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SÉLECTION JAZZ JANVIER 2020 / LA POLITIQUE DU GROOVE

SÉLECTION JAZZ JANVIER 2020 / LA POLITIQUE DU GROOVE

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L’année 2020 débute sous les meilleurs auspices avec « The Movement Revisited », le nouveau disque du contrebassiste Christian McBride. Inscrit dans la foulée, le single « Homeless/Global » du collectif Irreversible Entanglements mêle déclamations et fulgurances free. Autre temps fort, Gilles Peterson déniche une perle psyché du batteur mexicain Tino Contreras. Et Pure Pleasure a l’heureuse idée de rééditer « Visions of a New World », le monument de Lonnie Liston Smith.


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Christian McBride / The Movement Revisited (Mack Avenue Music Group)
Contrebassiste émérite, Christian McBride revient avec un disque passionnant consacré à Rosa Parks, Malcom X, Mohamed Ali et Martin Luther King. Composée pour la scène il y a une vingtaine d’années, la suite « The Movement Revisited » reprend les points de vue de ces militants du mouvement des droits civiques, au travers de textes déclamés par la poétesse Sonia Sanchez et par les acteurs Wendell Pierce, Vondie Curtis-Hall et Dion Graham. Divisé en quatre volets, cet enregistrement offre également une grande diversité musicale. Épaulé par un big band de dix-huit éléments et un chœur gospel, chaque thème est savamment décliné. « Soldiers » adapte « I Have a Dream », le célèbre discours du révérend King. « Brother Malcom » joue la carte du dépouillement. Et le funky « Rumble in the Jungle » évoque les combats du boxeur et objecteur de conscience Mohamed Ali. Particulièrement soignée, cette création se termine par une reprise du discours d’investiture prononcé par Barack Obama, en 2008. Elle répond à d’autres albums militants comme « We Insist ! » de Max Roach, « Attica Blues » d’Archie Shepp ou les sessions 70’s d’Horace Tapscott.


Irreversible Entanglements / Homeless/Global (International Anthem)
Repéré sur des scènes aussi prestigieuses que le Barbican Centre de Londres ou le Smithsonian American Art Museum de Washington, le collectif Irreversible Entanglements édite « Homeless/Global », un nouveau single digital extrait de son deuxième Lp, à sortir au printemps chez International Anthem. Composé du saxophoniste Keir Neuringer, du trompettiste Aquiles Navarro, du bassiste Luke Stewart et du batteur Tsheser Holmes, cet ensemble confirme la méthode développée il y a trois ans pour leur premier album. Longue plage de vingt-trois minutes, « Homeless / Global » mixe improvisations et slam. Ponctuée d’éclairs dissonants, l’introduction valorise la section de cuivres. Alors que la deuxième partie est hantée par Camae Ayewa alias Moor Mother, auteure d’un spoken word fiévreux. Foncièrement organique, le résultat sonne comme une performance. Le groupe dénonce ici les violences faites aux migrants. Un engagement qui rappelle Jaimie Branch ou Makaya McCraven, deux autres piliers du bouillonnant creuset de Chicago.
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Tino Contreras Quinto Sol / Musica Infinita (Arc Records)
Patron du label Brownswood et directeur artistique du festival Worldwide à Sète, le Londonien Gilles Peterson propose depuis peu un nouveau catalogue dévolu au jazz. Baptisée Arc (rien à voir avec la très cheap firme néerlandaise), cette nouvelle enseigne valorise les pépites vinyles. Première trouvaille, « Musica Infinita » confirme le goût du Dj britannique pour le jazz expérimental. Sorti en 1978 par le Mexicain Tino Contreras et son groupe Quinto Sol, cet Ep trois titres assimile trente ans de rythmes afro-latins. Mais le batteur originaire de Chihuahua ne se contente pas de ce cocktail musical parfois désuet. Féru de culture précolombienne, ce dernier s’inspire plus particulièrement de la période aztèque. Une influence évidente à l’écoute de « Sinfonia Del Quinto Sol » et ses arrangements oniriques. Et de « El Hombre Cosmico » ou « Orbita 13 », deux titres qui décrivent la rencontre improbable entre le pianiste Dave Brubeck et le répertoire psychédélique… Cette réédition est proposée avec la pochette d’époque, soit une relecture barrée du drapeau mexicain, sur fond de fleur de tournesol. Elle enchantera les fans d’afro-futurisme et autres adeptes de thèmes interplanétaires…


Lonnie Liston Smith / Visions of a New World (Pure Pleasure Records Ltd)
Les années 70 sont fastes pour le funk qui essaime via différents courants dont le jazz. Artisan de cette rencontre, Lonnie Liston Smith conforte les travaux d’Herbie Hancock avec son projet Head Hunters, les scansions cinglantes de Gil Scott-Heron ou les variations sophistiquées du vibraphoniste Roy Ayers. Distingué au sein d’ « On The Corner », le manifeste Black Power de Miles Davis, le claviériste américain sort « Visions of a New World » en 1975. Entouré par The Cosmic Echoes, il impose alors une recette musicale imparable teintée de groove moelleux et de lyrisme. La formule est évidente à l’écoute de la plage titulaire et ses deux mouvements distincts. Avec l’évanescent « Sunset », chanté par Donald Smith, le propre frère du claviériste. Ou grâce au capiteux « Devika (Goddess) » dont la mélodie lancinante évoque les films blaxploitation. Largement samplé par les rappeurs dans les années 90, l’album « Visions of a New World » est réédité par les Anglais de Pure Pleasure, d’après les sessions Flying Dutchman. Il complète de manière idéale d’autres références du maestro dont l’excellent « Cosmic Funk » et sa reprise du « Naima » de John Coltrane.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo par Anna Webber