sport précité. Pour l’information, cette dernière plage est remixée par le collectif The Vibe Drops. Lancée dans les années 90 par le regretté Guru ou Steve Coleman, la formule jazz-rap fonctionne ici à plein régime. Elle confronte le souffleur français au phrasé d’Emcee G Roc Gayle et aux beats chirurgicaux de Dj Moar.



Junius Paul / Ism (International Anthem)
Bouffée d’oxygène au sein d’un registre souvent replié sur lui-même, International Anthem délivre son lot d’esprits novateurs avec la fréquence d’un métronome. Dernière signature du catalogue chicagoan, Junius Paul (voir photo ci-dessous) offre un premier disque surprenant. Déjà entendu avec Makaya McCraven, l’Art Ensemble of Chicago ou le Roscoe Mitchell Quartet, le contrebassiste explore, à cette occasion, de nouveaux territoires. Parmi les dix-sept titres se distinguent « Baker’s Dozen » et son groove roide dérivé du hip-hop, « Asé » et sa contrebasse hallucinée ou bien encore le prenant « Fred Anderson and a Half ». En complément au répertoire afro-américain, Junius Paul instille aussi son lot de tableaux impressionnistes. Une approche touchante à l’écoute du recueilli « Ma and Dad ». Ou bien encore de « Bowl Hit » et sa progression impeccable. Plus introspectif que « Fly or Die II : Bird Dogs of Paradise », le dernier enregistrement de sa camarade de label Jaimie Branch, « Ism » ne reste pas moins un album qui compte. À l’image de son auteur et de ses innombrables fulgurances poétiques.
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Baroque Jazz Trio : Baroque Jazz Trio (Souffle Continu)
Durant la première partie des années 70, le label Saravah accueille quantité de musiciens jazz. De Barney Wilen (avec Moshi) à Steve Lacy en passant par l’Art Ensemble of Chicago et le pianiste Maurice Vander, le bastion culturel des Abbesses conforte alors sa fonction d’incubateur. Singulier et inspiré, l’éphémère Baroque Jazz Trio atteste de cette richesse artistique. Epaulé par Jean-Charles Capon au violoncelle et Philippe Combelle aux percussions, le claveciniste et pianiste Georges Rabol mêle soigneusement les genres. Le résultat est jubilatoire : ponctuée de tablas (« Delhi Daily »), d’instruments baroques mais joués en mode rock (« Cesar Go Back Home ») ou de mélodies habitées (Latin Baroque), cette session historique ne ressemble à rien d’autre, surtout pas à la fusion balbutiante. Auteur de cette réédition, le label-disquaire Souffle Continu multiplie également les formats discographiques. Les plus curieux se procureront donc « Orientasie-Largo ». Déjà sélectionné par l’écurie Born Bad via la compilation « Mobilisation Générale », ce 7 inch inspiré partiellement d’Haendel résume parfaitement les visions du combo parisien. Chaudement conseillé.


Par Vincent Caffiaux