Starwax magazine

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SELECTION JAZZ MAI 2019 / SPIRITUEL ET GROOVY

SELECTION JAZZ MAI 2019 / SPIRITUEL ET GROOVY

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Mieux qu’un simple genre musical, le jazz est avant tout une attitude. De la réédition d’un concert du pianiste visionnaire Horace Tapscott au collectif louisianais du Hot 8 Brass Band en passant par l’excellent chanteur Dwight Trible et le quartet anglais Ruby Rushton, la nouvelle sélection de Star Wax confirme cette optique.


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Horace Tapscott With The Pan-Afrikan Peoples Arkestra : Live At I.U.C.C. (Soul Jazz Records)
Révélé à la fin des années 60 aux États-Unis dans le sillage des écrivain(e)s Maya Angelou et Amiri Baraka, Horace Tapscott a immortalisé la révolution culturelle du Black Power à coups de compositions innovantes. Apparenté à l’Art Ensemble Of Chicago, son collectif le Pan-Afrikan Peoples Arkestra est rapidement devenu une pépinière de talents. Il a ainsi accueilli des figures du jazz contemporain comme David Murray ou Dwight Trible (lire ci-dessous), jusqu’à la disparition du pianiste en 1999. Réédité pour la première fois par les Anglais de Soul Jazz, cet enregistrement live capté en 1979 à l’Immanuel United Church Of Christ de Los Angeles synthétise le répertoire d’Horace Tapscott grâce au jeu émérite de « Future Sally’s Time », aux dissonances de « Noissessprahs » et aux percussions afrocentristes de « Village Dance ». Ce témoignage crucial est disponible en triple vinyle avec un artwork impeccablement restitué. Pour les profanes, les deux tomes de la série « Soul Of A Nation », où figure d’ailleurs Horace Tapscott, s’avèrent précieux. Tout comme l’inusable coffret « Jazzactuel » proposé par le label BYG.



Ruby Rushton : Ironside (22a Music)
Issu de la très prolixe scène britannique, Ruby Rushton est moins médiatisé que ses homologues de Sons of Kemet (Shabaka Hutchings, Theon Cross) ou la chanteuse Zara McFarlane mais mérite autant le détour. À l’instar des talents précités, le quartet londonien (voir photo ci-dessus) assimile des figures jazz parmi lesquelles Yusef Lateef ou le dispositif funky Headhunters. Ce goût pour un certain lyrisme est évident à l’écoute de leur quatrième album « Ironside ». Emmenée par le flûtiste et sopraniste Edward Cawthorne alias Tenderlonious, la formation fait mouche via le syncopé « One Mo’Dram », avec l’épique « Return Of The Hero » ou par le biais du cinématographique « Pingwin (Requiem For Komeda) ». Enregistré aux prestigieux studios Abbey Road de Londres, « Ironside » impose une rythmique millimétrée, le tout au service du groove. À ce titre le mixage de la basse-batterie, souvent en avant, est un modèle du genre. Tout comme le précédent épisode solo de Tenderlonious, ce nouveau disque est pressé en double 12 inch par 22a Music, le label de Ruby Rushton.
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Dwight Trible : Mothership (Gearbox Records)
Dwight Trible est certainement l’un des meilleurs chanteurs de sa génération. Repéré il y a une vingtaine d’années auprès de Pharoah Sanders avant d’ouvrir une brèche chez Ninja Tune avec les copieux « Love Is The Answer » et « Living Water », l’auteur-compositeur-interprète américain couvre un champ musical fertile. Sorti il y a quelques semaines, son nouvel opus « Mothership » résume ces différentes étapes au travers d’une production magnétique. « Brother Where Are You ? » fait ainsi écho à « What’s Going On », la bouleversante suite de Marvin Gaye, « Tomorrow Never Knows » s’attaque avec brio au répertoire des Fab Four, période « Revolver », et l’extatique « Standing In The Need Of Prayer » sonne comme l’un des sommets du disque. Complété par quelques invités dont le saxophoniste Kamasi Washington (qui avait déjà invité le vocaliste californien sur son monumental triple Lp « The Epic » pour quelques interventions de haut vol) et le déterminant Carlos Niño, ce nouveau disque de Dwight Trible est disponible chez Gearbox, l’impeccable catalogue jazz anglais.



Hot 8 Brass Band : Take Cover Ep (Tru Thoughts Recordings)
Bastion de la culture afro-américaine et notamment du jazz, la Nouvelle-Orléans renait de ses cendres après le chaos semé, il y a quatorze ans, par l’ouragan Katrina. Artisan de cette reconstruction, le Hot 8 Brass Band revient aujourd’hui avec un maxi 45 tours de reprises, prolongement idéal d’ « On The Spot », leur album de 2017. Outre une version carabinée du tubesque « Give Me The Night » de George Benson (les mias embagousés vont adorer), le collectif revisite « Love Will Tear Us Part » l’hymne post-punk de Joy Division. Passé l’effet de surprise, le choix concernant ce titre n’a finalement rien de curieux surtout lorsqu’on connaissait le goût de Martin Hannett, sorcier du label Factory et producteur du groupe mancunien, pour le funk et le reggae-dub. Interprétée de façon organique (on pense d’ailleurs parfois à Trouble Funk et aux tenants de la go-go), cette version truffée de riffs de cuivres pétaradants, de hululements et de slogans transpire les rues de Treme, le mythique quartier de Nola et ses fameuses deuxièmes lignes chamarrées.
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Par Vincent Caffiaux