Starwax magazine

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SÉLECTION JAZZ JUILLET 2019 / JIVE, BOSSA AND CO

SÉLECTION JAZZ JUILLET 2019 / JIVE, BOSSA AND CO

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Des éclairs free du trio Musson-Thomas-Sanders à la passion de Virginie Daïdé pour le très classieux Tom Jobim en passant par le Londres métissé de Sarathy Korwar, la nouvelle sélection jazz de Star Wax affiche une grande diversité. Situé à la croisée des musiques improvisées et de la tradition, le dernier album du légendaire compositeur sud-africain Abdullah Ibrahim résume cet état d’esprit avec brio.


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Abdullah Ibrahim AKA Dollar Brand / The Balance (Gearbox Records)
Contemporain de Chris McGregor ou des Malombo Jazz Makers, le pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim revient avec « The Balance ». Synthèse d’une carrière marquée par l’exil, ce nouvel opus mêle lyrisme et traditions locales. Une touche évidente à l’écoute de l’onirique « Dreamtime » et de l’épique « Tuang Guru ». Epaulé par l’ensemble Ekaya (dont Lance Bryant au saxophone ténor), Abdullah Ibrahim plonge également aux racines du jive et de la culture zoulou avec le puissant « Jabula » ou via la plage titulaire. Passionnante, cette quête culturelle est depuis un modèle pour les musiciens afro-américains comme en témoigne « Chimurenga Renaissance », le projet du rappeur Tendai « Baba » Maraire (Shabazz Palaces). Elle évoque évidemment les classiques d’Abdullah Ibrahim, à commencer par « African Marketplace », son chef-d’œuvre de 1980. Et fait bien commun avec le Jamaïcain Monty Alexander ou l’Éthiopien Mulatu Astatke, deux autres artisans d’un jazz à la propension universaliste. Point non négligeable, la pochette-portrait en noir et blanc est superbe. L’acquisition du disque vinyle s’impose.


Rachel Musson-Pat Thomas-Mark Sanders / Shifa (577 Records)
Fracture tant stylistique que culturelle, le free jazz est aujourd’hui incarné par des figures de la trempe de John Zorn ou Rachel Musson. Entourée par le pianiste Pat Thomas (à ne pas confondre avec la pointure ghanéenne du highlife) et par le batteur Mark Sanders, la saxophoniste galloise délivre « Shifa » soit la guérison dans la langue d’Averroès, une performance live jouée en 2018 au Cafe Oto, haut lieu des musiques improvisées à Londres. Découpée en deux longs thèmes, cette session placée sous le signe de l’avant-garde offre des compositions sous tension, ponctuées de dissonances et de syncopes minérales. Une production résumée par la première séquence musicale, hypnotique de bout en bout. Et par la face B, ponctuée de rythmes saisissants. Impeccable d’audace, ce disque vinyle redimensionne l’espace et le temps. La démarche est d’autant plus appréciable que le trio évite l’écueil du bavardage. Ce projet suit d’autres contributions aventureuses comme celles de Daniel Carter et l’album « Radical Invisibility » ou Kid Millions avec Sarah Bernstein. Il est disponible chez 577 Records, l’exigeant label indépendant de Brooklyn.
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Virginie Daïdé / Dream Jobim (DSY)
La nouvelle du décès de Joao Gilberto, samedi 6 juillet, rappelle l’incidence notoire du chanteur-guitariste sur la bossa nova. Combinaison de samba, de jazz et d’éléments classiques, ce courant brésilien visionnaire imprègnera rapidement le mouvement tropicaliste, la MPB (musique populaire brésilienne) puis la scène internationale, qu’elle soit dévolue à la chanson française (Henri Salvador, Pierre Barouh) ou au music hall américain (Frank Sinatra). Dans le sillage de Vinilé, la saxophoniste Virginie Daïdé relate cette histoire passionnante au travers des compositions de l’emblématique Tom Jobim. Fidèles mais jamais obséquieuses, les reprises de « Vivo Sonhando » ou de « Zingaro » respirent la saudade. « Choro » se dote d’un violoncelle rêveur. Et le morceau-titre rend un hommage appuyé au maître des salons cariocas. Cerise sur la caïpirinha, le trompettiste et bugliste américain Tom Harrell apporte à « Dream Jobim » une dynamique incontestable. Il permettra naturellement de (re)découvrir les joyaux du chantre d’Ipanema parmi lesquels les déterminants « The Wonderful World of Antonio Carlos Jobim » ou « A Certain Mr. Jobim ».



Sarathy Korwar / More Arriving (The Leaf Label)
Découvert il y a trois ans avec « Day to Day », un premier album paru chez Ninja Tune, puis via le beau triple Lp de reprises « My East is your West », le percussionniste Sarathy Korwar symbolise la richesse de la scène jazz britannique du moment. Patron de l’UPAJ, un collectif anglo-indien axé sur l’expérimentation, celui-ci revient avec « More Arriving ». Edité en plein Brexit, ce manifeste multiculturel s’inscrit dans les pas du dub poet Linton Kwesi Johnson (pour l’attitude politique et l’ironie mordante) ou de Talvin Singh et son collectif « Anokha ». Un héritage évident à l’écoute de l’époustouflant « Mumbay », interprété par le rappeur MC Mawali, ou de « Coolie » et son télescopage hindi-rub a dub. Particulièrement créatif, le compositeur n’oublie pas les climats mystiques. Il étoffe ainsi la ligne musicale avec « Bol » et « City of Words », deux fresques sonores où s’entrecroisent apports asiatiques et phrasés audacieux. Et réunit jazz et déclamations pour « Mango », un slam terrible signé par l’excellent Zia Ahmed. Vivement conseillé.
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Texte par Vincent Caffiaux / Photo trio Musson-Thomas-Sanders par George Nelson